Innover ou ne pas innover, telle est la question

Qu’est-ce que l’innovation ? Mot fourre-tout depuis quelques années, supposé garant de la pérennité des entreprises, ses jours pourraient bien être comptés...

Qu’est-ce que l’innovation ? Devenu mot fourre-tout depuis quelques années et considéré à tort ou à raison comme grand garant de la pérennité des entreprises, ses jours pourraient bien être comptés.

L’innovation, une fausse invention

Le terme s’est propagé à la vitesse de la lumière, devenant la nouvelle recette magique de la performance, prometteuse et garante d’un succès triomphal. C’est tout juste si ce mot ne s’est pas personnifié en super-héros de la réussite, autour duquel s’est créé un storytelling passionné, composé de nombreux néologismes pour faire davantage illusion, et galvanisé par des « best-practices » en tout genre – à l’image d’Apple. Les entrepreneurs novices ou les multinationales fossilisées, appâtées et rendues in fine complétement accro à la nouveauté sous toutes ses formes, ont galvaudé le concept et le mot.

En réalité, nous avons juste trouvé une expression pour qualifier un mécanisme pratiqué depuis la nuit des temps. L’innovation est un processus conscient d’évolution, une volonté de révolution, tant une ambition un peu malsaine à désirer toujours plus, qu’une convoitise très saine de réaliser ses rêves, à la fois innée et souvent vaine.

Quel fascinant pléonasme, donc, de vouloir pousser les entreprises à « innover » alors que c’est un mécanisme idiopathique : nous le faisons depuis au minimum 2,6 millions d’années, date à laquelle nous avons fabriqué nos premiers outils.

En fait, tout cela ne prouve qu’une chose : le vocabulaire a un pouvoir immense sur l’homme. Il détermine et fait progresser sa capacité réflexion et son développement global. En trouvant une nouvelle nuance à « invention » (celle qui ne sert à rien versus celle qui sert à quelque chose, l’innovation se rapportant au deuxième cas) nous avons tout de même permis à l’économie de faire un bond considérable.

Le progrès vaux mieux que l’innovation

L’innovation n’est pas le premier mot-concept a avoir connu un tel succès.

Car celle-ci est au XXIème siècle ce que le progrès était au XIXème : l’épicentre du développement économique et même de l’évolution générale voire transcendantale des hommes. On pourrait, en faisant un raccourci, considérer les deux notions comme identiques, mais une nuance fondamentale les différencie : le progrès est littéralement l’action d’aller vers l’avant, l’évolution dans la sens d’une amélioration et une transformation progressive vers plus de bonheur.

Mais comme tout ce qui constitue notre univers, le terme « progrès » est mort, parce qu’il a suivi le sempiternel cycle de la vie, où tout les éléments, inlassablement, naissent, se développent et régressent avant de disparaître.

Si l’éternité est un fantasme – « Rien n’est permanent sauf le changement » dixit Héraclite himself – alors par quoi sera suivie l’innovation ?

La surabondance de nouveauté n’est plus plébiscitée avec autant de ferveur. En témoignent les récents excès de régression, pullulant autour de nous, à l’image des disques vinyles, du port de la moustache, des chapeaux Borsalinos, ou de pratiques délaissées telles que le retour à la cuisine maison, l’écriture de lettres postales, etc.

La notion fondamentale de transformation progressive vers le bonheur relative au progrès s’est perdue dans la course effrénée à la nouveauté, à tel point que les populations sont revenues d’elles-mêmes à certains usages abandonnés ou oubliés.

La réelle innovation serait-elle de ne pas en faire ?

Affirmer que trop d’innovation tue l’innovation, bien que la formule soit quelque peu exécrable, trouve son explication dans la révolution technologique, puis digitale, qui l’a accompagnée. En effet, même si certains en comparent les conséquences à l’invention de l’écriture et tout le progrès qui en découla, une telle révolution inclut aussi de violents changements : nos paradigmes se retrouvent brisés, nos certitudes ébranlées et nos dynamiques déréglées. En conséquence, cela attise la viscérale peur de l’inconnu à laquelle l’homme est sujet.

Les innovations, trop rapides, trop nombreuses, trop inutiles ont donc conduit le concept à se tirer une balle dans le pied. Mais ce n’est pas tout. L’innovation a aussi donné l’incroyable possibilité de ne plus croire en l’impossible. Si l’homme peut tout avoir, et que l’innovation lui permet d’avoir tout ce qu’il veut, sauf ce qui n’est plus (pour le moment…), alors l’homme veut ce qui n’est plus. C’est-à-dire son passé. Sauf qu’il n’en est pas à son premier rodéo et nombre d’écrits à travers l’histoire viennent nous rappeler que quelle que soient les époques, il a toujours eu la sensation que son temps était en dérèglement et les choses « plus ce qu’elles étaient »…

Si d’un côté le passé ne vaux pas mieux que le présent (il est simplement plus rassurant) et que d’un autre l’innovation (ou ce qui a trait au futur aujourd’hui) s’est sabordée parce qu’elle se résumait à de la nouveauté pure et simple, que reste-t-il ?

Pour trouver la réponse, rien de tel que d’utiliser la disruption – puisque c’est un exorde efficace à l’innovation. Alors, comment créer quelque chose qui n’est pas nouveau ?

« La sagesse est l’enfant de l’expérience » (Confucius)

Rien de tel qu’un philosophe ayant vécu en 500 avant J-C pour nous guider dans cette démarche – après tout, trouver du nouveau qui n’est pas nouveau avec du vieux, rentre bien dans le schéma de la disruption.

La sagesse tient dans la conscience qu’au sein de notre course exponentielle vers la nouveauté, nous avons parfois oublié la valeur essentielle qu’est notre quête du bonheur. Ne laissons plus de côté la notion de progrès : la lucidité sur nos agissements et méthodes de développement doit mettre en lumière d’autres mécanismes, sur lesquels construire ce qui sera demain. En d’autres termes, la réponse se situe dans l’hybridation entre le nouveau et l’ancien, l’utile et le superflu, la rareté et l’abondance.

Ainsi, jeunes entrepreneurs et talentueux business men, sachez créer des synergies entre les prouesses oubliées et celles qui ne sont pas encore imaginées. Et n’hésitez pas à trouver un mot pour ce concept, il y a fort à parier qu’il vienne remplacer à l’avenir la chère et tendre « innovation ».

Auteure : Tiphaine de Pélichy

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Un article de notre dossier Marketing & innovation

(c) ill. Shutterstock - Young pretty woman tourist with suitcase walking on road

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Ecole supérieure de Publicité. Profil de l'ESP et articles publiés.


1 commentaire

  1. avatar

    Rose WebMarketing

    23 juin 2015 at 12:59

    Je pense que l’innovation se trouve dans le fait de savoir s’adapter au changement, de les anticiper, … Il y a tellement de manière d’innover et en même des dois il s’agit juste d’évoluer.

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