L emprise de l image, de Jean-Claude Paye - Marketing Professionnel e-magazine

L emprise de l image, de Jean-Claude Paye

Bibliographie marketing communication : bronzez smart avec L'emprise de l'image, de Jean Claude Paye

« La fin de l’État de droit » tel était le titre d’un précédent ouvrage du sociologue et essayiste Jean-Claude Paye. Dans ce nouveau livre l’auteur annonce la « fin de l’État de droit » et l’annulation du langage au profit de l’image.

Selon Jean Claude Paye, nous évoluons dans une société marquée par la disparition progressive de l’Etat de droit et de nos libertés fondamentales légitimée par la possibilité d’une attaque terroriste imminente et renouvelée.

L’Etat se veut protecteur envers sa population et recherche leur consentement face à l’annulation du “moi”. L’être ne pense plus, il n’imagine plus. Il se réfère à ce qu’il voit ou plutôt ce que l’on veut bien lui montrer dans un but précis. N’est-il pas plus aisé de diriger un peuple dans la crainte et de dresser un ennemi commun ?

Tel était pourtant le modèle de notre société il y a quelques siècles. Embrigadement, suppression de l’imaginaire et répression sont les ingrédients d’un régime dictatorial et sont ceux relevés et pointés par l’auteur dans l’étude de notre société. Il dénonce une dérive des pouvoirs de l’état mais également un capitaliste agressif.

On assiste au fil des pages à une critique juridique et politique du système par le biais des affaires de la prison de Guantanamo et de Tarnac, et les procès des « filières kamikazes » en Belgique. “Le déplacement du réel est opéré par le règne de l’image” telle est la phrase que l’on pourrait choisir pour résumer la réflexion. Notre société est transformée par l’annulation de la fonction du langage au profit des images

Terrorisme et manipulation par l’image, recherche de consentement et suppression de l’état de droit

Notre société est marquée par la peur omniprésente au quotidien de la possibilité d’un acte terroriste et des terroristes eux-mêmes. Les différents médias comme la télévision, les journaux et de plus en plus les réseaux sociaux jouissent d’une faculté à nous inonder d’images parfois brutales qui provoquent peur, frustration et par conséquent rejet de “l’autre”. Une fois la peur instaurée, les populations n’ont comme seul recours de s’en remettre à l’état. Cet état dit protecteur qui instaure de nombreuses mesures de sécurité censées empêcher l’ennemi d’attaquer.

La déshumanisation des terroristes

De grandes mesures d’ordre mondiale sont également prises et des lois sont créées telles que “The Terrorism act of 2006” ou le “Military Commission Act of 2006” afin de ne laisser aucune chance à ces terroristes, ou présumés terroristes, de nuire en leur ôtant un traitement juridique cohérent se basant sur des faits ou la possibilité d’obtenir le statut de “prisonnier de guerre” aux Etats-Unis.
Mais quand est-il réellement? Ces lois servent à justifier toute condamnation, d’après l’auteur, même si le processus d’incrimination n’est pas respecté.

Personne ne souhaite remettre en cause ces pratiques puisqu’un terroriste est un monstre dans l’esprit commun qui mérite d’être puni de la pire des façons de par ses actes.

Un consentement nécessaire pour justifier certaines mesures

L'emprise de l'image, Jean-Claude Paye

L’emprise de l’image, Jean-Claude Paye

Les images diffusées participent à la recherche de ce consentement dans l’esprit autour de la diabolisation des prisonniers. On diffuse des photos de Guantanamo, des portraits-robots qui font froid dans le dos sont dressées, la violence est mise en avant et “l’invisibilité du terrorisme devient visible.”

