Planète Google, de Randall Stross, chez Pearson

Planète Google, de Randall Stross, chez Pearson
Planète Google, de Randall Stross, chez Pearson

Planète Google, de Randall Stross, chez Pearson

Sous-titré « faut-il avoir peur du géant du web » dans sa version française, Planète Google semble flatter notre paranoïa (française ?). D’emblée, on regrette le titre américain, plus proche de la vision / ambition des fondateurs de Google dès 1998 « One company’s audacious plan to organize everything we know ».

Google a eu pas mal de chance (142, 201 etc.) et a été un exemple de surdité aux impératifs juridiques. Pourtant, l’histoire ne semble retenir que ses succès (vs. le flop de Google Answers, 224).

Etonnons-nous béatement du manque de rationnalisation de Google (cf. entre autres la réflexion sur YouTube : « aucune autre activité de Google n’a mis en jeu un investissement aussi important, aucune n’apporte tant de trafic pour si peu de chiffre d’affaires » (157), tenable en phase de fort développement. Mais quand la crise mondiale frappe, Google se met à son tour à licencier. Et Ross, enseignant à la San Jose State University, ne l’a pas vu venir (il n’est pas le seul) !

Planète Google aborde les aspects juridiques, souvent bafoués par Google : les ayants droits (Google Book Search, YouTube…), la protection de la correspondance privée.

Acheter Planète Google : Faut-il avoir peur du géant du Web ? Nous vous invitions à lire cet ouvrage en parallèle de Une révolution du management – le modèle Google, de Bernard Girard, chez M21 Editions.

Un livre consacré à Google, forcément facile à lire

Abordant peu la technique, accessible et facile à lire, planète Google sait ne pas tomber dans l’anecdote et rester objectif malgré quelques lignes panégyriques :

  • « Google peut considérer que l’avenir dans les nuages est à lui » (219). On frise l’hagiographie !
  • « Il n’a pas besoin de diffuser des produits totalement finis : le public voit en lui un réalisateur inspiré simplement parce qu’il essaie des nouveautés à un rythme frénétique que ses rivaux ne peuvent égaler » (222). J’aurais dit : Google, la Beta perpétuelle :)

Planète Google sait aussi quelquefois prendre de la hauteur, comme dans le développement sur le webmail de Google : « au lieu de discuter des inconvénients du stockage de leurs courriers électroniques sur un serveur qu’ils ne contrôlaient pas, ls utilisateurs s’inquiétaient du rapprochement entre publicités et contenus effectué sans intervention humaine » (204), sous-entendant que Google a souvent su profiter de la mauvaise direction dans lequel le consommateur, les producteurs, les broadcasters… et la loi regardaient !

Enfin, Planète Google nous invite à réfléchir sur quelques paradoxes : « il y a conflit entre les désirs de Google, qui entend fonctionner comme une ‘boite noire’, et ceux de ses utilisateurs, en quête de transparence » (76) et certaines implications : « Google est bien placé dans la course aux budgets publicitaires face aux sites de réseaux sociaux comme Facebook qui proposent aux annonceurs de cibler des utilisateurs particuliers, mais qui doivent pour cela leur vendre des informations considérées comme personnelles et sensibles par les intéressés » (80).

Très documenté, entre autres sur les derniers produits lancés, Planète Google semble avoir manqué quelques informations récentes et avoir des difficultés à se projeter dans l’avenir de l’entreprise Google : quid de Chrome et de la géolocalisation sur mobile (Google Latitude, au lancement certes annoncé le 5 février 2009), mais très prévisible par un expert comme Stross ? Pourquoi Knol (un Wikipédia sauce Google rappelons-le) et le web sémantique sont-ils si peu abordés (51 sq., 227 sq.) ? Et quid de Quaero, le « Google européen » ?
Justement, puisque nous abordons les produits de Google, Planète Google les traite un par un. Intéressant pour une culture de base. Mais les marketeurs que nous sommes s’attendent à :

