L Auvergne un Nouveau Monde pour les startups

Une première : la rencontre entre une plateforme de crowdfunding et une région ! Véronique Jal, Chef de projet Auvergne Nouveau Monde fait le point sur les services de la plateforme et les dispositifs d'animation mis en place, précise les points à surveiller par les porteurs de projet et dispense ses conseils aux responsables de startups qui souhaiteraient utiliser la plateforme de financement participatif.

Une première : la rencontre entre une plateforme de crowdfunding et une région !

Ulule, jeune plateforme de crowdfunding, créée en 2010, par Alex Boucherot et Thomas Grange, est traduite en 6 langues et annonce un bilan en 2 ans de plus de 3000 projets financés, sur 67 pays. Elle est accessible aux porteurs de projets créatifs, innovants, solidaires ou à portée citoyenne ; c’est donc plutôt une plateforme généraliste qui pratique le principe du financement participatif en ‘don contre don’ uniquement (pas de prise de part au capital, pas de prêts etc, Elle ne se rémunère que sur les projets qui atteignent leurs objectifs, c’est la règle du tout ou rien, appliquée à tous, à Ulule comme au porteur de projet ; si l’objectif affiché n’est pas atteint, les contributeurs sont remboursés.

Et Ulule a rencontré l’Auvergne !

Le programme Auvergne Nouveau Monde est prioritairement destiné à combler le déficit d’image de l’Auvergne sur des secteurs clés de l’attractivité ; dynamisme économique, offre culturelle, capacité d’innovation… Ce programme prend sa place dans un écosystème d’agences de développement qui ont pour mission l’ingénierie technique et financière de projets en phase avec les secteurs prioritaires. Tous concourent bien sûr à un objectif stratégique transversal : contribuer à compenser le solde naturel déficitaire par un solde migratoire positif (ce qui est bien le cas depuis 5 ans).

Ulule et l’Auvergne ont alors décidé de cheminer ensemble. Véronique Jal, Chef de projet Auvergne Nouveau Monde fait le point sur les services de la plateforme et les dispositifs d’animation mis en place, précise les points à surveiller par les porteurs de projet et dispense ses conseils aux responsables de startups qui souhaiteraient utiliser la plateforme de financement participatif.

Face aux nombreuses plateformes concurrentes, quels sont vos points de différenciation ?

C’est Auvergne Nouveau Monde, association qui rassemble les acteurs socioéconomiques auvergnats (entreprises, associations à caractère culturel, évènementiel, sportif, acteurs de l’enseignement, de la recherche, collectivités etc) mobilisés pour travailler ensemble à l’amélioration de l’image et de l’attractivité de leur territoire qui a monté ce partenariat avec une plateforme de cofinancement. Elle recherchait alors plutôt un partenaire français et dans le registre du don contre don ; le choix en 2011 s’est fait entre Ulule & Kiss Kiss Bank Bank qui étaient au coude à coude en termes de performances ; Ulule a été choisie parce qu’elle présentait le meilleur profil en termes de nombre d’utilisateurs, de puissance en terme d’abonnés, de fans, de followers et en terme de couverture géographique. La relation avec l’équipe, immédiatement investie et motivée par le projet, alors inédit pour une région (et toujours d’ailleurs), a fait le reste.

Quels services proposez-vous aux startups en matière de recherche d’investisseurs ?

En Auvergne, des dispositifs originaux ont été mis en place pour soutenir la création d’entreprises : Auverboost, dispositif orienté vers les jeunes créateurs porté par le CRIJ, résidences d’entrepreneurs sur le modèle des résidences d’artistes (ARDTA), FIAD (Fonds d’investissements Auvergne Durable porté par la région), fonds Jeremie…

Véronique Jal, Chef de projet Auvergne Nouveau Monde

Véronique Jal, Chef de projet Auvergne Nouveau Monde

L’action d’Auvergne Nouveau Monde ne se situe pas à ce niveau : en créant un partenariat avec Ulule, elle a créé un effet vitrine pour les projets qui correspondent à ses valeurs. C’est un échange de bons procédés : les projets bénéficient d’une visibilité importante, d’un accroissement de leur nombre de donateurs potentiels et d’un système qui leur permet de boucler ou d’amorcer leur plan de financement. Auvergne Nouveau Monde prend appui sur leur créativité pour montrer une image plus innovante de la région.

Auvergne Nouveau Monde lance un appel à projets en avril-mai, sélectionne les projets en phase avec les valeurs défendues, les soutiens dans la définition et la présentation de leur projet sur la plateforme. Puis, au moment de la mise en ligne, ANM soutient le lancement de la collecte en communiquant, sur ses différents réseaux et sur les médias et en mobilisant, parmi ses adhérents, des entreprises-partenaires qui vont directement abonder les collectes et très souvent, continuer de soutenir les projet au-delà de la dimension financière (aide à la promotion, appui technique ou marketing etc). Par exemple : Crédit Mutuel, Volvic, 3i nature, EDF, Banque Nuger, GDF SUEZ…

Quels moyens mettez-vous en œuvre pour que les investisseurs soient nombreux pour chaque projet ?

