TIC 2013, les nouveaux temps réel, Y. Lejeune (dir.)

TIC les nouveaux temps réels, sous la direction de Yannick Lejeune, FYP

Pourquoi se pencher sur les rapports entre le temps et le digital ?

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« A l’heure où l’éloge de la lenteur est une tendance qui se développe progressivement dans de nombreux domaines avec le refus d’un mode de vie ultra rapide et du consumérisme à outrance, il est important de prendre le recul nécessaire pour analyser et comprendre les changement qu’entraîne le temps réel pour les entreprises, la société et les individus » (14) car « la gestion du temps réel crée une ligne de fracture entre les individus capables de le maîtriser et les autres, qui se trouvent rapidement ringardisés » (56). « Internet et le temps réel ne sont pas conçus pour les tièdes et les mous qui se trouvent rapidement noyés dans la masse ou marginalisés » (51).

Internet, l’illusion du nivellement

Frédéric Bardeau évoque les arrières mondes en affirmant « ceux qui le maîtrisent et qui dominent le flux, ceux qui disposent des capacités techniques pour organiser son fonctionnement et l’absorber n’ont pas spécialement besoin ou envie que les individus prennent du recul sur l’état des choses. Ils sont au service de ceux qui commercent, exclusivement » (55). « Internet dispose certes d’un pouvoir égalisateur mais il est aussi un moyen de promotion de l’illusion du nivellement » (54). Au bout du compte ce sont toujours les mêmes qui tirent les fils ». Et d’ajouter : « il ne faudrait pas que le web devienne un équivalent de la télévision : un outil pour l’abrutissement des masses ». De plus, « chacun ne dispose pas de suffisamment d’esprit critique pour éviter d’être manipulé, par les flux en temps réel, comme par la télévision » (52). Et Jean-Louis Servan-Schreiber enfonce le clou : « il est difficile de ne pas devenir idiot », tout le monde étant soumis à la contrainte du « penser tout de suite » (88). De fait, poursuit-il, « on gagne en vitesse, on perd en réflexion » alors que l’on s’attendrait entre autres à une « subjectivité honnête » (89), illustration d’une pensée personnelle.

Alors à quand une « lutte des classes numériques » ?

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Internet et soumission aux normes

Selon Frédéric Bardeau, toujours « les individus sont tournés vers eux-mêmes faute de mieux et ce phénomène [me] semble procéder davantage d’un besoin de confort que d’un égoïsme profond » (49). Justement, Stefana Broadbent aborde l’egocratie, et un peu le personal branding. Elle note qu’une « forme de contrôle social s’est imposée sur les réseaux sociaux », en l’illustrant par le fait que « les commentaires sous les photos les plus banales sont particulièrement complaisants ». Ainsi, « la tendance n’est pas du tout à l’égotisme, mais au contraire au développement de nouvelles normes sociales » (23)… sans pour autant préciser lesquelles, facilitant « la projection d’une image [de soi] particulièrement conservatrice ». Et l’auteure anglaise de conclure : « je m’inscris donc en faux face au discours d’un certain nombre de psychologues selon lesquels les jeunes explorent leur identité sur Facebook. Ils n’y font que s’y soumettre à la norme » (24). Ils y créent et y cristallisent certes leur capital social (25).

« Ils » étant mis pour les internautes, les digital natives entre autres. Justement, « chaque personne est différente et à la distinction digital native versus digital immigrant qui clive en fonction de l’âge, je préfère parler de digital resident et de digital tourist car c’est ce que vous faites sur le réseau qui vous définit, pas une caractéristique démographique » (Frédéric Bardeau, 50). Yann Leroux (59) utilise pour sa part le terme de « digiborigènes ».

