Les fantômes familiaux, Bruno Clavier - Marketing Professionnel e-magazine

Les fantômes familiaux, Bruno Clavier

Remontez l’arbre de la psychanalyse transgénérationnelle avec Les fantômes familiaux de Bruno Clavier (et bronzez smart avec notre bibliographie marketing de l'été)

Notre inconscient porte parfois les traces d’un traumatisme familial qui nous conduit à répéter des schémas hantés par la douleur de nos ancêtres.

La psychologie transgénérationnelle, nous donne une définition précise d’un « fantôme ». En effet, un fantôme est une structure psychique et émotionnelle parasite, issue de l’un ou de plusieurs de ses ancêtres, portée et agie inconsciemment par un descendant. Nicolas Abraham et sa compagne Maria Torok ont introduit cette notion dans les années 70 et ils définissent le « fantôme » comme la trace dans l’inconscient d’un descendant, du secret inavouable d’un ou plusieurs de ses ancêtres se manifestant dans des paroles et actes bizarres, dans des symptômes phobiques et obsessionnels comme s’il était hanté par quelque chose appartenant aux générations qui l’avaient précédé.

Le fantôme transgénérationnel est une structure psychique émotionnelle provenant d’un traumatisme, c’est-à-dire un coup porté dans la représentation du réel chez les personnes traumatisées par un événement grave, mais aussi chez leurs enfants. Elle est rejetée par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs expliquent qu’elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’à ce qu’elle éclate sous forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. Par exemple, le deuil d’un parent qui a perdu un enfant peut rebondir sur l’un ou l’une de ses descendants et souvent sur plusieurs générations après. Bruno Clavier, nous raconte dans l’un de ses articles le fait suivant : « La plupart du temps, le souvenir conscient du trauma ancestral s’est perdu, car la personne traumatisée, entrée dans un vide psychique, dans un état d’insensibilité, ne peut plus témoigner de la violence émotionnelle de ce qu’elle a subi ».

Lorsqu’une étude complète d’un arbre généalogique est réalisée, les noms, les prénoms, les dates de naissance, de mariage, de mort et de traumatismes des ancêtres sont des marques de ces événements qui peuvent être transmises de génération en génération et qui sont passibles de chambouler des familles plusieurs années après. Bruno Clavier nous dit à ce sujet : « Il s’agit alors de tenir compte tout autant d’un inconscient familial que d’un inconscient individuel : si les deux se superposent parfois ou se croisent, il importe tout de même de ne pas les confondre, sous peine de tomber dans des impasses thérapeutiques. »

Le psychanalyste et psychologue clinicien Bruno Clavier aborde dans son ouvrage ainsi que dans ses différentes interviews des cas concrets de patients vue en séance qui sont hantés par la douleur jamais exprimée ou guérie de leurs ancêtres et qui répètent sans cesse des traumatismes familiaux.

Cas concrets de psychanalyse transgénérationnelle

Un enfant parle bizarrement et a toujours une main posée autour de son cou lorsqu’il parle au psychanalyste. Une fois que Bruno Clavier lui dévoile que sa grand-mère s’est pendue, en lui montrant le geste précis et en lui disant : “Elle s’est pendue comme ça”. L’enfant a immédiatement arrêté son geste. Il ne l’a plus jamais refait.

Le symptôme des deux jumeaux est le suivant : un des deux jumeaux se cogne la tête contre les murs depuis l’âge de 6 mois. La cause : le traumatisme qui était arrivé à l’arrière-grand-mère. L’enfant a arrêté de se taper la tête une fois qu’il prend connaissance du traumatisme de sa grand-mère.

