Le bashing en entreprise : exclusion, violence, harcèlement

Le bashing en entreprise constitue une forme de harcèlement, de manipulation, de violence. La psychanalyse apporte ses solutions aux victimes.

Le bashing est l’illustration de la violence d’un groupe envers un individu. Le harcèlement et la manipulation qui en sont constitutifs semblent trouver leur source dans certains modèles de management.

Je pense plus spécifiquement à l’une de mes patientes qui travaillait dans un énorme cabinet d’avocats ayant des succursales à l’international (mais cet exemple peut servir d’analogie à un service marketing…). Au sommet se trouvent les associés et juste en dessous les avocats salariés avec, plus bas le « petit » personnel : secrétaires, assistantes, stagiaires. Ce cabinet se situe sur plusieurs étages d’un immeuble prestigieux de la capitale.  Le personnel travaille en open spaces gigantesques où évoluent une cinquantaine de salariés.

Si les personnes ne sont pas assez performantes, ne rendent pas le travail à réaliser en temps et en heure, elles sont licenciées sans état d’âme. Les salariés sont de ce fait extrêmement stressés et vivent dans la crainte d’être renvoyés. L’individu, noyé dans la masse, n’est pas reconnu en tant que personne ; il est juste un objet qui doit produire du résultat. Le bashing ne peut donc exister que dans un environnement devenu hostile aux individus.

Le bashing : exclusion, violence, harcèlement

Ma patiente me parlait du bashing concernant une personne qu’elle appréciait particulièrement car à son arrivée dans l’entreprise, cette dernière avait été la seule à l’avoir aidée dans cet environnement rude. Car le bashing se caractérise par l’exclusion, la violence et la stigmatisation de la victime.

Le groupe exclut la victime

Le salarié faisant l’objet de bashing est complétement exclu du groupe : personne ne lui parle à la machine à café, ne lui dit bonjour ou au revoir ; elle déjeune seule. Cette exclusion fait l’objet d’un consensus de la part du groupe. On ne va pas prendre le risque de se montrer avec elle. Ma patiente me racontait qu’elle était la seule à lui parler et à entretenir des relations amicales avec elle. Elle me disait qu’elle connaissait les risques qu’elle encourait, ceux d’être elle-même victime dans un futur proche de bashing si elle ne participait pas à la curée, mais qu’elle s’en moquait, car elle était complétement révoltée par cette pratique inhumaine.

Le groupe est violent et harcèle la victime

La victime doit faire face ici à une violence inouïe et, dans le cas décrit, silencieuse. Les autres salariés parlent derrière son dos, se moquent d’elle, sont ligués contre elle. Elle ne peut répondre car tout est fait avec subtilité et finesse. Tout est dans l’attitude et le non-dit. L’exclusion peut sans doute être également plus efficace avec des actes de violence moins larvés. Le groupe se comportant alors comme un harceleur.

Le bashing, outil utile au groupe

Trois « avantages » majeurs ressortent clairement du bashing en entreprise…

Du bashing naît la cohésion du groupe

Outre le fait que le bashing fournit un sujet de discussion à chaque instant de la journée, il a pour effet que chaque individu est d’accord avec l’autre pour dire que la victime est LA personne qui est la plus nulle, la plus moche, la plus mal habillée, la plus… Ainsi, de cet acharnement, naît une cohésion. On devient amis avec les autres membres du groupe car on est d’accord. De plus, savoir qu’on est d’accord sur tout concernant cette personne soude une équipe.

Du bashing naît une sorte de catharsis

Je pense que le mal-être en entreprise est parfois tel que, finalement, se liguer contre une victime fait du bien. D’une part parce que on se sent moins seul dans cet univers inhumain et que d’autre part on fait subir à la victime ce qu’on subit plus ou moins soi-même.