En instaurant une psychose générale et en plongeant dans l’effroi les populations, le système juridique est alors renversé. On condamne des actes terroristes que, l’auteur décrit comme en réalité, acte de solidarité face à une guerre d’agression. Il s’agit alors d’une lutte contre le terrorisme ou du “bien contre le mal”. La transformation du langage dans le cadre juridique n’est plus un travail effectué sur les mots mais leur remplacement par des images qui parlent d’elle même. Plus aucune distinction n’est alors faite entre les faits et ce que l’on pense puisque peu importe, ce sont des terroristes. Il n’y a plus de différence entre le regard porté sur un événement et sur la réalité du fait. On assiste alors à une régression de l’etat et “passons ainsi d’une société fondée sur le langage à une société psychotique basée sur la prégnance de l’image” (page 249/2970 version électronique – Section « Un déni du politique »).

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La manipulation par l’image au cœur des métiers de la communication

“D’autres sont payés pour construire l’image d’une entreprise, d’un individu, d’une cause et sont appelés à manipuler la perception de leur « produit » auprès d’une clientèle cible.”

La communication est l’action d’établir une relation avec les autres, leur transmettre un message, ce n’est pas pour autant que le rapport de confiance est simple à établir et elle peut aussi devenir pour certains un moyen détourné, pervers, pour atteindre des objectifs personnels. Elle est ainsi détournée de sa fonction initiale. Pour obtenir des autres ce qu’il en attend, autrement pour imposer ses propres objectifs, ses propres conceptions, il faut, au-delà de la volonté d’influencer un locuteur ou un groupe, manipuler c’est-à-dire déséquilibrer la relation à son profit sans que les autres s’en aperçoivent.

Les médias, manipulateurs de l’information ? Etat des lieux

L’agence de presse Reuters a publié les résultats de son étude sur la consommation de l’information dans le monde en 2018. Le rapport est fondé sur l’étude de plus de 74 000 personnes vivant dans 37 pays différents. Concernant la France, on peut remarquer la télévision reste la source privilégiée pour s’informer, que les français sont assez méfiants sur la véracité des informations, et que Facebook reste le réseau social le plus utilisé pour la diffusion de l’information.

En ce qui concerne le classement des médias TV, radio et print les plus plébiscités, ce sont sans surprise les chaînes de télévision: TF 1 (43%), BFMTV (42%), France Télévisions (37%) et M6 (26%).

Les français et l’information, un sujet qui a toujours été sensible. Il semble que ses 20 dernières années, le sujet ce soit encore plus délicat avec l’apparition de nouvelles sources d’informations qui contredisent parfois les médias. Pourquoi a t il toujours été coutume de dire que les médias manipulent les masses par le biais de l’image ? comment exercent -il leurs influences ? quelles sont les limites ?

Si nous remontons dans le temps, la manipulation des médias à toujours été pointé du doigts. Utilisé par exemple comme outil de propagande durant la 2nd guerre mondiale par les nazies (par le biais des radios, télévision, affiches…) qui montrait des déportés propres, travaillant paisiblement afin de tromper la population sur les véritables buts des camps de concentration.
Ce sont également les politiques qui sont accusé de manipuler par le biais des médias, et ce ne sont pas forcément les états en dictature qui usent de ces subterfuges. En France lors de son quinquennat, Nicolas Sarkozy semble prendre des mesures exigeantes en supprimant la publicité sur France Télévisions (souvent dit à gauche de l’échiquier politique) la privant ainsi d’une source de revenus colossale. Dès son élection en 2007, ses rapports avec plusieurs patrons de la presse font jaser un certain nombre de personnes. On peut voir ici a titre d’exemple la différence entre des unes de média dites de gauche et a contrario, de droite.

Les conséquences de la manipulation de l’image

En 2015 la France a connu des épisodes terroristes qui ont rassemblé toute la population autour de grandes chaînes d’information. Notamment la chaîne d’information BFMTV qui à été largement critiquée pour sa manipulation de l’image et sa mise en danger dans des affaires criminelles. On peut se poser cette question à juste titre : qu’elles sont les conséquences de la manipulation de l’image ou de la désinformation ?

