La dictature de l urgence, Gilles Finchelstein [2] - Marketing Professionnel e-magazine

La dictature de l urgence, Gilles Finchelstein [2]

Les analogies de la Dictature de l’urgence en politique, rapportées aux secteurs de la communication et du marketing.

La dictature de l’urgence parle du temps et de la pression que celui-ci peut exercer. Depuis quelques années cette notion si précieuse à notre économie et à notre fonctionnement accélère. D’après Gilles Finchelstein, cette accélération en est venue à créer le principe de l’urgence.

Le temps régit absolument tout notre quotidien : nos heures de sorties, notre rythme de vie, nos repas… Mais depuis quelques années cette notion s’accélère. Nous avons l’impression d’en manquer et cela nous pousse à agir de manière toujours plus rapide. Ce phénomène de vitesse et de besoin de rapidité a créé l’urgence. Cette urgence qui, parce qu’on n’a pas le temps ou qu’il nous presse, nous pousse à agir de manière toujours plus rapide et réactive. Dans La dictature de l’urgence, Gilles Finchelstein aborde les trois cultes du temps et de leur impact sur cette notion d’urgence. Ces différents cultes sont partie intégrante de notre quotidien, mais pas uniquement d’un point de vue personnel. En effet, certains métiers comme celui de communicant sont particulièrement impactés par celui-ci.

Le culte de la vitesse

Commençons par le culte de la vitesse. Alors que la machine était supposée faire gagner du temps à l’Homme, dans une ère où nous automatisons de plus en plus nos procédés, la sensation globale est justement de manquer de plus en plus de temps. Vingt-quatre heures par jour. Si l’on découpe ces vingt-quatre heure en trois, nous obtenons huit heures de sommeil, huit heures au travail et huit heures pour les trajets et le développement personnel (sport, culture, loisir, famille). Et pourtant, n’avez-vous pas l’impression le soir venu de ne pas avoir eu le temps de tout faire ? Ou bien avez-vous eu l’impression de devoir courir et de vous presser pour tout faire ?

Il n’y a qu’à regarder par la fenêtre pour s’apercevoir que le monde est pressé. On roule au-dessus des limitations pour rentrer plus vite du travail. On traverse alors que le feu est vert pour les voitures pour ne prendre le bus qui passe avant celui de d’habitude. On tire sur le bras des enfants (qui cavalent pour suivre notre rythme) dans le but d’arriver vite à l’école et de repartir vite pour le travail. On achète des plats préparés pour aller plus vite pendant nos repas le soir et nous allons parfois même jusqu’à acheter des fruits épluchés pour gagner du temps en n’ayant pas à le faire nous-même. Nous faisons tout en accélérer : c’est là le culte de la vitesse. Ce culte lié à la rapidité d’exécution pousse même à critiquer et à remettre en cause celui qui prend son temps. Comme-ci prendre son temps et aller à son rythme était quelque chose devenu étrange, anormal. On préfèrera d’ailleurs un exécutant rapide à une personne pensante et ayant besoin de temps pour vérifier si sa direction est la bonne. C’est cela qu’on appellera alors le culte de l’action. L’objectif étant maintenant de réagir à ces besoins de rapidité et agissant.

Le culte de l’action

Ce culte de l’action suit logiquement le culte précédent. S’il faut aller vite, il faut également agir. Le temps filant à grande vitesse, il nous faut l’occuper. Travail, sport, amis, instructions, famille, vie de couple… Chacune des secondes de notre journée doivent être exploitées. Par peur de manquer de temps on fait plusieurs choses en même temps. On va au sport sur la pause déjeuner. On mange en travaillant. On sort le chien en répondant à nos e-mails ou bien en appelant nos proches. On optimise. Mais à vouloir faire les choses en même temps, rapidement, est-ce qu’on les exécute aussi bien ? Cette volonté de vouloir tout faire dans un temps condensé créer parfois une frustration : celle de ne pas profiter pleinement de l’instant présent, ce sentiment de ne pas vivre les choses à fond du fait d’être pressé par l’avancée de l’aiguille sur l’horloge. Vient alors le moment du culte de l’instant.

