Abercrombie & Fitch, n’est pas beau côté recrutement…

Abercrombie Fitch

Le Défenseur des droits va enquêter sur la politique de recrutement d’Abercrombie & Fitch, a annoncé le premier Le Monde du 24 juillet, rapidement relayé par Le Figaro, Libération

Mais Le Défenseur des droits, Dominique Baudis, s’était auto-saisi du dossier dès le 15 juillet.

Marketing Professionnel a en mains un exemplaire une copie de la saisine fondée en partie sur des faits avérés depuis 2005 et 2006. Retour approfondi et sourcé sur trois faits ayant déclenché l’auto-saisine.

Abercrombie & Fitch : 3 lames de fond, 1 auto saisine

En 2005, Abercrombie & Fitch a été condamné au Etats-Unis pour discrimination à l’embauche de personnes du fait de leur origine. Les travailleurs moins « good looking » étant placés à des postes où les clients ne pouvaient les voir. Mais la marque a toujours nié toute discrimination, même si le jugement précise « The young men and women who applied to work at Abercrombie should have been judged on their qualifications, and not their skin color or gender ». Quoiqu’il en soit, Abercrombie & Fitch a transigé pour mettre fin à la class action ; bilan : 50 millions de dollars de transaction.

En 2006, un journaliste de Salon interviewe le PDG de Abercrombie & Fitch, Mike Jeffries sur le sujet suivant : « how important sex and sexual attraction are in what he calls the « emotional experience » he creates for his customers ». Mike Jeffries répond : « It’s almost everything. That’s why we hire good-looking people in our stores. Because good-looking people attract other good-looking people, and we want to market to cool, good-looking people. We don’t market to anyone other than that. » Le PDG ne se cache pas de ne viser qu’une partie des consommateurs et explique que la détresse de certaines marques tient justement au ciblage élargi sur les « young, old, fat, skinny ». D’où l’absence de taille XL et XXL. Ce qui peut s’expliquer d’un point de vue marketing (segmentation et ciblage).

En 2009, au Royaume-Uni, Riam Dean, étudiante (en droit !) handicapée employée chez Abercrombie & Fitch a été licenciée car elle ne correspondait pas à l’image de la société. La salariée avait précisé son handicap après son embauche, mais n’avait pu suivre le dress code estival de l’entreprise sans montrer sa prothèse. Envoyée au stock loin de la clientèle, elle décide ensuite de faire un procès pour discrimination, qu’elle gagne. Bilan : 9000 Livres Sterling.

Chez Abercrombie & Fitch, le recrutement est physique !

Recruter un mannequin sur des critères physiques est juridiquement inattaquable.

Mais embaucher des vendeurs selon des canons de beauté est illégal.

Rappelons que la beauté physique, la musculature et la « mâle attitude » ne peuvent être des « exigences professionnelles essentielles et déterminantes » légitimes et (bien…) proportionnées (art. 4 Dir. 2000/43/CE et art. 4 § 1 Dir. 2000/78/CE et article L1133-1 du Code Civil à un poste de vendeur.

Si le recrutement de « mannequins » cache l’embauche de vendeurs, alors Abercrombie & Fitch a du souci à se faire. Ce lien sera probablement mis en lumière par Le Défenseur des Droits. Il en va du respect de la réglementation, du consommateur et de l’éthique (la RSE n’est pas qu’un concept). L’hyperréalité ne peut tout excuser. La vente de rêve sur étagère non plus.

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A lire : Abercrombie & Fitch : derrière les muscles, des valeurs !

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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