Le média humain, de L. Boursin et L. Puyfaucher, chez Eyrolles

Le média humain, de Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher, chez Eyrolles

Le média humain, concept dont les auteurs revendiquent l’invention et défini p. 224, n’est rien d’autre qu’une nouvelle appellation d’un ensemble que l’on connaît déjà. Au programme de l’ouvrage : le web mène à la fin de la « communication à la papa » et des schémas de communication classiques, les dangers et opportunités de l’ère digitale (nous avons apprécié le rappel de Christophe Deschamps sur le « syndrome de connexion compulsive » ou de John Barnes sur le système social dans l’ile de Bremnes, p. 40 et 62 et l’interrogation sur le narcissisme ou le masochisme numérique, 82), la place des réseaux sociaux en entreprise. La conclusion en offre un très bon résumé (malheureusement sans ouverture ni prospective).

Le média humain, sans théorie fumeuse, sans anecdote superficielle, facile à lire, revient simplement et de manière compréhensible sur les grandes notions, comme par exemple la main invisible d’Adam Smith (209), les modèles de Shannon et Weaver (4), l’incontournable Mc Luhan (5)… quitte à passer trop rapidement sur des développements comme le lien entre marque, consommateur et digital (5 sq.), la génération Y et Z (43 sq.), l’e-réputation (89 sq.) et, enfin, à ne pas parler du Cluetrain Manifesto (merci !).

Le média humain est à conseiller en premier ouvrage, pour être sensibilisé à l’environnement des réseaux sociaux, au passage de la cible à la communauté, pour ensuite affiner sa réflexion par Comment le web change le monde, plus destiné aux experts recherchant approfondissements et « décollage théorique », ou Le guide de l’influence, afin de mieux comprendre le hub informationnel, la genèse et le cheminement l’information (bien abordés ici p. 9 sq.).

Le média humain, de Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher, chez Eyrolles

Le média humain, de Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher, chez Eyrolles

Le marketeur regrette…

  • Les 3 P, amorce théorique inspirée du marketing, qui font long feu (ch. 8). Dommage.
  • Le manque de projection et de conclusion, comme p. 8 où la communication globale s’arrête aux années 90 ou sur la segmentation des « mass influencers » reprise de Forrester p. 10 qui nous laisse sur l’interrogation du « so what ? », mais aussi le défaut de critiques et d’objections, comme suite à la citation de Eric Schmidt ex-PDG de Google (p. 115) : « un jour, chaque jeune personne sera automatiquement autorisée, en passant à l’âge adulte, à changer son nom afin de se débarrasser de ses débordements de jeunesse stockés sur les sites de médias sociaux de ses amis »…
  • L’absence de webographie (Marketing Professionnel traitera d’ailleurs des réseaux sociaux dans l’un de ses prochains dossiers !) malgré de bonnes sources émaillant l’intégralité de l’ouvrage, plus accessibles que celles de Benoit Sillard.
  • L’absence de précisions sur certaines sources et citations. Cf. celle vaguement attribuée à La Bible, p. 59.
  • L’absence de conclusion à chaque chapitre. Elles auraient pu remplacer le long développement sur Facebook et Twitter (64 sq.).
  • Les interviews d’experts (Société Générale, etc.) certes pertinentes, mais parfois déjà lisibles dans de nombreux autres ouvrages ; exception faite de l’intéressant développement de Mathieu Prud’homme sur le rapport entre droit, Internet et réseaux sociaux (107 q.).
  • Les exemples souvent déjà vus d’entreprises 2.0 (ch. 6).

Les erreurs qui tuent

  • Les ouvrages Cogito interruptus de Umberto Eco, (6)  et Data Smog: Surviving the Information Glut (33), mal orthographiés
  • La double attribution du qualificatif publiciste à un publicitaire (6)
  • Le terme homophilie employé à la place d’endogénie (je crois), 82
  • L’absence régulière de majuscule à Danah Boyd : 10, 36, 45, 76, 80, 83, 84…

Je suis à la disposition d’Eyrolles pour relire les épreuves avant publication… ;)

Acheter Le média humain : Dangers et opportunités des réseaux sociaux pour l’entreprise, de Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher, publié chez Eyrolles

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


3 commentaires

  1. avatar

    Deschamps

    20 juillet 2011 at 8:39

    Bonjour,
    Merci pour cet intéressant compte-rendu de lecture (et les autres). Comme vous me citez ici je voulais simplement rappeler que mon livre, Le nouveau management de l’information, la gestion des connaissances au coeur de l’entreprise 2.0 , est loin de ne traiter que des problèmes de connexion compulsive. Il a d’abord pour sujet le rapport de l’homme à internet et les modifications que ce dernier apporte dans le cadre professionnel, notamment via l’arrivée des réseaux sociaux dans les organisations. Ce constat posé, il traite de la nécessaire évolution des modes de management.
    Pas orienté marketing, certes, mais pas complètement déconnecté du sujet non plus…

    Bonne journée,

    Christophe Deschamps

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    SP

    4 juin 2016 at 17:13

    Bonjour,
    Je doute que ce message parvienne à l’auteur de cette critique, mais :
    - le nom de danah boyd ne nécessite pas de majuscules, à la demande de cette chercheuse qui a pris la décision d’orthographier son nom ainsi.
    - le terme d’homophilie est bien celui choisi par danah boyd : puisque sa conférence est justement citée dans la partie consacrée à l’homophilie, il était tout à fait pertinent, à mon sens, de conserver ce terme, ne serait-ce que pour respecter la citation et les idées de l’auteure.

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      Serge-Henri Saint-Michel

      5 juin 2016 at 18:11

      Oui, tout le monde connait cette coquetterie en mode Prince / sex symbol. La musique (et le talent probablement), en moins.
      Merci à Cory Doctorow ;)

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