Alors qu’il faut tout faire plus vite et qu’il faut maximiser le temps consommé pour laisser du crédit au temps « libre » nous souhaitons de plus en plus profiter de l’instant. C’est-à-dire vivre à fond le moment que nous vivons sans penser au fait qu’il y ait de passé ou de future. Vivre dans le présent et uniquement dans le présent.

Ces cultes du temps ne nous impactent pas uniquement dans nos vies privées et personnelles. Ils nous touchent au travail et ce, dans tous les métiers. Cependant, le métier de la communication en est particulièrement impacté et cela à plusieurs niveaux, de plusieurs manières. Prenons par exemple le culte de la vitesse, le communicant se doit de produire des contenus et de répondre aux besoins du clients et du marché avec une réactivité impressionnante. Mais le communicant est aussi impacté par la vitesse de consommation de la cible. Pour qu’une communication soit entendue il faut qu’elle soit rapide à la fois dans son arrivée sur le marché (au bon moment) et dans sa consommation avec un format clair et rapide à comprendre. Ce besoin d’efficacité et de rapidité dans sa forme de consommation lui permettra d’être appréciée et entendue par plus de membre de la cible.

Pareillement, le culte de l’action, impacte le communicant. Il doit occuper son récepteur dans tous les moments du quotidien. Dans toutes ces secondes libres, qu’elles soient prises sur son loisir (ordinateur, temps de télévision, réseaux sociaux) ou bien sur son temps de travail ou de trajet. En occupant tous ces instants le communicant répond à son besoin d’action mais aussi à celui du consommateur qui veut voir tout son temps occupé et optimisé.

Le culte du moment présent

La dictature de l'urgence, de Gilles Finchelstein, Payot

La dictature de l’urgence, de Gilles Finchelstein, Payot

Enfin, le culte du moment présent. Alors que la cible veut se retrouver seule avec ses loisirs et profiter du moment qu’elle vit, le communicant doit être présent. C’est ainsi qu’il créer des évènements et des outils lui permettant d’être au cœur des précieux instants du consommateur. Ces instants où se dernier se coupe de son mobile et de son ordinateur sont alors exploités d’une autre manière. Ces instants sont alors partagés avec l’émetteur (le communicant) et rendus différents par ce dernier.

Même si nous avons vu via les exemples précédant les réponses du communicant aux trois cultes ainsi que leur impact sur ce dernier, il faut avouer qu’il y a un élément étroitement lié à la dictature de l’urgence pour le communicant : la communication de crise. Ce moment où une personnalité publique, au sens juridique, doit répondre à une situation de crise particulière. Comme par exemple le groupe Orange en 2007 qui avait dû à la suite d’une vague de suicides s’exprimer publiquement sur le sujet. La communication de crise, si elle n’est pas maîtrisée, peut s’avérer être une réelle catastrophe pour une entreprise ou une personnalité publique. Le communicant fait alors face à l’urgence et devra répondre en passant par les trois cultes présentés précédemment.

Acheter La dictature de l’urgence, de Gilles Finchelstein, Fayard (2011)

Le rôle du communicant dans ce monde en mouvement

L’urgence est une réalité, elle touche tous les domaines.

L’information a changé nos moyens de consommations, il y a une course, où les industries doivent de plus en plus s’adapter.

Que ce soit dans notre vie publique, professionnelle ou personnelle, l’urgence est là.

Dans notre vie personnelle, on le voit dans la manière dont nous nous nourrissons, avec le développement des fast-foods, ou environ 1,5 million de repas servis chaque jour par MACDONALD, ou bien la manière dont nous nous habillons, toute l’économie de la mode s’aligne sur le modèle de ZARA qui est lui aussi mis sous tension avec un renouvellement permanent des collections, si nous voulons acheter un vêtement nous devons nous rendre de suite dans un magasin car il n’y sera plus quelques jours plus tard. C’est vrai aussi dans le domaine du divertissement : si nous voulons voir un film en salle, c’est soit tout de suite… ou jamais. Enfin, dernier exemple : la manière dont nous nous soignons, le mode d’entrée normal dans l’hôpital étant très souvent le service des urgences…

Le culte de la vitesse, notre environnement est tellement touché par l’urgence, que la société de consommation s’est aussi mise au travail de l’urgence.

