Les sites de rencontres : consommer l amour !

Le consommateur est-il libre dans sa quête de l’amour ou doit-il respecter les diktats amoureux imposés par le marketing des sites de rencontres ?

Le consommateur est-il réellement libre dans sa quête de l’amour ou doit-il succomber aux diktats amoureux de la société utilisés dans le marketing de l’amour par les sites de rencontres ?

Il était une fois l’amour… Un sentiment viscéral souvent dit inexplicable et indispensable. On nous offre un beau panel de formes d’amours : celui de sa famille, celui de ses amis et… roulement de tambours, celui que l’on reçoit et donne à l’être aimé. Celui-ci est sans doute le sentiment amoureux par absolu. Depuis toujours, même si cela paraît abstrait, l’amour fait tourner le monde.

L’amour moteur du monde. Et des argus marketing

Mattéo, 6 ans et demi est en classe de CP, ce soir à la fin de la journée il passe le portail de son école primaire main dans la main avec Julie son amoureuse qu’il présente fièrement à sa maman et elle-même cherche du regard la maman de la petite Julie pour lui adresser un tendre regard, c’est trop mignon. Pierre 15 ans est fou amoureux, comme la moitié des garçons du collège d’ailleurs, de la sublime Marion, qui ne sait sans doute pas du tout qu’il existe, il se demande comment il va pouvoir se faire remarquer d’autant plus qu’à l’inverse de tous ses copains il n’a jamais embrassé une fille, il s’en moque, il veut réserver ses lèvres à Marion. Elodie, 19 ans, est une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux, elle enchaîne les conquêtes et laisse les jeunes mâles de l’amphi de la fac de lettres bouche bée. Elle raconte toute ses prouesses érotiques à ses copines souvent impressionnées. Dur dur de trouver le prince charmant avec cette réputation. Delphine 30 ans, célibataire, a lancé sa start-up ce qui lui a laissé très peu de temps pour elle, ses deux dernières années elle enchaîne les mariages et les baby-showers. Toutes ses copines « makers et heureuses » lui conseillent de s’inscrire sur un site de rencontres parce que bon ! « Elle va quand même pas rester seule toute sa vie ». Elles connaissent toutes, l’amie d’une amie avec qui elles ont fait leurs études qui a rencontré son « mec » sur l’un de ces « trucs ». Thibaut, 43 ans, papa de deux superbes petites filles mais fraîchement divorcé, gagne bien sa vie, il a peur de « crever seul » alors en attendant de rencontrer la belle-mère parfaite pour ses têtes blondes, il joue au vieux beau sur les sites de rencontres.

« Jacques a dit : tu aimeras »

Ces différents profils vous paraissent, sans doute, cliché, voire même grossiers et schématisés et pourtant … On a tous en nous un peu d’entre eux. Pourquoi ces profils types de consommateurs d’amour semblent-ils être obnubilés par la quête de l’amour. Pourquoi leurs vies paraissent-elles être rythmées par l’amour, et pourquoi le fil rouge entre ses différents individus est-il le sentiment amoureux ? Eh bien c’est parce que tous ces profils de consommateurs évoluent tous dans la même société, avec ses principes, ses valeurs et ses diktats. On pourrait penser que l’amour, un sentiment intouchable n’aurait pas fait les frais d’une stigmatisation, et pourtant oui !

La société crée depuis la nuit des temps un schéma idéal : 1+1 = bonheur. Elle en a fait l’un des enjeux principal de la vie personnelle, se marier, faire des enfants, est une façon de réussir sa vie.

C’est à ce moment-là que le dieu du marketing a réuni tous ses apôtres et a dit : « Ho les gars, il y a un créneau incroyable, les petits gens-là en bas, ils galèrent un peu à rencontrer l’âme sœur et du coup ils passent pour des imbéciles, donc nous on va faire genre qu’on va les aider à se rencontrer, passer une nuit ensemble et peut-être même, s’aimer. Tous au boulot ! » . Tout cela pour dire d’une manière moins conventionnelle que le marketing de l’amour est né du schéma idéal sentimental subtilement imposé par la société.

