La consommation collaborative, rustine à la solitude ?

La solitude s’est emparée des français au comportement individualiste… La consommation collaborative vient-elle remédier ou contribuer à ce phénomène ?

Un brin de solitude s’est emparé de la population française au comportement individualiste… La consommation collaborative vient-elle remédier ou contribuer à ce phénomène ?

Depuis 2010, plus d’un million de personnes rentrent dans les critères d’une situation de solitude, qui consiste en l’absence de relations sociales au sein des cinq réseaux de sociabilité : familial, professionnel, amical, affinitaire ou territorial. Elle s’empare tout particulièrement des jeunes de plus de 18 ans et des plus âgés ; elle progresse au sein des classes moyennes et dans les grandes métropoles (plus de 150.000 habitants) depuis cinq ans environ.

La solitude contre tous

Ce phénomène de solitude est en partie provoqué par une société individualiste, suite à l’émergence de nouveaux services, de nouveaux modes de consommation, de nouvelles tendances…

En effet, comme l’exprime clairement Zygmunt Bauman dans « La vie liquide », la société dans laquelle nous vivons est « une société aliénante et déshumanisante ». Ce qui est selon lui dû à deux facteurs complémentaires : l’accélération des rythmes dans tous les aspects de notre vie et la transformation de tout être en objet de consommation.

Il ajoute que nous sommes dans une société où il faut tout faire, tout visiter, tout expérimenter pour rentrer dans le moule, pour être tendance.

Et la réalité est aussi flagrante que cela, les humains d’aujourd’hui ont une vie instable, aussi bien dans leurs relations amoureuses ou amicales, qui peuvent s’effacer aussi vite qu’elles se sont tissées… Tout devient éphémère.

Les réseaux sociaux nous transforment chaque jour un peu plus en nous menant vers un monde d’indifférence que l’internaute, en quête de lien social, pense combler à travers des likes, des posts, des commentaires.

Le paradoxe est celui de chercher à se faire des amis, des amants, seul derrière son écran et en ne jugeant qu’à travers une photo de profil.

C’est à travers la naissance de ce genre de nouveaux services que la société de consommation est devenue une société de consommateurs : autrement dit, une société dont les membres sont évalués en fonction des critères de choix propres au consommateur.

Enfin, ce phénomène de solitude n’est autre que l’un des points de départ de la consommation collaborative. Elle est née parce qu’il y a une faille sociétale, et là est tout le principe du marketing : créer de nouveaux besoins chez les consommateurs ou, en l’occurrence, pour combler des manques.

D’où nous vient la question, est ce que ce nouveau mode de consommation remédie réellement à la solitude flagrante des hommes ? Ou au contraire est-ce qu’il se sert simplement de ce mal être pour pousser le vice du marketing et encourager ainsi la population, en se servant d’eux et de leurs failles, à utiliser ces nouveaux services qui s’offrent à eux en masse ? Sans les rendre moins seuls en réalité, mais en leur en donnant simplement l’illusion…

Ensemble, c’est tout ?

La location entre particuliers, la vente d’occasion, le troc, le don, le partage sont des notions qui reviennent en force depuis 2010. Nous réunirons ainsi toutes ces pratiques dans un seul et même terme, celui de la consommation collaborative. Elle est née en temps de crise économique et sociale, en plein développement et facilement exploitable grâce à l’évolution des usages numériques.

Elle facilite le quotidien de tous, surtout d’un point de vue financier : logement, place de parking, jardin, voiture, objets divers, deviennent moins rentabilisés et parfois même inutilisés. D’où vient l’idée de les prêter, les louer… N’est-il pas plus simple et surtout plus économique d’emprunter à d’autres ce dont on a besoin pour une période donnée ?

En dehors de l’aspect économique, nous pouvons aussi évoquer l’apparition du lien social concernant ce nouveau mode de consommation : de nouvelles communautés se créent, les consommateurs développent les échanges entre eux, les rencontres, le partage des trajets ensemble ou parfois mêmes les logements afin d’économiser. Deux aspects rentrent alors en jeu, économiser et se sociabiliser. En réalité donc, se sentir moins seuls et remédier à sa solitude tout en économisant.

Ce duo semble parfait et alléchant aux yeux de tous, pour venir guérir cette faille que beaucoup possèdent, celle de la solitude. Mais n’est-ce pas une simple illusion ? Celle de simplement se convaincre que nous utilisons ces services pour être sociables et non pour économiser. Le consommateur ne devient-il pas dépendant de la consommation collaborative pour créer du lien social ? Et le marketing n’atteint-il pas là son but ultime, celui de trouver nos failles pour réaliser un business qui perdura forcément en même temps que notre chagrin de solitude ? Les consommateurs se retrouvent face à une multitude d’offres, tout aussi prometteuses les unes que les autres. Elles semblent toutes répondre à leurs besoins, quels qu’ils soient.

Alors nous en venons à cette conclusion quelque peu perturbante et qui nous laisse réfléchir à l’avenir de notre société : le consommateur n’est peut-être pas si libre qu’il l’imagine. Il est obligé, tant pour son bonheur financier que moral, de rentrer dans le moule de la société pour combler ses failles et tenter de les refermer. Il devient dépendant de ce système sociétal sans même s’en apercevoir et se retrouve dans l’incapacité de résoudre ses problèmes de solitude sans s’appuyer sur des offres marketing.

Auteure : Margaux Moulin

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Un article de notre dossier Consommation, aliénation, libération

Sources de l’article :

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ISCPA Paris. Profil de l'ISCPA et articles publiés.


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