L’état de l’opinion 2013 par O. Duhamel et E. Lecerf

Critique bibliographique de L'état de l'opinion 2013 par Olivier Duhamel et Edouard Lecerf, publié chez Seuil

La version 2013 de L’état de l’opinion s’ouvre sur les huit paradoxes de la présidentielle 2012, donnant le « la » à l’ouvrage effectuant principalement un retour sur les élections de 2012 (la présidentielle française, mais aussi son équivalent US).

Des retours en arrière troublants d’actualité…

Cependant, quelques réflexions, posées sur le papier voici quelques mois par les multiples auteurs, restent d’actualité.

Ainsi en va-t-il des «  maliens, victimes collatérales du chaos libyen » menant la France « à travailler avec eux à l’éradication de l’islamisme » (p. 194) et du chapitre 14 « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? », sur l’opinion, le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels (211 sq.).

Le premier chapitre évoque pour sa part « la frustration de l’électorat [qui] ne s’est pas fait attendre » (13) et se termine par un éclairant « il paraît impossible de satisfaire à la fois ceux qui aspirent à un changement profond du système économique et social et ceux qui attendent simplement qu’il soit géré de façon un peu plus équitable et efficace » (16).

Acheter L’Etat de l’opinion 2013, de Olivier Duhamel et Edouard Lecerf, édité chez Seuil

UMP, PS et FN… électorat et positionnement

« Sarkozy : les cinq occasions manquées ». Rédigé par J-P Raffarin, je me jette sur ce chapitre. En bonne langue de vipère, je cherche les piques assassines et les raffarinades savoureuses (merci JP pour la Pentecôte travaillée mais non payée. Une vraie mesure à la c…) distillées en « homme libre » (30) Quête infructueuse. Mais les cinq occasions (on dirait un manuel de polémologie !) sont le fruit d’une analyse pertinente qui ravira les étudiants en sciences politiques : « dans la première partie du mandat, la nouvelle majorité cherche à tenir les promesses du candidat, et dans la seconde, il faut valoriser l’action du président » (23) ; à condition de disposer d’un fond culturel suffisant pour préciser de vagues indications comme « le discours de Régis Debray ».

Je décale ensuite la balancier politique pour lire « Vers une nouvelle alliance électorale à gauche » qui dresse, cette fois en se tournant vers l’avenir, le chemin des possibles pour la gauche. Marc-Olivier Padis cherche à cerner où se trouve le potentiel électoral de la gauche, au-delà de ce « parti attrape-tout » (59) qu’est le PS et se penche sur la façon dont on voit la France, qui, selon lui, clive l’électorat, montrant que la notion de « peuple de gauche » est une fiction… dont seront « victimes » les bobos. A rapprocher du rapport Terra Nova (2011) sur la stratégie électorale de la gauche.

Plus loin, Nonna Meyer s’interroge sur les mutations (je n’ai pas dit migrations) « de Jean-Marie à Marine Le Pen ». L’auteure considère que les deux électorats sont « bonnet blanc et blanc bonnet » (l’expression est ici de nous…), « à deux exceptions notables près : son orientation anti-européenne plus marquée, et le renforcement de sa composante féminine » (83), ce qui l’amène à cerner le positionnement et le territoire du FN, mais aussi sa cible (en particulier les femmes, autrefois peu enclines à voter FN, il est en aujourd’hui fini du « Radical right gender gap », 93 sq.) et la vision qu’il lui délivre : « hiérarchique-autoritaire, valorisant l’ordre et l’autorité » (83). Pourtant, l’auteure relève les points de division dans l’électorat du FN, entre autres en ce qui concerne « le degré d’intervention de l’Etat face au marché et aux entreprises » (85), ce qui peut s’expliquer par la structure de l’électorat à sa prolétarisation accrue (90). Un lien intéressant est donc à nouer avec le développement d’Olivier Padis. Tous les deux auraient pu se demander où étaient passés les communistes ;)

Un des chapitres suivants est à lire avec une écharpe rouge pour mieux goûter le style de Christophe Barbier, abordant « L’image de la France », qui a descendu plusieurs marches depuis les deux guerres mondiales. Le français a une image leurrée de la France (186), de râleur il est « devenu défaitiste » (190) et réinvente presque le « suicide par l’orgueil » et devrait « accepter de changer soi-même en profondeur pour que change le regard des autres » (185). A méditer en même temps que l’on s’interroge sur le marketing de la provenance… et à la lecture de la stratégie marketing de Destination France. Notre métier n’est pas facile ;)

Justement, en parlant de provenance… Puisque les valeurs, la façon de voir la France, de « vivre ensemble » semblent plus clivantes que d’autres critères comme l’âge ou le sexe, j’aurais aimé plus de développements sur « le réveil identitaire » et « la crispation ethnocentriste chez les catholiques français » (94). A intégrer à L’état de l’opinion 2014 ? Comment concilier religion et opinion « peu raisonnable » (14) tandis que « Les phénomènes d’influence et de conviction sont au cœur des problématiques de communication, de marketing et d’opinion » ?

Peu de prospective

Le marketeur regrettera le peu de prospective, contrairement à l’excellent développement de l’an passé (ah, tiens, je regarde aussi dans le rétroviseur !) et le grand nombre de pages illustrées de graphiques, au détriment du texte, cf. chap. 12 : 6 pages de tableaux, 4 de texte.

Acheter L’Etat de l’opinion 2013, de Olivier Duhamel et Edouard Lecerf, édité chez Seuil.

Cet ouvrage est à compléter par Le Mystère français, de Hervé Le Bras Emmanuel Todd, d’ailleurs aussi publié chez Seuil. Il vous permettra d’approfondir entre autres les développements liés aux partis politiques et à l’émergence de certaines personnalités, tandis que le contexte politique et économique est rappelé dans les premières pages.

Cela fait des années que nous lisons les éditions de ce livre de TNS Sofres, alors nous vous invitons à…

avatar
Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


Commentez !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>