Le canari du nazi, dir. Michel Onfray

Critique du livre Le canari du nazi, dir. Michel Onfray, J'ai Lu 11218

Le canari du nazi a été consommé ce week-end, entre poisson et chocolat, qui s’accordent assez peu généralement. Tout comme un livre abordant la monstruosité, et le marketing.

Que nenni ! J’étais venu chercher des idées et des compléments aux approches marketing de la narration, du story telling, de la mise en mythe, m’abreuver de figures de monstres, d’opposants, qui contextualisent, valorisent le héros. Alors, le nez au vent, j’ai lu (ah, éditeur éponyme !), j’ai déroulé les pages de ce bouquin en toute curiosité. Entre autres parce que les titres des chapitres orientés philosophie étaient catchy.

Mais l’ouvrage traite peu de philosophie… Plus de philia de l’auteur avec « ses amis de l’université populaire de Caen », et donc, probablement, parfois, de publications amicales aux longs développements inutiles car sans réel rapport avec la monstruosité (ce pêle-mêle restant monstrueusement pénible à lire), comme dans « qui est le monstre (83-111), et « l’histoire de l’Artsenal » (207-224). Pas sûr, pour paraphraser la page 202, qu’ici l’excès remplace le manque.

Plus gênant : les grosses pointures rédactrices oublient les chérubins (22 sq.), le principe de récursion d’Edgar Morin (193), le parallèle avec Foucault (surtout après la définition de l’aliéné par Maurice Clavel, 203), la réification du consommateur (202) après avoir évoqué Baudrillard… et certainement des dizaines d’autres concepts, notions et auteurs qui m’ont échappés (je ne pensais pas chroniquer ce livre).

Le canari et le planning stratégique

Le canari du nazi, essai sur la monstruosité, sous la dir. de Michel Onfray

Le canari du nazi, essai sur la monstruosité, sous la dir. de Michel Onfray

Le planneur stratégique, le marketeur aimant « saisir » le consommateur, goûtera en priorité le chapitre « L’homme du XXIe siècle serait-il devenu un monstre ? » (179-204), après avoir lu Lyotard et Lipovetsky, largement mobilisés dans leur approche de la consommation et de l’individu postmoderne et hyper moderne, et pourtant cités seulement p. 182. Mais le planneur restera dubitatif sur la lecture à contresens de ces deux auteurs-clé lorsque la rédactrice du chapitre affirme in fine que l’homme hyper moderne procède à une « tentative d’assassinat de la psychanalyse » (203). Est-ce une paranoïa de psychanalyste ? Une erreur de jugement, de « vision », de regard (comme aurait dit Sartre) ? Cela percute une longue citation de Nietzsche (reprise p. 225), extraite de Aurore : « Nous oublions trop facilement qu’aux yeux des étrangers qui nous voient pour la première fois nous sommes tout autre chose que ce que nous pensons être nous-mêmes : et généralement nous ne sommes rien de plus qu’une particularité qui saute aux yeux et détermine l’impression d’ensemble. Ainsi le plus doux et le plus équitable des hommes n’a qu’à porter une grosse moustache, et il pourra en quelque sorte s’asseoir à son ombre, et s’y asseoir en paix, – les yeux ordinaires voient en lui l’accessoire d’une grosse moustache : à savoir un caractère militaire, prompt à s’échauffer, violent à l’occasion – et ils se comportent avec lui en conséquence. » A méditer pour cerner objectivement insight et persona, c’est-à-dire sans déformation professionnelle, sans posture d’expert dispensant des prophéties auto réalisatrices…

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Ah, et pourquoi ce titre ? Réponse page 9 (qu’en aurait dit Arendt ?).

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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