Le brame du cerf et le marketing

Le marketing pourrait s'inspirer du brâme du cerf. Voici pourquoi le marketing peut bicher et brâmer. Analogie légère...

Septembre, octobre, nous sommes en pleine période du brâme du cerf. Et si le marketing s’inspirait de la parade du roi de la forêt ?

Posons tout d’abord les termes de cette analogie : le cerf sera la marque, a biche, le consommateur. Alors, première question…

Pourquoi le cerf brâme-t-il ?

« Pour attirer les femelles, pardi ! » est-on tenté de répondre, à la lumière du comportement des autres espèces, comme par exemple le roucoulement du pigeon ou le miaulement du chat. Que nenni ! Vos sens vous abusent, votre déduction à partir des autres espèces vous induit en erreur. Vos croyances obèrent vos connaissances comme l’écrit G. Bronner dans La démocratie des crédules !

Car le cerf brâme pour effrayer ses adversaires dans la lutte pour la mainmise sur la harde, face à des rivaux souvent plus jeunes.

La marque procède de la même façon par ses investissements, par une communication maximisant la part de… voix, elle aussi destinée à borner le terrain, affirmer sa puissance, marquer son territoire.

Marquer son territoire, ça sert !

La communication  permet à la marque de créer ou d’affirmer son territoire et ses différences face aux consommateurs et aux concurrents.

Le cerf, lui, ne s’impose que face à ses concurrents. Il revêt des peintures de guerre en se roulant dans sa souille, en s’aspergeant d’urine et même de sperme. Unique, « positionnant » et différenciant vous en conviendrez !

Le cerf laisse de plus des traces sur les arbres, tout comme la marque dans les médias. Plus précisément,  pour s’affirmer, la bête salit, à l’image du Malpropre dont parle Michel Serres dans Le Mal propre, polluer pour s’approprier : l’oiseau « pollue » l’espace par son chant qui lui permet de prendre possession du bien commun qui ainsi, devient le sien (une marque de yaourt dans lequel un ado crache utilise sans le savoir le même concept).

Brâmer pour provoquer l’achat

Tout comme le brâme du cerf provoquerait l’ovulation chez la biche (les scientifiques continuent à s’interroger), lorsque la marque communique, elle cherche à modifier les attitudes, les comportements, à provoquer l’achat. Biche et cerf, consommateur et marque évoluent donc dans une relation récursive chère à Edgar Morin dans Science avec conscience : le brame influe sur l’ovulation qui impacte le brâme rutilant du cerf… et génère une rétroaction sans fin, comme la communication influe sur la consommation, impactant à son tour la communication.

Combattre pour désigner un vainqueur

Enfin, les cerfs s’affrontent dans un duel rapide. L’objectif de ce clash n’est pas de tuer l’adversaire, mais de désigner un vainqueur entre mâles, contrairement au marketing où les biches-consommatrices arbitrent entre les propositions des cerfs-marques qui leur sont faites. Ce petit bémol après ces parallèles entre le cerf et les marques, les biches et les consommateurs nous permettent de terminer ces propos de bestiaire…

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(c) ill. Shutterstock

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


2 commentaires

  1. avatar

    V

    30 septembre 2016 at 17:08

    Il n’est pas certain que les équipes qui ont imaginé la pub Yop n’aient pas pensé que l’ado « marquait son territoire » en crachant dans sa bouteille… Le jugement est un peu précipité.

    • avatar

      Serge-Henri Saint-Michel

      30 septembre 2016 at 18:30

      Euh… J’ai du mal à comprendre les doubles négations ;) En clair, y ont-ils pensé ?
      Je ne dis pas qu’ils n’y ont pas pensé ou qu’ils y ont pensé. Je mobilise simplement M. Serres. Je n’apporte aucun jugement non plus.
      Par contre, il est peu probable que le concept du malpropre (2008 je crois) ait été connu avant la pub Yop, bien antérieure !

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