Le procès de la communication, Thierry Wellhoff

Critique bibliographique de Le procès de la communication, Thierry Wellhoff

Le procès de la communication de Thierry Wellhoff s’appuie sur une hypothèse de départ : la communication est critiquée, assaillie, vilipendée. « On ne parle de communication que pour parler de ses excès », p. 195).

Le procès de la communication, Thierry Wellhoff, Les Belles Lettres Manitoba

Le procès de la communication, Thierry Wellhoff, Les Belles Lettres Manitoba

Le procédé choisi par l’auteur, pour défendre la communication, est celui d’un procès, avec ses intervenants traditionnels : le juge, l’avocat, les experts dans le cadre duquel chacun vient se prononcer à la barre. Le lecteur-jury étant appelé à prononcer le verdict (p. 197). Non, je ne « spoile » pas la fin… de ce livre qui privilégie la forme sur le fond, renvoie ainsi à une des vieilles critiques de la com’ (une mise en abîme ?) et fait fi de quelques vérités juridiques : l’avocat de la com’ est ici commis d’office (pas certain qu’elle soit impécunieuse…), le réquisitoire du procureur, très court (113 sq.), ne s’appuie sur aucun expert à charge (quid des antipub et même de l’ARPP ?), menant souvent à des platitudes de prétoire, rimant avec comptoir, que les appréciables mobilisations d’auteurs ou de personnalités comme Sieyès (15), Auguste (31), Moïse et Aaron (35), Nietzsche (61), Habermas (62), Cyrulnik (68), Serres (64 et 72), Aristote (94), Libaert et Pierlot… et la définition du terrorisme par François-Bernard Huyghe (53), à rapprocher de la propagande, ne peuvent remettre d’aplomb. Mais peu importe puisque le livre s’adresse déjà aux convaincus de l’utilité de la communication. D’ailleurs ce terme, polysémique, ouvre une autre brèche…

Le plus perturbant, en effet, dans Le procès de la communication reste le tropisme communicationnel frisant le contresens sur les autoroutes de l’information : la « communication stratégique » (et, peut-être, par extension, la « communication publicitaire ») est mélangée à la « communication échange », interhumaine. Les reprises de la pensée de D. Wolton ne peuvent remettre le livre dans le droit chemin.

A l’opposé, les fondamentaux de la communication, comme par exemple les objectifs (séduction, relation, stimulation, 112, 153), la stratégie de communication (141 sq.), les croyances (80 sq.), les valeurs (146 sq.) de responsabilité, sincérité, autorité sont d’une bonne construction, bien étayés et pertinents. Nous pouvons même lire, en creux, une évocation de la marque interstitielle par J-P Sarcos (90) : « il est important de se sentir serviteur. Respecter, aider, mettre en valeur les musiciens »…

Procès de la communication : vers un appel ?

L’éventuelle V2, celle du procès en appel, assurément…

  • Développera la notion de tribunal de l’opinion (22) en s’appuyant sur Goffman
  • Supprimera les erreurs de typo aux pages 53 et 84
  • Trouvera des synonymes plus variés pour qualifier la communication (brasse de l’air, fait du vent… étant multiplement employés)
  • Réduira les énumérations interminables (26 sq, 116)
  • Prendra soin à lier les parties entre elles (33, 69…)
  • Sourcera la citation « les mots ne sont que la peur des choses » (82) et de nombreuses autres comme aux pages 50, 56, 81, 85…
  • Proposera des exemples de communication de crise des industries du tabac, du pétrole, des alcools (les ONG, c’est un peu facile, 162 sq.)
  • S’ouvrira aux autres formes artistiques que la peinture (87)
  • S’effectuera sans le tapage médiatico-promotionnel de la première édition

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


2 commentaires

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    Wellhoff

    9 septembre 2016 at 17:56

    Cher Serge-Henry,
    Nous nous connaissons de longue date, grand merci d’avoir prêté attention à mon livre, surtout avec une attention qui dépasse toutes les espérances ;)

    Je dois dire honnêtement que si certaines de vos critiques me semblent fondées et m’inciteront à en tenir compte dans une nouvelle édition, le nombre de points de critiques me semble suffisamment conséquent pour poser question et m’interroge sur votre perception de la communication.
    Parmi ces critiques, pour n’en retenir qu’une, vous excusez sans doute de ne pas m’auto citer dans mes citations au sein de mon ouvrage, cela serait, vous en conviendrez j’en suis sûr, un grand manque d’humilité.
    Je retiendrai le conseil de donner davantage la parole au procureur, bien que mon ouvrage, s’il ne peut prétendre à l’objectivité, ne peut ambitionner non plus à l’impartialité qui vous semble chère.
    Bien sincèrement.

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      Serge-Henri Saint-Michel

      11 septembre 2016 at 18:21

      Merci Thierry !
      Je reconnais que mes critiques sont souvent dures. Mais aucune, pour votre livre, d’ad homminem ;)
      Quant à ma perception de la communication, échangeons et, surtout, n’hésitons pas à continuer à publier sur elle, même des avis comportant des bémols, pour mieux en orchestrer la gloire. Car oui, nous l’aimons tous cette « sacrée » communication !

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