Un adolescent schizophrène dessine des ronds des formes informes. La maman de l’adolescent et monsieur Clavier parle de la famille du côté maternelle. Et plus particulièrement d’une branche de l’arbre généalogique. L’enfant se met soudain à dessiner le château de cette famille en particularité.
Pour finir, parlons de l’histoire la plus incroyable. L’histoire d’une petite fille somnambule. Tous les soirs, cette petite fille déambule dans sa maison. Chaque nuit est différente. Elle se met en scène, dans son sommeil, différemment. Un soir elle se met dans la peau d’une vieille dame et un autre dans la peau d’un enfant. La famille étant à bout, décide de faire appel à un psychanalyste spécialisé dans la psychanalyse transgénérationnelle. Le pédopsychiatre ne pouvant plus rien faire, à part assommer la petite fille de calmant. Lors des consultations avec monsieur Clavier, on apprend que la petite fille rejoue des scènes précises vécues par ses ancêtres. Chaque personnage correspond à un de ses ancêtres. Une fois la mise en relation des personnages qu’elle joue avec l’arbre généalogique de la famille, elle finit par guérir. Plus aucun soir sous l’emprise de ses fantômes familiaux.

Le poids des fantômes familiaux dans la société

Un des fantômes familiaux, le plus récurrent est la recherche du prince charmant perdu pour les femmes. C’est une transmission d’un prince charmant fantasmatique hérité des générations antérieures. C’est un phénomène de répétition amoureuse transmis de mères en filles sur 5-6 générations. La recherche du prince charmant est une vision idéalisée de l’amour, c’est un syndrome qui repose sur une image lisse et parfaite de l’amour qui tient bien plus du fantasme que de la réalité.

L’ouvrage de Bruno Clavier ainsi que différents articles sur ce sujet nous permet de comprendre que le sujet de la mort est également central. En effet, l’influence des morts est très présente chez les vivants. Nombreuses, sont les familles qui ont dû faire face à une mort violente, déchirante, prématurée, ou ingérable que chacun a tenté d’oublier en la mettant de côté, en imaginant que le temps aidera à oublier la douleur.

Ces différents drames vécus vont hanter les familles pendant parfois plusieurs générations et peuvent être une véritable bombe à retardement. Ils peuvent créer des effets inopportuns qui peuvent se manifester sous différentes formes : maladie physique ou mentale (cancers, troubles obsessionnels, schizophrénie) ; échecs sentimentaux à répétition ; suicides ou accidents ; avortements ou fausses couches ; comportements agités chez les enfants vivant dans l’angoisse de la mort et qui expriment de la colère, font des cauchemars terrifiants, ont des inhibitions ou des compulsions et enfin échecs professionnels, faillites, conditions de survies difficiles.

La répétition de symptômes ou de comportements aberrants apparaissent souvent à l’enfance, et il est fondamental de consulter en famille rapidement pour comprendre leur histoire et celle de leurs ancêtres afin d’éviter des cas psychiatriques lourds à l’âge adulte. De plus, les personnes souffrantes sont loin d’imaginer que cela provient de leurs ancêtres. Bruno Clavier, nous explique également dans son livre que les enfants comprennent beaucoup de choses, qu’il faut s’en rendre compte pour mieux les comprendre. Il est donc d’autant plus important de parler et de révéler les événements traumatiques, les secrets de familles, les non-dits, même difficiles, honteux terribles ou horribles à nos enfants, cela fait partie de la guérison. Nous portons les gènes de nos ancêtres et leurs émotions. Les enfants sont en capacité de dessiner des ancêtres qu’ils n’ont jamais vus avec des particularités propres à chacun. Anne Ancelin Schützenberger a dit : « Ce que l’on ne met pas en mots, s’imprime et s’exprime par des maux ». Aujourd’hui, la société actuelle nous permet de nous libérer à travers la parole a contrario des générations antérieures qui s’exprimait peu, ce qui a donné lieu à de nombreux secrets de famille ou non-dits.

