L accessibilité des sites web doit être une priorité !

Les sites web des entreprises sont dramatiquement non accessibles. Comment rendre le web plus universel et plus accessible ?

En digital, l’accessibilité est souvent réduite à l’UX, aux déficiences et au handicap alors qu’elle concerne tous les utilisateurs. Bénéficiant à tous (marques incluses !), elle ne devrait pas être une option. Alors, comment rendre le web plus universel et plus accessible ? Pistes avec notre interviewé, Moïse Akbaraly Co-fondateur, Ipedis.

L’accessibilité, un critère peu accessible par les marketeurs ?

L’accessibilité numérique est méconnue de la majorité des acteurs du digital et du public.

Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur, puisque même si l’idée est communément acceptée et partagée, son application est loin d’être optimale. Elle conduit à une accessibilité difficile et inégale pour certains publics et ne facilite pas l’expérience utilisateur en général.

Pour rendre le web plus universel, il faut prendre en compte l’accessibilité dès les premières phases de chaque projet. La formation est importante, mais malheureusement cette règle d’ergonomie est souvent mise de côté et survolée dans les cursus actuels. Il faut que les écoles intègrent véritablement l’accessibilité dans leurs formations, même si une charte pour une meilleure prise en compte de l’accessibilité dans les formations a été signée entre l’État et une dizaine d’écoles françaises fin 2015.

De plus, une politique du changement va devoir s’opérer au sein des équipes digitales en place. Les processus de gestion de projet accessible ne sont pas ou peu maîtrisés.

Aujourd’hui, l’accessibilité est une option. Pour que cela évolue, les préjugés devront changer. L’État, en clarifiant les enjeux législatifs et en votant récemment la directive européenne sur l’accessibilité sur le web, franchit un pas important à l’échelle européenne. Il s’agit maintenant de communiquer davantage sur les sanctions encourues mais surtout sur les aides possibles. Le service public et les acteurs privés doivent saisir cette opportunité car il s’agit d’un enjeu économique et de performance. L’accessibilité est universelle, le clivage privé/public n’a pas de sens.

Dans votre étude, aucun des sites audités n’atteint le niveau minimum d’accessibilité. Quels sont ces critères ?

L’accessibilité repose sur des normes internationales (WCAG). Ces normes (133 critères) ont été adaptées en France sous deux référentiels (Accessiweb pour le secteur privé et RGAA 3.0 spécialisé pour le service public).

Il existe 3 niveaux d’accessibilité (Simple A, Double A, Triple A). Nous avons choisi le niveau Simple A (minimum requis pour les entreprises privées) qui regroupe 80 critères. Pour notre étude, nous avons fusionné certains de ces critères afin d’atteindre 63 critères d’accessibilité.

Les critères ne correspondent pas à un handicap particulier : un critère peut améliorer l’expérience utilisateur de plusieurs handicaps. Prenons par exemple un utilisateur non-voyant, celui-ci utilise un lecteur d’écran (le logiciel de synthèse vocale) qui retranscrit les informations présentes sur son écran. Le clavier remplace la souris et lui permet d’accéder aux différentes fonctionnalités de l’ordinateur et d’un site Internet. Un des critères demande que tous les éléments actifs soient accessibles aussi bien au clavier qu’à la souris.Ce critère aide bien sûr les non-voyants mais aussi les personnes en situation de handicap moteur qui ne peuvent pas utiliser la souris. D’autre part, nous pouvons citer aussi pour ce critère l’amélioration de l’expérience utilisateur pour tous : beaucoup de personnes travaillant sur un ordinateur portable préfèrent utiliser la navigation clavier plutôt que le touchpad.

Prenons un autre exemple concernant les éléments multimedia, et particulièrement les vidéos. Un certain nombre de critères demande à ce qu’au moins une transcription textuelle de la vidéo soit présente (ou une audiodescription) ainsi que le sous-titrage. La transcription textuelle reprend l’intégralité des informations présentes dans la vidéo, uniquement sous forme de texte. A qui sert-elle ? A tous bien évidemment : les personnes déficientes visuelles pourront vocaliser grâce à leur logiciel toutes les informations, les personnes sourdes pourront les lire, les personnes en handicap moteur auront plus de facilité à consulter les informations en texte, faire défiler la page plutôt qu’utiliser un player (à moins que celui-ci soit aussi accessible). Enfin, prenons la situation où nous sommes mobiles (dehors, dans le métro, dans une salle d’attente, au restaurant, etc.), la consultation des informations via la présence d’une transcription textuelle sera plus accessible et abordable que le chargement et la lecture de la vidéo.

Il y a bien évidemment des critères vraiment spécifiques à certains handicaps, et il faut reconnaître que le handicap le plus concerné par l’accessibilité est lié à la vue avec à peu près 90% des critères qui permettent d’améliorer l’expérience utilisateur des personnes atteintes d’un handicap visuel.

Que comprennent ces critères concernant les déficients visuels ?

Les critères concernant les personnes en situation de handicap visuel au niveau simple A concernent surtout l’accès à l’information.

Il faut s’assurer que toutes les informations soient vocalisées par les lecteurs d’écran (le logiciel de synthèse vocale) afin qu’il y ait une égalité avec les personnes non handicapées.