En 2015, Hervé Béroud, directeur de l’information de BFMTV a été accusé d’avoir mis en danger la vie d’un des otages de l’Hyper Casher en révélant à une heure de grande écoute où était caché l’otage (position précise) le mettant ainsi en danger. Lors des attentats en Belgique, BFMTv a associé le nom d’un des terroristes avec la photo d’un homme qui s’est avéré être un homonyme. L’homme dont la photo avait été diffusée a dû démissionner de son travail et projetait de changer de nom de famille et de prénom tant le préjudice était important. Une telle erreur de la part d’un média d’influence tel que BFM a détruit la vie de cet homme. Mais ce n’est pas la seule accusation dont doit faire face BFMTV, en effet au vue des récents événements de mouvements sociaux des gilets jaunes, la chaîne en duplex des Champs-Elysées, a accusé à tort certains gilets jaunes d’avoir lancé des pavés sur les policiers alors qu’il s’agissait en réalité d’une zone de travaux dépavée pour accueillir une piste cyclable. Ainsi, la chaîne à provoqué la colère des gilets jaunes qui ont presque lynché des journalistes de la chaîne lors d’une manifestation. Cette prise à partie montre également l’agacement du peuple envers ce genre de média qui recherche du sensationnel et de l’émotion à tout prix.

Et internet ?

De plus en plus de pays suivent l’exemple de la Russie ou de la Chine et manipulent les réseaux sociaux : voici le constat alarmant du rapport de l’ONG Freedom House, intitulé « Freedom of the Net ». Comme le montre ce graphique Statista, ces manipulations incluent l’usage de commentateurs payés, de bots politiques ou de faux sites d’information. Ces tactiques de manipulation et de désinformation ont joué un rôle important dans les élections d’au moins 18 pays au cours de l’année dernière. Pour lutter contre ce fléau, une loi est sortie en France avec l’aide du CSA et des géants Facebook, Twitter ou encore Google pour lutter contre les fakes news qui fleurissent sur le net. C’est le parlement français ,qui a adopté en lecture définitive, la loi contre la « manipulation de l’information » en période électorale.

Pour finir, nous avons pu constater que l’idée développée dans l’essai de Jean Claude Paye sur l’emprise de l’image s’applique parfaitement dans le monde de la communication et des médias par le biais de l’image, manipulée au quotidien.

L’emprise de l’image est devenue si forte, tant dans la publicité que pour légitimer le traitement des terroristes, que l’individu oublie de penser par lui-même et se perd.

Auteures : Chloé Gomes-Tmim et Mélanie Mehennek

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Un article du dossier : Les auteurs du XXIe à dévorer cet été

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Sources :

  • https://www.amazon.fr/Lemprise-limage-Guantanamo-%C3%A0-Tarnac/dp/2364290023
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Paye_(sociologue)
  • http://www.multitudes.net/author/Paye-Jean-Claude/
  • https://www.cairn.info/publications-de-Paye-Jean-Claude–112445.htm
  • https://www.cairn.info/revue-multitudes-2004-2-page-179.htm?contenu=resume
  • https://www.voltairenet.org/article189020.html
  • https://www.breizh-info.com/2018/03/15/92120/limiter-influence-medias-informant-les-francais-sur-les-methodes-de-desinformation
  • https://fr.sputniknews.com/france/201901091039581130-manipulation-medias-laeticia-monsacre-critiques/
  • https://www.20minutes.fr/societe/2330827-20180905-video-manipulation-information-rapport-francais-previent-pire-venir
  • http://www.lefigaro.fr/medias/2019/01/24/20004-20190124ARTFIG00007-gilets-jaunes-les-francais-jugent-severement-les-medias.php
  • https://www.france24.com/fr/20181121-loi-contre-fake-news-definitivement-adoptee-macron-election
  • http://www.philomedia.be/medias-censure-influence-pouvoir/
  • https://www.institut-pandore.com/mentalisme/medias-manipulation-apprendre-a-sen-proteger/
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