Les fantômes familiaux, Bruno Clavier

Les fantômes familiaux, Bruno Clavier

La psychologie transgénérationnelle peut être reliée à un concept scientifique qui a le vent en poupe depuis plusieurs années, l’épigénétique. Ce sont des mécanismes moléculaires qui au sein du génome peuvent réguler l’expression des gènes. Ils peuvent subir les effets de l’environnement, et de ce fait s’exprimer différemment. Les expériences vécues, les conditions de vie et la vie utérine peuvent avoir des effets tout au long de la vie notamment sur l’expression des gènes. D’autres facteurs peuvent également modifier l’expression de nos gènes : la nourriture, l’exercice physique, le stress, le plaisir éprouvé dans la vie, la qualité du réseau social et familial, l’exposition à des toxiques et à certaines matières plastiques, le climat (les rayons UV du soleil), et l’influence psycho-affective.

Aujourd’hui, la médecine et la psychologie du développement s’intéressent à ce concept. Le changement au niveau de l’expression des gènes peut se transmettre aux générations prochaines, c’est pour cela qu’il est important pour nos enfants et nous-mêmes de manger sainement, de pratiquer de l’exercice physique régulièrement, de lutter contre le stress avec la méditation, de rompre l’isolement et la solitude et enfin pratiquer la psychologie positive.

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Dans les années 2000, des chercheurs canadiens ont montré sur des rongeurs que la qualité des soins donnés par la mère à des effets sur la sensibilité des petits au stress et cela a mis en exergue des périodes sensibles au cours de la croissance où des modifications épigénétiques stables touchant principalement le développement du cerveau peuvent s’installer.

Certains phénomènes se retrouvent également chez les Hommes, tels que la dépression maternelle qui représente une menace pour le fœtus et la maltraitance chez l’enfant qui est un risque de dépression car des gènes liés à la réponse au stress sont impactés. De plus, aujourd’hui, de plus en plus de données recueillies permettent de corréler des troubles psychiatriques (en particulier la schizophrénie) à des dérégulations épigénétiques liées à des événements de la vie au cours du développement. Lorsqu’un enfant naît, il vit dans une famille où un héritage conscient et inconscient lui est transmis. Une empreinte est créée de façon très précoce, qu’il le veuille ou non.

Les apports de la psychologie transgénérationnelle aux marketeurs, communicants et planneurs stratégiques

Bien souvent, les marques doivent faire face à un certain nombre de problèmes liés à l’assimilation de la marque par une cible donnée et elles rencontrent des difficultés qui peuvent porter atteinte à cette dernière. La recherche de la provenance de ces problèmes peut être longue, fastidieuse et se solder par un échec. Une analyse et des recherches en profondeur afin de chercher à comprendre les causes du succès ou non d’une marque sont alors nécessaires pour la pérennité de la marque. Tout d’abord, il est essentiel que les têtes pensantes d’une marque et l’équipe marketing s’entendent et aillent dans le même sens. Puis, comme dans l’ouvrage de Bruno Clavier, elles peuvent avoir recours à la psychanalyse à la fois pour instaurer une cohérence entre les deux équipes citées précédemment et pour permettre à la cible souhaitée de s’identifier à la marque et de l’assimiler par le biais de liens symboliques, imaginaires et sensoriels. Le recours à la psychanalyse peut être difficile à accepter pour les équipes mais elle peut être essentielle.

La relation entre la marque et son consommateur

Une marque peut avoir une très grande influence auprès de son consommateur. En effet, elle peut représenter “l’extension” de celui-ci, que ce soit par le choix des tenues vestimentaires, des parfums ou bien des produits cosmétiques. Des consommateurs peuvent choisir de porter ou d’utiliser certaines marques afin de construire leur “identité” au sein de la société. Ainsi, le choix d’une marque plutôt qu’une autre peut leur permettre de transmettre une image d’eux-mêmes idéale ou idéalisée.