Ce logiciel transmet les informations visuelles (surtout du texte) et renseigne sur la nature des éléments (les différents niveaux de titres, liens, boutons, etc.) mais aussi sur la structure de la page (en-tête, menu principal, contenu principal, pied de page, etc.). L’ensemble de ces informations sont transmises grâce à la qualité du langage de programmation qui permet de générer toute l’interface. Beaucoup de critères concernant la partie technique permettent le bon fonctionnement du site mais surtout la compréhension et la retransmission des éléments aux personnes aveugles.

Moïse Akbaraly Co-fondateur, Ipedis

Moïse Akbaraly Co-fondateur, Ipedis

Grâce à ces fonctions, ils peuvent optimiser leur navigation en agissant via des raccourcis clavier de titre en titre, de lien en lien, etc. Cependant, ce n’est pas suffisant, la qualité des informations est aussi très importante. Prenons un exemple : sur de nombreux sites, nous avons une indication dans les pages d’aides ou FAQ « Cliquer sur la maison en haut à gauche pour revenir à l’accueil »… Cette phrase n’est pas explicite pour une personne non-voyante qui ne voit pas « l’icône maison » et pour qui la gauche et la droite sur un écran n’est pas évaluable. Il s’agit alors de bien définir la maison comme étant l’ « accueil » et modifier la phrase comme « Cliquer sur le lien accueil dans le menu principal pour revenir à l’accueil ». La maison sera toujours visible pour les personnes voyantes, mais sera vocalisée « Accueil » grâce à une alternative textuelle. Cet élément permet de transmettre aux lecteurs d’écran l’information présente dans des images. Ainsi, une image lien et/ou une image comportant du texte sont des images informatives et les informations doivent être communiquées aux personnes non-voyantes et ce via « l’alternative textuelle ». Attention, une image avec un coucher de soleil ou juste décorative n’est pas pertinente, il n’est pas important de la décrire voire même déconseillé : les utilisateurs non-voyants doivent avoir accès aux informations pertinentes et utiles.

Il en est de même pour les informations données uniquement par la couleur comme par exemple la présence d’un lien juste avec un changement de couleur et sans soulignement. Cette règle ne concerne pas uniquement les personnes non-voyantes mais aussi celles atteintes de daltonisme ou autres déficiences liées à la transmission de la couleur : ces dernières ne pourront pas voir la présence d’un lien.

Le niveau Simple A ne contient pas de critères sur les contrastes de couleur ou le grossissement du texte, ces problématiques sont traitées par le niveau Double A.

Les sites corporate sont-ils parmi les plus accessibles du fait de la RSE qu’ils ont à cœur de respecter ?

Les sites corporate sont effectivement les mieux représentés avec 4 sites parmi le top 5. Mais le taux d’accessibilité général n’est vraiment pas assez haut. Selon nous, un site est considéré au minimum accessible s’il atteint au moins un taux de conformité de 95% au niveau simple A. Nous avons été surpris de constater une telle disparité entre les 2 premiers et le reste du classement. Lors des audits, nous avons rapidement compris que les efforts qui ont pu être fais à un moment T n’ont pas été suivi dans la durée.

Les sites e-commerce, piliers du digital, sont-ils les rois de l’accessibilité ?

Cela a été une surprise de constater que les sites de E-commerce font partie des sites dont l’expérience utilisateur par une personne atteinte d’un handicap est la plus dégradée. 80% des sites audités ont un taux inférieur à 35%. L’autre surprise a été de voir que les acteurs de la nouvelle économie digitale n’ont pas davantage pris en compte l’accessibilité. Ainsi sur les 20 sites, 55% d’entre eux (soit 11 sur les 20) n’ont pas un tunnel d’achat fonctionnel !

Que ce soit pour effectuer un achat, se créer simplement un compte, ne pas proposer une expérience utilisateur optimisée fait perdre aux acteurs du E-commerce un potentiel de 12 millions de clients ! A l’heure de la quête à la performance, c’est un non-sens économique pour un site e-commerce de limiter sa cible aux consommateurs sans handicap.

Les sites faiblement accessibles perdent des clients. Mais est-ce le seul inconvénient ?

L’exemple le plus probant est l’accès aux espaces de recrutement. Souvent, les sites proposant un espace carrière ont une obligation légale d’être accessible en vertu de la Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, article 47 mais aussi de la Loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique, articles 106 et 107. La loi prévoit une sanction administrative annuelle dont le montant sera fixé par le décret d’application et qui ne peut pas dépasser 5000 € ainsi que la publication d’une liste noire des services non-accessibles. Or, nous sommes loin d’avoir des sites conformes à la loi. Sur les 40 sites ciblés, 11 d’entre eux ne permettent pas à un utilisateur atteint d’un handicap de postuler aux offres d’emploi. En plus du risque juridique encouru, limiter l’accès à l’emploi crée une image négative pour les entreprises n’ayant pas fait cet effort et induit un sentiment de discrimination ressenti par les personnes atteintes d’un handicap. Cette discrimination est normalement punie pénalement mais aucun précédent n’existe en France à ce jour.

Le constat est là, la prise de conscience est réelle mais doit être renforcée et suivie d’actes dans la durée. Cela passera inévitablement par la sensibilisation et la formation des parties prenantes : communicants, créatifs, techniciens, publics…

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Lire le Livre Blanc Accessibilité numérique. Auteur : Ipedis. Il précise les conclusions de l’étude menée par l’entreprise.

Source des chiffres : http://www.talenteo.fr/chiffres-handicap-2015/

(c) ill. Depositphotos

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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