  • Des développements transversaux, véritablement analytiques, par exemple sur les lancements de produits, la stratégie générale visée par Google, le financement des produits, etc.
  • Des analyses de la stratégie des concurrents. D’ailleurs, on se demande pourquoi Yahoo semble dépassé, alors que Yahoo Answers et Yahoo Actualités sont de meilleur niveau que les services Google, que ce dernier a souvent imités, comme le précise de fait Randall Stross. A ce titre, l’approche « human inside » choisie dès le départ par Yahoo, écartée par Google au profit de « The Algorithm » pourrait refaire son apparition dans le cadre d’approches plus « durables » et humaines.
  • Des évocations de scénarios d’évolution, totalement ignorés par Planète Google.

… mais restons critiques !

  • Peu d’informations sur l’utilité de Analytics pour Google Rien non plus sur la crise publicitaire qui s’annonçait déjà en 2008 ni sur les alternatives naissantes à Google Adsense et sur les problématiques que la « remontée de business » vers les USA pose aux régies et centrales d’espace (effectivement, ce sont essentiellement des problématiques extra-USA).
  • Parle peu du modèle publicitaire de Google et pas du tout de la publicité dans les vidéos, pourtant porteuse d’avenir
  • Apple est largement ignoré au détriment de Microsoft (190 sq. entre autres)
  • Très long sur les aspects juridiques de Google Booksearch et Youtube, mais quasi muet sur la version chinoise de Google et du traitement des données personnelles de recherche et du filtrage
    Rien non plus de véritablement détaillé sur les stratégies financières et actionnariales de Google, au-delà de « les fondateurs sont hype et n’entendent rien à la gestion, c’est ce qui fait la réussite de l’entreprise » (j’exagère à peine). Déjà entendu avant la bulle…

Planète Google n’aborde pas les stratégies de Google, les explique peu, même si l’ouvrage permet de saisir

  • … que le statistiques et les mathématiques sont au coeur de la machine Google
  • L’avantage concurrentiel (55) et l’option technique choisie : Page Rank et « The algorithm », data centers et assemblage de serveurs « maison »
  • La vision de l’information : « more data is better data »
  • La croissance par acquisition (162) : Keyhole / Google Earth, Youtube… « Tous ces produits ont un point commun : la poursuite zélée de nouvelles catégories d’informations (…) au risque même de soulever des controverses nuisibles pour l’image de Google » (110), même si Google »se désintéresse de ses produits après leur lancement » (224)

.. d’où la nécessité de réfléchir dorénavant en mode multi silos pour permettre de donner des réponses provenant d’une requête unique à partir de sources diverses (vidéos, livres, pages web, carte…) (132), ouvrant la voie aux mashups (171) qui auraient d’ailleurs mérité un plus ample développement.

En conclusion : Google, entre paradis et enfer, dans les nuages

Google évolue entre innovations géniales, objectifs « gentils » et « cool », profonde bourse permettant la croissance par acquisition, gros coup de bol… et surdité aux contraintes légales.

Google est souvent vu par des regards conciliants. Planète Google nous invite à regarder l’entreprise d’une autre manière, même si l’on aurait aimé qu’il nous mette plus sur la voie.

Alors, on en reparle dans 290 ans ? (cf. 247).

Le coin du mesquin, paragraphe toujours énormément lu :)

  • Des soucis de traduction : 29, 31, 32, 40, 134 et 222
  • Des répétitions : 35, 77, 168, 172, 227. De plus, l’OPA de Microsoft sur Yahoo aurait pu être abordée dans une seule partie
  • Toutes les sources ont en anglais ! Le livre n’a pas été adapté aux attentes et problématiques des français
  • Les notes à la fin permettent une lecture plus fluide de l’ouvrage mais restent peu pratiques à l’usage (découpage en chapitres…)
  • On regrette enfin l’absence d’une frise chronologique finale qui pourrait par exemple préciser les dates de lancement et d’acquisition voire d’arrêt !) des activités de Google.

La citation choisie

« Si Google conserve YouTube, il n’y a aucune raison qu’il ne cherche pas à acquérir aussi le New York Times (…) YouTube est une anomalie, une aventure qui amène Google à s’interroger sur la manière dont Google interprète sa propre charte » (157).