Dans le cas présent, il ne s’agit pas d’investisseurs mais de donateurs ; ils contribuent à la hauteur qui leur convient (à partir de 5€…) et reçoivent une contrepartie qui peut être un objet mais très souvent une participation à l’aventure proposée par le porteur de projets (participer à un tournage, voir son nom au générique, participer à une fête).

C’est la mobilisation conjointe des réseaux du porteur de projet et de celui d’Auvergne Nouveau Monde qui permet d’élargir la taille des cercles de donateurs potentiels. Ceux-ci sont soit directement des connaissances du porteur de projet qui peuvent facilement matérialiser un soutien actif soit des amateurs du type de projet concernés : c’est sur ce deuxième niveau que l’enjeu de mobilisation est le plus fort et que le levier de la communication le plus efficace. Auvergne Nouveau Monde anime notamment un réseau de prescripteurs ‘les pionniers du nouveau monde’ et met en relation les porteurs de projets avec le ou les ‘pionniers’ les plus en phase avec leur projet ; leur première mission, relayer ces projets qui ont besoin de porte voix (ex Olivier Bernasson, fondateur de la success story Pêcheur.com pourra mettre son réseau au bénéfice du projet « spot de pêche »).

Quel est le montant moyen des fonds récoltés ?

La majorité des projets cette année se situe entre 3 et 12k€, pour le bilan, rendez vous fin novembre !

pour la première édition, en 2012, 50k€ ont été collectés pour 12 des 18 projets présentés, avec un taux de réussite de 20 points supérieure à la moyenne de transformation annoncée par Ulule (48%).

Quels sont les points qui mériteraient des améliorations de la part des porteurs de projet ?

Effectivement, le financement participatif demande une approche très spécifique : il ne s’agit pas de monter un dossier de subventions mais bien de préfigurer sa stratégie marketing avant l’heure. La définition de l’objectif, des cibles et l’appréhension de leur capacité réelle à ‘investir’ ; la définition des contreparties en connaissance de ses publics, la présentation des points clés du projet, la construction d’une stratégie de communication sur la durée de la collecte, l’entretien du lien avec les donateurs, premier réseau de clients potentiels, … Toutes ces questions sont au cœur du montage d’une campagne de financement et leur degré d’anticipation détermine la réussite de la collecte. Ils sont assez rarement le cœur de métier de ceux qui se lancent dans l’aventure. Et bien sûr, ils sont tous plus investis sur leur projet et son avancement, la nécessité de combiner les deux est périlleuse.

En fonction de quels critères les sélectionnez-vous ?

Sans langue de bois, nous n’avons finalement pas vraiment besoin de sélectionner, d’abord, il n’y a pas de limite au nombre de projets qui peuvent accéder à la page Auvergne- Ulule ensuite, le type de financement opère un premier tri (nous avons eu quelques projets qui n’étaient pas adaptés au système et qui ont abandonné d’eux-mêmes), le filtre « nouveau monde » et Ulule s’ appliquent de la même façon, c’est-à-dire en identifiant les projets dits créatifs, innovants, solidaires et à caractère citoyens ; les quelques cas de projets qui ne collent pas à ces valeurs se gèrent sans difficultés.

Le vrai critère de sélection porte sur la capacité du porteur de projet à mobiliser un réseau suffisant, en rapport avec son objectif financier (nombre de contacts, capacité à donner) et à consacrer du temps régulièrement, sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie, à animer sa collecte

Quelles entreprises avez-vous récemment accompagné ?

Nous avons récemment accompagné

  • Epicentre Cowork, espace de coworking, 4000€ /57 donateurs
  • Appli Volcans (Etamin Studio) 10000€/ 78 donateurs

…mais aussi le nouvel album de Delano Orchestra 4000€ /60 donateurs, le cahier bleu (livres), 2645€, 30 donateurs

Enfin, quels conseils inédits donneriez-vous à un entrepreneur en recherche d’investisseurs via le crowdfunding ?

En rapport avec la question des critères de sélection, je dirais qu’il faut d’abord être honnête avec soi-même et savoir très précisément quels sont les donateurs que l’on va être capable de mobiliser et bien mesurer la nécessité de l’investissement personnel en temps que l’on est prêt à y consacrer. C’est souvent le point le plus difficile à appréhender, les plateformes de financement participatif ont un peu une image de nouvel eldorado mais elles peuvent n’être qu’un mirage : une collecte ne se réussit pas toute seule…

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Un article de notre dossier Business Angels et financement de startups

(c) ill. Shutterstock – france auvergne – the summit of the puy de Sancy

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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