Nous retrouvons tout d’abord l’urgence dans les moyens technologiques de communication, (radio, téléphones, …) et de gestion d’information, depuis plusieurs années des entreprises développent des moyens pour communiquer. Ainsi, Apple avec a sorti le premier Iphone en 2007 ; en 2019 nous en sommes à l’iphone XR (le 15 ème) ; la marque est obligée de se renouveler de plus en plus vite afin d’empêcher ses consommateurs d’aller ailleurs. Dans cette urgence, nous retrouvons la concurrence entre les marques : si elles ne sont pas à la hauteur et ne remportent pas cette course à la nouveauté et à l’attractivité, elles sont disqualifiées et oubliées sur-le-champ.

La révolution digitale a donné du pouvoir au consommateur, et les différentes évolutions en matière de savoir, de communication, d’information et de technologie bousculent les fondements et les modèles classiques du marketing et le poussent à devenir un marketing de dialogue, orienté vers un client qui n’est plus captif, mais de plus en plus zappeur.

En conclusion, cet ouvrage nous permet de constater à quel point notre vie est impactée par le temps et par notre perception de celui-ci. Nous voulons paradoxalement que les choses aillent plus vite et soient simplifiées tout en profitant de moments hors du temps. Notre quotidien est donc malmené entre notre volonté d’accélérer et notre besoin de prendre le temps.

Mais nous n’agissons pas de cette manière uniquement sur notre temps libre, durant nos loisirs. En tant que communicant nous sommes fortement impactés par ces concepts liés au temps et à l’urgence. Alors qu’on sait qu’en agissant dans l’urgence nous sommes souvent moins efficaces et impactant nous nous efforçons de répondre toujours plus vite à ces urgences.

La communication de crise en est un véritable exemple. Il nous faut agir dans des situations dites d’urgence, dangereuses pour l’entreprise mais souvent les communications réalisées dans ces moments ne sont pas assez efficaces ou qualitatives. Cette notion d’urgence que nous créons nous même en analysant les situations ne sont-elles pas plus négatives que positives ? En pensant que la situation d’urgence nous protège et nous pousse à agir plus rapidement, on prend le risque de choisir des solutions de moins bonne qualité que si nous avions pris le temps de poser les choses avant d’agir. Comme l’a dit Miguel de Cervantes : « il faut donner du temps au temps » mais Gilles Finchelstein a raison, il faut surtout donner un sens au temps.

Auteures : Morgane de Moerloose et Alix Audon

***

Un article du dossier : Les auteurs du XXIe à dévorer cet été

Acheter La dictature de l’urgence, de Gilles Finchelstein, Fayard (2011)

Lire une autre recension de La dictature de l’urgence, sur Marketing Professionnel

Sources

  • https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/19/la-dictature-de-l-urgence-de-gilles-finchelstein_1467712_3260.html
  • http://www.passion-bouquins.com/la-dictature-de-lurgence-gilles-finchelstein/
  • http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2011/01/26/cercle_33043.htm
  • https://www.youtube.com/watch?v=IHODZz4c36w
  • https://www.youtube.com/watch?v=0It0v7IPgTc
  • https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-du-jour-10-11/la-dictature-de-lurgence-de-gilles-finchelstein-plon
  • https://www.e-marketing.fr/Marketing-Magazine/Article/La-dictature-de-l-urgence-39170-1.htm
  • https://www.lesinrocks.com/2011/01/25/actualite/actualite/gilles-finchelstein-denonce-la-dictature-de-lurgence/
avatar
ISCPA Paris. Profil de l'ISCPA et articles publiés.

Commentez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *