Tout nu sur le web, de Jeff Jarvis, chez Pearson

Critique du livre Tout nu sur le web, de Jeff Jarvis, publié chez Pearson

Egocasting, extimité, monstration publique de notre vie… Internet, monde ouvert, facilite le partage, voire parfois le surpartage (157) et une visibilité quelquefois qualifiée d’outrancière.

Critique du livre Tout nu sur le web, de Jeff Jarvis, publié chez Pearson

Critique du livre Tout nu sur le web, de Jeff Jarvis, publié chez Pearson

Cet affichage tous azimuts met en péril notre vie privée s’étalant sur le huitième Continent qu’est l’Internet (P. Levin et M. Manfredo).

Jeff Jarvis, que l’on avait connu plus inspiré dans La méthode Google, loin des mauvais augures, comme D. Solove, pour lequel « la vie privée n’en finit pas de mourir » (5),  se veut optimiste et promoteur de la publitude (définie p. 1, la publicness anglaise s’oppose à la privacy), pourtant très relative, essentiellement du fait de contraintes sociologiques.

« Jouer le jeu de la transparence peut déclencher un cercle vertueux » relevant de la confiance, du respect. « C’est un choix payant » (9), surtout dans un univers de gratuité. D’ailleurs le lien publitude / gratuité est bien synthétisé p. 61. Notons déjà qu’à ce stade, Jarvis aurait pu s’appuyer sur la notion de capital social de C. Doctorow, reprise par T. Hunt.

Les avantages de la publitude

La publitude permet de « contrebalancer le pouvoir de nos gouvernants » (7), d’accéder à une plus grande liberté (10), de miser sur la sagesse des foules et le crowdsourcing (pour mémoire, les enjeux du crowdsourcing sont de « réunir [les] idées et démontrer qu’elles ont la masse critique », 232). En somme, grâce à elle, nous irions vers une société plus transparente favorisant la collaboration, nous protégeant (75)… et nous rendant immortels.

En effet, selon Jarvis, la publitude vise la célébrité dans le but ultime de l’immortalité : « la seule façon de laisser une trace, c’est de prendre place dans l’espace public » (71). Être public, c’est donc exister ! Alors, « entre risques pour la privacy et bénéfice de la publitude, avons-nous correctement défini nos priorités ? » (78).

La publitude peut choquer

Selon Jarvis, être contre, c’est être égoïste dans le refus de partager, aller contre le sens de l’histoire, faire preuve de conservatisme, refuser de « briser nos limites antérieures », comme le disait L. Marcus (91). Mais briser ses chaînes nous conduit toujours à passer d’une dépendance à une autre, comme de l’aliénation par l’État à celle par les médias (97) comme le relève l’auteur, qui, pourtant, oublie d’aborder les Little Brothers vs. les Big Brothers (75 sq.) comme JS Pettersson l’a fait avec finesse.

La position angélique de Jeff Jarvis est parfois masquée par quelques coups de griffes. Mais comme le disait J. Lesourne dans un autre ouvrage, « pour penser avec rectitude l’avenir, il faut se garder de deux préjugés : l’un consiste en un conservatisme (ou passéisme culturel), et l’autre est une tendance à l’utopie ».

Privacy…

« De toutes façons, vous n’avez plus de vie privée, il faut vous y faire », S. Mc Nealy, cité p. 126, probablement parce que « les données personnelles sont l’or noir de l’Internet et la nouvelle unité de compte du monde numérique », M. Kuneva, citée p. 265.

Nous avons apprécié d’intéressantes sources liées au Web 2.0, au Web² ou au 3G. Jeff Jarvis y montre les enjeux, les perspectives, les moyens de contrôle et finit par poser l’éthique de la privacy (définie p. 116) et de la publitude (136 sq.) en proposant d’intéressantes solutions..; en opposition avec le développement du chapitre 4 s’ouvrant avec M. Zuckerberg, « prophète de la publitude » selon Jarvis. En effet, si l’on se remémore que le fondateur de Facebook considère le Social Graph comme « sa » chose, la publitude nous angoisse puisqu’elle ouvre la porte à la mise à nu de chaque individu (cf. le Beacon bug, rappelé p. 24), tant personnellement, que jusqu’à son « ombre numérique » (28, 29) ou à ses « données isolées » (123).

Les incursions de Jeff Jarvis dans la prospective digitale restent un peu trop idéalisées (cf. 193 au sujet du mobile), puis se terminent par l’entreprise transparente (205 sq.)… qui ne signifie pas transparence équilibrée : Google en sait plus sur nous que nous n’en savons sur eux (215), même si « la transparence accroît l’intégrité » (218 sq.). Pour preuve Wikileaks (oups, Jeff, où est passée l’actu ? 239 sq.), cas dans lequel « la seule défense contre les fuites est la transparence », p.242.

Constitution du cyberespace et valeurs de publitude

Sur la fin de l’ouvrage, Jeff Jarvis appelle, modérément, à une « constitution pour le cyberespace » (266) et, avec S. Leutheusser-Schnarrenberger (268) reconnaît que « le monde numérique n’a pas besoin de nouvelles lois, il a besoin de valeurs numériques universelles », l’amenant à formuler 9 valeurs, commentées, qui clôturent le livre :

  • Nous avons le droit de nous connecter
  • Nous avons le droit de nous exprimer
  • Nous avons le droit de nous réunir et d’agir
  • La privacy est une éthique de la connaissance
  • La publitude est une éthique de partage
  • Les informations de nos institutions devraient être publiques par défaut, secrètes par nécessité
  • Ce qui est public est un bien public
  • Tous les bits naissent égaux
  • L’Internet doit demeurer ouvert et distribué

Tout nu… mais quelques oiseaux ont disparu… ou réapparu !

Tout nu sur le web comporte quelques développements anecdotiques (parfois sans épilogue, cf. 258), souvent intéressants, dans les premières pages, si vous voulez connaître l’état de la prostate de Jeff Jarvis ou sa taille de pantalon (150). Accordons-lui le bénéfice d’une psychothérapie par l’écriture mais cela donne de l’embonpoint à l’ouvrage, aux développements souvent pesants (la presse, l’imprimerie, l’administration…), parfois émaillés de jolies parenthèses, comme la position de J. Goody (109) sur l’histoire humaine ou la parenthèse de Gutenberg (112), malheureusement desservies par des sous-parties confuses et rédigées en mode glissando.

Les exemples cités sont très majoritairement US (5 pages sur Best Buy, 227 sq.), reproche déjà formulé à l’encontre de La méthode Google. Où sont Deleuze, Barthes, Weber, Levi-Strauss ? Les sociologues sont-ils américains à 90% ? Même la bibliographie sur Wikipedia n’a pas été adaptée (cf. Loi de Moore, 277).

Les Grateful Dead sont encore là (13, 264), tout comme quelques répétitions (187, 249 sq, 257 sq. …) avec La méthode Google, et des fautes d’orthographe (235, 280).

N. Sarkozy est cité p 170 et 171 de Tout nu sur le web. Pas DSK, pourtant tout nu par ailleurs ! A lier à la bonne question : « Comment maîtriser sa réputation en ligne ? » et aux solutions proposées par l’auteur. Ma préférée est la règle du cabernet. A lire p. 165-169 !

Nous avons aussi apprécié…

…La bonne synthèse et rappels de la beta perpétuelle (67) et de la réputation (67 sq.).

La posture intéressante sur Habermas (92 sq.) et sa conception de l’espace public, tout comme la distinction de C.W. Mills entre les masses et le public (96).

Le jeu de mots involontaire qui tue !

« Offrir à la Chine un Google bridé valait mieux, pour les Chinois et pour Google, que pas de Google du tout » (258).

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