La marque devient alors le miroir (il s’y voit et il y est vu), le consommateur se voit en elle et s’assure de l’effet que consommer cette marque produira sur autrui. Nous pouvons donc voir cela comme une sorte de jeu social des conventions et des tendances où le fait d’acheter ou de consommer une marque en particulier permet à chacun de créer son identité dans une société dans laquelle les individus sont souvent mis dans des cases. Cette classification passe souvent par le statut et l’apparence. Les marques peuvent donc permettre à chacun de refléter ce qu’ils souhaitent et de créer l’image qu’ils veulent que les autres perçoivent.

Nous pouvons également nous pencher sur la problématique des sites et des applications de rencontre qui sont souvent amenées à faire appel à la psychanalyse pour attirer le consommateur. Comme dit précédemment et comme Bruno Clavier le dit dans son livre, beaucoup de femmes sont affectées par une “quête du prince charmant”. Soit à cause des constructions sociales qui ont été faite autour de ce mythe depuis l’enfance soit à cause des fantômes familiaux de chacun. En effet, une femme de notre époque peut être amenée à combler un manque affectif masculin dont ses ancêtres ont aussi souffert. Pour ce faire, quel meilleur et plus rapide moyen que d’utiliser un site ou bien une application de rencontre ?

Sites de rencontres… de fantômes familiaux ?

Les marketeurs et le pôle communication des marques (dans divers secteurs) l’ont bien compris et utilisent donc la psychanalyse et les mythes de manière subtile pour attirer les consommateurs et les fidéliser. Pour cet exemple précis, la recherche du prince charmant pour les femmes est donc un élément sur lequel les marques peuvent jouer sur les sites de rencontres tels (Meetic, Tinder, adopteunmec…) car elles contribuent au mythe de la quête du grand amour et de l’assouvissement de tous les désirs.

Les marques doivent donc faire très attention et anticiper les messages involontaires qui peuvent être assimilés à cause des fantômes familiaux de chacun. Ces derniers peuvent, soit permettre une très bonne assimilation et une acceptation des messages envoyés par la marque, soit à l’inverse, empêcher la bonne interprétation d’une campagne ou d’un message envoyé par une marque.

Par conséquent, nous pouvons dire que de la même manière que nous sommes hantés par nos fantômes familiaux et que cela a un impact sur notre vie au quotidien, les marques aussi ont une influence sur nous au quotidien et « nous hantent » d’une certaine manière. On assimile et on intègre tout ce qui nous entoure (les pubs, les affiches etc.). Cette hyperstimulation informationnelle et promotionnelle peut avoir un impact sur les comportements et la manière de penser de chacun au même titre que les fantômes familiaux.

Puisque nous parlons du domaine de l’inconscient, nous pouvons évoquer les messages subliminaux qui ont été retrouvés dans certaines publicités et nous demander si ces messages sont plus efficaces lorsqu’ils rencontrent un consommateur ayant un ou plusieurs fantômes familiaux.

Auteurs : Manon Bonnaffous, Adrien Rebaudengo, Aymeric Solomiac

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Un article du dossier : Les auteurs du XXIe à dévorer cet été

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Sources :

  • https://www.clavier-bruno.org/
  • https://www.psycho-ressources.com/bibli/psychanalyse-communication.html
  • https://www.widoobiz.com/?s=Psychanalyse+
  • https://www.cairn.info/revue-cahiers-critiques-de-therapie-familiale-2004-2-page-35.htm
  • http://www.constellations-je-nous.com/article-les-fantomes-transgenerationnels-ou-l-influence-des-morts-chez-les-vivants-123775037.html
  • https://www.oedipe.org/prixoedipe/2014/clavierrousseau
  • https://apprendreaeduquer.fr/epigenetique/
  • https://www.universalis.fr/encyclopedie/genetique-et-developpement-psychologique/3-l-epigenetique/
  • http://www.constellations-je-nous.com/article-les-fantomes-transgenerationnels-ou-l-influence-des-morts-chez-les-vivants-123775037.html
  • https://www.bibamagazine.fr/sexo/couple/tout-savoir-sur-le-syndrome-du-prince-charmant-58742
  • https://www.youtube.com/watch?v=vT-Z1hl-gwY
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