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Les médias, dévalorisés par le digital

Selon Jean-Louis Servan-Schreiber (84), « nous assistons à une dévalorisation de l’information. Celle-ci n’est pas devenue moins intéressante, mais elle ne coûte plus : elle a perdu sa valeur marchande puisque chacun l’obtient gratuitement. Dans le combat du « gratuit immédiat » contre le « payant qui prend du temps », il est facile d’imaginer qui va triompher » et de poursuivre : « la vocation de la presse écrite me semble donc être celle de la peau de chagrin. Seule la vitesse de son attrition n’est pas certaine » (85). Cela impacte sur le métier de journaliste : « la fonction journalistique est donc devenue une fonction de hiérarchisation et, bien entendu, de commentaire », la première fonction renvoyant au journalisme de liens (100) « Cette situation présente un inconvénient important : un décalage croît entre la nouvelle et le commentaire. En effet, les commentaires ne peuvent pas aller aussi vite que les nouvelles. Ceci explique l’existence d’un grand nombre de commentaires ineptes » (85 et 86), ces derniers étant souvent contredits par les faits (ou par d’autres commentateurs –une sorte de sagesse des foules vérifiant l’exactitude des faits-101) quelques heures plus tard. « Internet nous impose d’être encore plus consciencieux et rigoureux » appuie Jean-Marc Manach (102), par ailleurs auteur de La vie privée, un problème de vieux cons ? car « si l’information veut être libre elle le sera d’autant plus si elle est fiable » (107).

Face aux troubles de l’infobésité d’ailleurs souvent abordée dans cet ouvrage, Jean-Louis Servan-Schreiber cherche à prendre du recul vis-à-vis de l’actualité ; « j‘ai enfin récupéré ma liberté de penser droit » (86) en recherchant ce qui est important, ce que d’ailleurs un écran ne peut permettre. Jean-Marc Manach (100) rappelle les propos de Benoît Raphaël : « si une information est importante, elle va finir par me trouver ».

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L’avenir est-il à la déconnexion ?

Le process de transformation et d’affichage de l’information cher à Claude Shannon supplante celui de Marshall McLuhan, attaché au sens, rappelle Jean-Louis Frechin (115). Jean-Louis Servan-Schreiber ajoute que « les fonctions « voir », « lire » et « réfléchir » sont de plus en plus segmentées et soumises à une spécialisation de plus en plus marquée. Il va donc devenir de plus en plus facile de comprendre ce que chacun doit faire et ce qu’il aurait tort de faire lui-même, alors que d’autres le font mieux. C’est à ces questions, selon moi, que les décideurs des médias doivent réfléchir. Faire tout, partout, en même temps, n’a pas grand sens. Certaines choses sont conçues pour être entendues et vues, d’autres sont conçues pour être lues. Il ne faut pas se tromper pour prétendre rendre un service intelligent » (86). Surtout dans un temps où « les médias de masse remplissent une fonction de distraction plutôt que d’information » (89). A l’opposé, Jean-Marc Manach (99) rappelle les mots de Julian Assange : « don’t report the news, make the news ».

A l’invitation de Jean-Lous Frechin, la solution résiderait-elle dans l’optimisation de « contact, context, content » (117) ? Ou dans un objet média « à terminer » : « il ne s’agirait plus ici de customisation, ni de personnalisation, mais de post-production par l’utilisateur. Il s’agit d’adapter totalement un objet à son utilisation » (120) ?

A l’avenir, « il ne s’agit pas de se déclarer favorable ou opposé au temps réel mais d’élaborer des modèles permettant de l’améliorer, de la freiner et de se déconnecter » (56).

Une façon intelligente de répondre à une paraphrase de Woody Allen : « l’avenir m’intéresse, parce que c’est là où je vais habiter » (124).

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Pour les prochaines éditions…

SVP, incluez un lexique, une bibliographie finale et revoyez la maquette de l’ouvrage, en l’état très vintage… Enfin, sachez faire en sorte que les interviewés répondent aux questions posées, certains excellant en digressions et langue de bois…

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Bonus track sur l’expérience utilisateur sur Internet

TIC 2013, les nouveaux temps réel, Y. Lejeune (dir.) : l'expérience utilisateur élargie

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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