Maîtres ou esclaves du numérique, B. Sillard, chez Eyrolles

Maîtres ou esclaves du numérique, de Benoît Sillard, publié chez Eyrolles

Maîtres ou esclaves du numérique est construit sur une hypothèse : « le partage de la connaissance formera le principal défi des société de l’information ». Elle conduit Benoît Sillard à s’interroger sur les mutations induites par le digital.

Est tout d’abord développée la valeur pédagogique des TICE, la tendance à la simplexité comme le précise le rapport Fourgous (29) et l’importance de « former l’esprit à utiliser le flux d’information au lieu de s’y noyer » tandis que l’on évolue vers les méta-informations (31). Suit le jeu, pour lequel l’auteur traite du modèle économique, cherche à contourner les idées reçues à leur sujet et évoque le jeu à réalité alternée (ARG, 35), les serious games (56) etc. pour s’intéresser ensuite aux « mondes sociaux-virtuels à venir » (53 sq.).

Maîtres ou esclaves du numérique, de Benoît Sillard, publié chez Eyrolles

Maîtres ou esclaves du numérique, de Benoît Sillard, publié chez Eyrolles

Une des parties les plus intéressantes pour les marketeurs concerne l’échange d’informations, ouvrant sur « l’économie du savoir », « la société de la connaissance », le « capitalisme cognitif » (67) et de nouvelles formes d’organisation, de management : des équipes courtes, des objectifs précis ; des équipes petites, connectées et autonomes (68-78.) etc., dans le cadre d’un développement particulièrement pertinent se concluant par « la production comme la consommation deviendront de plus en plus fluides, liquides (Zygmunt Bauman) à l’instar des flux d’information autour desquels se produira l’essentiel de la plus-value » (78), nécessitant que les individus soient formés à ces enjeux (renvoi, donc, au chapitre 1).

Dans la lignée d’auteurs récemment chroniqués sur Marketig-Professionnel.fr, B. Sillard évoque la création d’une réelle intelligence collective, collaborative ou sagesse des foules et s’interroge : « L’Internet nous rend-il idiot » puisque « la production d’une pensée propre, subjective, construite » peut être menacée par Internet (84) ? A tel point que cela modifie notre rapport à l’information : « Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski ».

B. Sillard dispense dans la foulée quelques conseils pour « survivre dans la jungle cognitive » (91-99) et en profite pour cadrer la notion fort à la mode de sérendipité, qui est, rappelons-le, le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence (99).

Par la suite, l’auteur développe les aspect économiques du numérique, qui, en s’appuyant sur le concept de la « longue traîne », nous fait passer « de la rareté à l’abondance », « des masses aux niches », « de la manipulation à la réputation », etc. (130-134) en s’appuyant majoritairement sur la gratuité (Ch. 7). Il termine par les communautés et les réseaux, rappelle qu’Internet peut être considéré comme un cinquième pouvoir « quand le réseau surveille les gouvernements » (195), sans pour autant, pour cause de calendrier de publication, évoquer les révolutions dans le monde arabe. Propriété intellectuelle à l’heure de « l’hybridation perpétuelle » (171), frontières en vie privée et publique, société sous contrôle (dans la ligné de Deleuze)… constituent, in fine, des apports réflexifs intéressants.

Alors Maître ? « Acheter cet ouvrage tu le peux, le méditer tu dois« 

Malgré quelques répétitions, Maîtres ou esclaves du numérique propose un contenu clair, avec de bonnes annonces de plan et, pour chaque chapitre, une « conclusion prospective », que je vous invite à lire en premier afin de cerner l’ambiance et le contenu de chaque chapitre.

L’ouvrage ne propose pas de bibliographie, certes, mais quelques notes en bas de page en font cependant un ouvrage très documenté… Schumpeter aurait pu tout de même être évoqué p. 63 (sur la « destruction créatrice », impossible de passer outre !) et concernant la gratuité, B. Sillard met 6 pages à citer C. Anderson (143) mais sans nommer le Penny Gap (139) ni les vaines pâtures (169). Cela compense avec TIC 2025, qui a régulièrement inspiré l’auteur tout au long de ces 240 pages…

Enfin, nous avons apprécié les belles références à…

  • Socrate qui, dans Phèdre, « se lamente… de l’invention de l’écriture » (26, répété p. 87) ; « ses arguments ne sont pas sans rappeler certaines attitudes conservatrices vis-à-vis de l’Internet »
  • C. Gessner qui a « publié un livre entier au XVIe siècle pour démontrer que l’imprimerie allait nous submerger d’informations et nous placer das une situation ‘déroutante et néfaste’ » (87)
  • McNeely et Wolverton pour les six institutions-modèles dont l’Internet constitue la septième étape
  • P. Lazarsfeld et E. Katz, aux réflexions qui ont, je pense, inspiré V. Ducrey (109)
  • Zipf et Pareto, souvent placés sous l’éteignoir du concept de la « longue traîne » (124, 129)

Acheter Maîtres ou esclaves du numérique, Benoît Sillard, publié chez Eyrolles.

avatar
Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


Commentez !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>