Carrefour, social-traître ?

La prise en compte du temps de pause et le non respect du montant du SMIC... : en lien avec l exploitation d un personnel fragilisé ?

Auchan en 2010, Carrefour hier… Au cœur de multiples procédures en justice : la prise en compte du temps de pause et le non respect du montant du SMIC… Et, probablement aussi, l’exploitation d’un personnel fragilisé, le tout sur fond de revirements jurisprudentiels, « des décisions ayant été rendues par des Conseils de Prud’hommes et tribunaux de police, en faveur des salariés pour certaines, en faveur de leur employeur pour d’autres » (AFP).

La prise en compte du temps de pause dans la rémunération

La prise en compte du temps de pause et le non respect du montant du SMIC... : en lien avec l exploitation d un personnel fragilisé ?

La prise en compte du temps de pause et le non respect du montant du SMIC... : en lien avec l'exploitation d'un personnel fragilisé ?

Comme le précise La Croix, 5 avril 2010, « si le Code du travail impose 20 minutes de pause après six heures de travail, il n’oblige pas les entreprises à les rémunérer. Mais, dans quelques secteurs, souvent considérés comme pénibles, des conventions collectives prévoient d’aller au-delà. Ainsi, l’art 5-4 de la Convention collective de la grande distribution rémunère le temps de pause à hauteur de 5% du travail effectif. Autrement dit, toutes les 60 minutes, les salariés ont droit à 3 minutes de pause, dont le paiement s’ajoute au temps de travail effectif, le majorant de 5% ».

Quand on est en pause on ne travaille pas ?

Le Tribunal de Police d’Evry, dans sa décision du 14 juin 2011, juge que « la direction de Carrefour n’aurait pas pris en compte le forfait pause pour atteindre le niveau du SMIC. Une étude de l’inspection du travail avait évalué le manque à gagner de 4,53 euros à 45,148 euros par mois, selon les catégories de salariés » (AFP).

Bilan : 3,6 millions d’euros d’amendes à Carrefour, qui a les cacahuètes.

Carrefour profite-t-il des working poors ?

En grande distribution, le diplôme le plus recherché est le CAP/BEP. 40 % des caissières sont recrutées sans avoir fait d’études.

« La grande distribution est un des grands secteurs d’insertion en France », souligne Jérôme Bédier, président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, dans Le Figaro.fr (non daté). Et l’article d’ajouter : « c’est un secteur qui a du mal à recruter mais qui fait des efforts, notamment sur les salaires, en développant l’intéressement et la participation ».

Étonnant ! Cette position est identique à l’un des argument de Carrefour ayant motivé le jugement d’hier : « s’ajoutent au salaire un intéressement, une participation aux résultats, le paiement d’une mutuelle et la remise sur achat de 7%, a fait valoir la direction » (AFP)…

Le marketing est-il en partie responsable de la pression sur les salariés de la distribution ?

Une enquête de Samuel Julhe (2007) nous amène à réfléchir sur la contribution du marketing et du management en général sur les états de faits que nous venons d’aborder : « la pratique du client-mystère, l’orientation-client comme slogan, ou encore les prescriptions de la démarche qualité, auraient-elles pour fonction de permettre l’éloignement de la figure prescriptive de la direction en matière d’organisation du travail et de détourner le mécontentement des employés sur un client non individualisé sur lequel on ne peut agir ? ».

Nous pouvons aussi ajouter : rogner sur ses salariés, n’est-ce pas se moquer de ses clients et les amener in fine, à justifier leur déconsommation par une « rationalisation sociale » (j’achète moins dans ce magasin car la direction exploite des travailleurs fragiles) ?

Ne citer le terme « salarié(s) » que deux fois dans son rapport annuel (2009), comme le fait Carrefour, n’est-ce pas faire fi de toute l’humanité élémentaire de tout bon commerçant ? Vouloir « améliorer le quotidien des plus démunis » (idem) à l’autre bout du monde est louable, si l’on en oublie pas le local. Les « vrais gens » en somme… (quoique le terme soit ici mal choisi) qui regardent, atterrés, ces débats et décisions de justice où la machine à générer des milliards joue les grippe-sous envers un lumpen proletariat qu’elle alimente et dont elle se nourrit.

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Planneur stratégique. Profil de Serge-Henri Saint-Michel et articles publiés.


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