Le marketing de l’amour se cache partout avec des manières plus ou moins subtiles. Dans celles qui le sont moins, nous avons l’incontournable Saint-Valentin, le jour des amoureux et celui qui permet de dire aux célibataires qu’ils le sont encore et qu’il serait temps de se préoccuper un peu de leur avenir amoureux non mais ! Concernant la Saint-Valentin chacun y va de son analyse « C’est une fête commerciale » ou encore « On n’a pas besoin de la Saint-Valentin pour se prouver notre amour »… En tout cas, le dieu du marketing doit bien rire en observant ce débat. Même si le mot n’est sans doute pas le meilleur choisi, il y a une forme de marketing de l’amour plus subtile… Par exemple en boîte de nuit, « ce soir il y a une super offre : de 22h à 00h30 c’est gratuit et réservé aux filles open champagne en prime. » Désolé de vous décevoir mais ce n’est pas parce que le directeur de l’établissement est un homme incroyablement généreux avec les femmes, c’est simplement pour que la cinquantaine de jeunes femmes soit « à point » à l’arrivée des jeunes hommes prêts à faire n’importe quoi, et plus précisément payer des verres pour mettre une blonde, une brune, une rousse ou les trois dans son lit.

Le marketing de l’amour qui est un puissant business, crée un véritable paradoxe. Le business, l’argent, est une notion matérielle, alors que l’amour est un sentiment, un ressenti. D’autant plus qu’avec la révolution digitale, les sites de rencontres font fureur et cultivent le paradoxe en confrontant deux éléments qui paraissent impossibles à associer : le digital, le robot, la machine, statistique, mathématique et pragmatique avec l’humain, ses sentiments, et particulièrement le sentiment amoureux qui est viscéral, inexplicable.

A travers le marketing de l’amour, on crée une banalisation, une matérialisation des sentiments ce qui amène à se demander comment le marketing de l’amour incite le consommateur à être obligé d’aimer et d’être aimé pour être heureux, et c’est à ce moment-là que la question de liberté ou d’aliénation du consommateur, de l’amour dans notre cas, pointe le bout de son nez.

« Trouver site à son pied »

Toujours en surfant sur ce schéma idéal imposé par la société, les sites de rencontres semblent (et le mot a toute son importance) donner la recette pour trouver l’amour, une sorte de tutoriel Youtube pour rencontrer l’âme sœur. La multitude de sites ou applications mobiles de rencontres que l’on retrouve sur le marché, permet de se rendre compte que le business de l’amour n’a pas peur des marchés de niche, vu la segmentation, la spécialité et le positionnement de chacun d’entre eux. Que ce soit avec « Attractive World » et son slogan « Pour les célibataires exigeants » qui sous-entend que l’amour est dans la similitude du poids du porte-monnaie et qui n’hésite pas à demander le salaire du célibataire au moment de remplir son profil, lors de l’inscription au site. Ou avec « Tinder » , l’application à l’allure d’immense Hypermarché incitant à croquer dans toutes les pommes pour être sûr de trouver celle qui a le meilleur goût. Application qui laisse aussi penser que, avec sa quantité d’inscrits et aucun critère particulier pour rentrer dans la ronde, il y aura bien quelqu’un qui voudra de mon corps… pardon de mon cœur. Et puis « Adopte un mec », a pour concept l’homme objet, et donne l’impression de donner le choix ultime à la femme, avec son côté « Girl power ». Le site internet semble lui donner un aspect plus sécuritaire en lui évitant de se faire harceler par tous les mâles en rut qui courent les rues. Il y a aussi « Once », fraîchement créé, qui prend le parti de nager à contre-courant en proposant à la célibataire, sans doute plus sensible et romantique que la « tindeuse », de lui envoyer un profil d’homme par jour et seulement un seul qui est susceptible de lui correspondre grâce à un profilage fait à l’inscription. L’application « Happn » à elle choisi, de mettre le grappin sur le moment magique du hasard de la rencontre, en donnant la possibilité de parler et peut-être de revoir, le beau brun ténébreux sur la ligne 3 du métro à la station 4 septembre (station de métro où il y a le plus de célibataire, selon la carte Dataparis). Donc avec Happn, au revoir le courage d’un sourire, d’un mot, d’un numéro de téléphone spontanément écrit sur un bout de papier, et donné à la volée au moment de sortir du métro, plus de course poursuite pour rattraper la jolie blonde au culot extrêmement sexy. Et puis, il y a « Gleeden » qui dédramatise et démocratise l’adultère : on ne trompe donc plus son conjoint sur un hasard, sur une rencontre qui bouleverse le cours de sa petite vie installé, on cherche à tromper consciemment son conjoint. Et tant d’autres sites avec des segmentations plus ou moins loufoques, que l’on retrouve toutes d’ailleurs dans le livre noir des sites de rencontres, « misère-sexuelle.com » de Stéphane Rose.