Du bashing naît la protection des membres du groupe

La victime représente tout ce qu’on haït. Elle canalise sur elle toutes les rancœurs, frustrations, méchancetés. Elle a ainsi une fonction vitale pour les membres du groupe : les protéger individuellement. Ils ne risquent rien car une personne est déjà désignée et porte tous les stigmates. C’est le bouc émissaire !

Le bashing : une triple articulation en psychanalyse

Le bashing réunit à lui seul trois thèmes qui sont le harcèlement, les comportements d’un individu pris dans un groupe, et la notion de bouc émissaire.

Le harcèlement moral

Le bashing est clairement une forme de harcèlement moral. La victime ne peut se défendre. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts, elle n’aura jamais raison et sera toujours en faute. Elle sera soumise à des injonctions contradictoires, subira des humiliations et finira par quitter d’elle-même son travail car sa santé physique et psychique sera profondément mise à mal. Dans les cas extrêmes, elle pourra attenter à ses jours. Ce qui est remarquable c’est que ce sont les individus du groupe qui harcèlent la victime. Or, un groupe de 50 personnes ne peut se composer de 50 harceleurs. Illustration que le groupe influence le comportement individuel…

La psychologie de masse

Dans « Psychologie des masses et analyse du moi », Freud a clairement démontré que l’individu noyé dans un groupe abdique son jugement personnel, sa capacité à réfléchir et même et surtout ses valeurs morales au bénéfice du groupe. Le groupe devient une entité vivant sa propre vie et créant ses propres schémas de pensée. Ainsi, nous pouvons remarquer cet effet de groupe lors d’une réunion de personnes chargées, par exemple, d’évaluer un candidat. Il a été démontré que la première opinion concernant le candidat fera loi (le biais cognitif de la première impression). Si l’avis est favorable, le reste du groupe va majoritairement suivre cet avis. Dire que nous ne sommes pas d’accord avec la majorité devient un acte de bravoure. Il faut alors une sacrée dose de confiance en soi pour oser s’opposer au groupe, comme le suggère l’expérience de Asch.

Proposée par le psychologue Solomon Asch, elle démontre à quel point les individus peuvent être sensibles à la pression du groupe, au point de faire des choix qui vont à l’encontre de l’évidence. Ainsi, des sujets pouvaient affirmer que deux lignes avaient la même longueur alors que l’écart était pourtant très visible car supérieur à 5 centimètres. Les résultats de cette expérience ont montré que la plupart des sujets répondaient correctement en l’absence d’influence extérieure, mais qu’un grand nombre (32%), finissait par se conformer aux mauvaises réponses soutenues à l’unanimité par les complices qui donnaient une réponse erronée.

Bashing et bouc émissaire

Le bouc émissaire était à l’origine une victime sacrificielle, innocente, que les sociétés primitives choisissaient dans un rite de purification afin de combattre une calamité ou de chasser une force menaçante. Un animal ou une personne était choisi et traîné hors de la cité, où il était parfois mis à mort ; cette victime était censée se charger de tous les maux de la cité.

Dans le cas du bashing, la victime porte sur elle tous les maux des individus composant l’entreprise. L’organisation, telle une cité, va désigner une victime expiatoire, la charger de tous les vices, de tous les maux afin de se soulager des blessures, du mal-être.

En conclusion, notre société si moderne, si « évoluée » qui essaye tellement de purifier, d’assainir, de stériliser, de désinfecter, de rendre les rapports entre humains bienveillants, cette société si aseptisée, ne peut en réalité rien contre le fait que nous sommes fondamentalement des peuples primitifs, et que malgré toute l’avancée des sciences nous réagissons,  sans peut-être même nous en rendre compte, comme les sociétés soi-disant archaïques en reproduisant le schéma primitif du bouc émissaire.

Un solide travail avec un psychanalyste peut être un remède à ces débordements, car plus nous nous connaissons et moins nous sommes susceptibles de nous laisser envahir par un groupe. Travailler sur soi permet d’exister en tant qu’individu maître de sa vie.

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