Acheter Planète Google : Faut-il avoir peur du géant du Web ? Nous vous invitions à lire cet ouvrage en parallèle de Une révolution du management – le modèle Google, de Bernard Girard, chez M21 Editions

Acheter La méthode Google, de Jeff Jarvis (la critique, c’est ici !)

A lire aussi concernant Google : Marketing Professionnel banni de Google Adsense car c’est un site porno !

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


4 commentaires

  1. avatar

    Michel Le Séac'h

    7 mars 2009 at 1:21

    Globalement, je suis assez d’acord avec votre analyse détaillée de « Planète Google », dont je suis le traducteur. En ce qui concerne Google Chrome, son absence est normale puisque la rédaction du livre était achevée lors de la sortie du produit. Cela explique aussi qu’il soit peu question des « knols ». D’autres sujets sont peu traités dans le livre, en particulier Google Desktop, Blogger ou Google Talk. Clairement, Randall Stross n’a pas cherché à être exhaustif, il a plutôt braqué le projecteur successivement sur les sujets qui lui paraissaient le plus porter.
    Vous évoquez « des soucis de traduction : 29, 31, 32, 40, 134 et 222″, sans précision sur la nature de ces soucis. Je ne sais si je dois être vexé de l’existence de ces soucis ou flatté de leur faible nombre ! Mais j’aurais beaucoup apprécié quelques précisions sur la nature de ces soucis, histoire de faire mieux la prochaine fois.

  2. avatar

    Serge-Henri Saint-Michel

    7 mars 2009 at 13:26

    Merci de votre commentaire Michel.
    Voic qq précisions sur mes remarques :
    29 : « constituer un jardin entouré d’une muraille ». Tou sle spros utilisent le terme « walled garden » (cf. Lombard, le Village numérique mondial ou Piotet & Pisani, Comment le web change le monde)
    31 : « les étiquettes de pages web ». ce sont des tags
    32 : « Google et son « araignée ». On parle de spider.
    40 : dans le dernier paragraphe avant OpenSocial : il s’agit en fait des fonctions d’une régie.
    134 : « les questions juridiques demeurainet pendantes » « les entreprôts numériques » Pendantes = « pending », j’aurais dit « à régler » ou « en cours ». On parle plus de data warehouse que d’entrepôts numériques (ou de données).
    222 : je reconnais que cette page n’est pas concernée :) désolé !

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    Michel Le Séac'h

    7 mars 2009 at 18:32

    Merci pour ces précisions. Si vous le permettez, un petit plaidoyer en défense ! A propos du « walled garden », qui désigne un concept économique et non une technologie, il me semble plus efficient de traduire directement que d’expliquer en note de quoi il s’agit. Ainsi, tout lecteur comprend aussitôt — même les « pros » (wwwque je soupçonne d’utiliser parfois l’anglais un peu comme Diafoirus le latin) ; d’ailleurs, la traduction « jardin clos » était déjà utilisée à propos de la télévision numérique dans « L’Art du marketing », qui date de… 1999. Le terme « araignée » est anecdotique, il est tout de suite dit qu’il s’agit d’un robot d’exploration du web, et c’est cela qui importe ; Stross n’utilise le mot « spider » que dans un passage du chapitre 1 et parle ensuite systématiquement de « robot », comme le fait Google lui-même. L’adjectif « pendant » n’est pas un anglicisme pour « pending » mais qualifie depuis des siècles une question non résolue, tout comme son synonyme « en suspens ». Enfin la Commission de terminologie préconise depuis 2007 de traduire « data warehouse » par « entrepôt de données », expression aujourd’hui largement adoptée (92500 résultats sur Google + 40900 au pluriel).

  4. avatar

    alemkg

    9 mars 2009 at 7:38

    Se mettre à la place du professionnel plus qu’à celle du linguiste historien me paraît plus « efficient », pour reprendre votre propos.
    Oui au spider, oui à la date warehouse et oui au walled garden !

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