Les positionnements de tous ces sites de rencontres donnent l’impression d’aider, d’accompagner le célibataire dans sa quête de l’amour. Mais en fait, ces sites de rencontres n’ont rien inventé, ils « marketisent » simplement. Comme, par exemple, l’homme objet ? Ce n’est certainement pas « Adopte un mec » qui l’a créé : chaque année qui passe, des femmes se battent pour être des insoumises par conviction. Gleeden, n’a pas non plus inventé les infidèles, demandez à vos grands-parents si, même à leur époque, il n’y avait pas de coureurs de jupons qui enlevaient leur alliance avant d’aller au bar ?

Le marketing de l’amour aurait la mission d’empêcher les âmes perdues à se marginaliser et permettrait de les remettre dans le droit chemin, en les poussant à rencontrer l’amour, d’une manière moins naturelle et hasardeuse, mais plus méthodique et matérielle. C’est pour cela que l’on peut dire que le marketing prend alors complètement en main le consommateur et le soumet à une obligation de consommer l’amour… sinon rien. C’est à la suite de ces mots que la notion de liberté, de choisir sa vie, la façon de la vivre et de la consommer s’évapore. Le consommateur est complètement aliéné à l’image que la société lui demande d’avoir en terme de schéma de vie sentimentale. C’est pourquoi le marketing de l’amour est un véritable business, aux attitudes semblables à un goujat jouant avec les sentiments.

Auteure : Sophie ROLLAND

***

Un article de notre dossier Consommation, aliénation, libération

Sources de l’article :

  • Dossier sites de rencontres et marketing
  • Misère sexuelle.com de Stéphane ROSE
  • http://madame.lefigaro.fr/societe/etes-vous-geodesirable-231215-111469
  • http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/01/03/seduction-et-sexualite-tous-connectes-tous-assistes_4841013_4497916.html
  • http://www.lebonbon.fr/lyon/comment-faire-durer-le-love/
  • http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160209.OBS4325/qui-cherche-et-trouve-vraiment-l-amour-sur-les-sites-de-rencontres.html
  • http://www.neonmag.fr/datas-rencontres-en-ligne-ce-que-disent-vraiment-les-chiffres-466057.html
  • http://www.clique.tv/clique-x-alain-badiou-partie-1-lamour/

(c) ill. Shutterstock

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2 commentaires

  1. avatar

    Martin

    19 juillet 2016 at 13:09

    IL NE FAUT PAS OUBLIER DE PRECISER QUE TOUS CES SITES CREENT EUX MEME DES FAUX PROFILS RETROUVES A TROIS CINQ ANNEES DECART.. POUR INCITER LES INDECIS A SE REABONNER.. OU LES NOUVEAUX A FRANCHIR LE PAS DE LABONNEMENT.

    CES FAUX PROFILS HOMMES/ FEMMES SONT CREES PAR LES GESTIONNAIRES EUX MEME AVEC DES PHOTOS QUELCONQUES DE BELLES PERSONNES… QUI TOUT DUN COUP A UNE SEMAINE DE VOTRE ECHEANCE DABONNEMENT SE METTENT A VOUS ÉCRIRE..
    ELLES ONT BON DOS LES ARNAQUES A L’ARGENT DES FAUX PROFILS ETRANGERS QUI VOUS DEMANDENT DE L’ARGENT UNE FOIS LE CONTACT ETABLI..
    LES INCITATIONS ABUSIVES A LABONNEMENT DOIVENT ETRE AUSSI MENTIONNEES. ET NON CENSUREES PAR LES PROPRIETAIRES DE SITES.

    • avatar

      Serge-Henri Saint-Michel

      20 juillet 2016 at 8:18

      Merci Martin, l’objet de ce dossier est en effet entre autres d’aborder les faux profils et leur utilité dans le business model des sites de rencontres.

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