Les objets connectés pour les enfants : de Sophie la Girafe à la montre Linkoo !

Quelle place occupent quotidiennement les objets connectés à destination des enfants ? Ces derniers y trouvent-ils leur intérêt ?

Quelle place occupent quotidiennement les objets connectés à destination des enfants ? Ces derniers y trouvent-ils leur intérêt ?

D’après Marie Julie Catoir-Brisson, docteure en Sciences de l’Information-Communication à l’université de Bordeaux 3, les objets connectés s’intègrent petit à petit dans notre vie quotidienne, ils sont de plus en plus ergonomiques et de moins en moins perceptibles sur le corps humain. Le rapport de l’objet a évolué ainsi que son utilité. Ils deviennent naturels et touchent toutes les générations, et ce dès le plus jeune âge.

Une triade est née : Parents / Objets / Enfants

Quelle attitude adopte l’adulte face à l’objet connecté ? « En étant à la fois un «personal assistant» et un «personal trainer», l’objet connecté peut aider l’homme à mieux se connaître pour mieux se dépasser, à condition qu’il ne devienne pas une contrainte mais qu’il soit plutôt fusionnant et discret. » comme nous l’indique l’enquête réalisée par le Planning Stratégique de ZénithOptimedia. Ainsi, pour l’adulte, l’objet , quand il lui est destiné, doit être facilitateur du quotidien. A terme, il l’accompagnera à chaque moment de sa vie (santé, transport, etc…).

A contrario, l’enfant ne perçoit pas l’objet comme un besoin mais plutôt comme un divertissement. Rappelons que Sigmund Freud abordait l’enfant comme un sujet sans relation avec le monde, avec une considération primaire de l’objet. En d’autres termes, l’enfant n’a que des pulsions, sans prendre conscience de ses besoins. Nous constatons actuellement que les nouvelles générations sont directement exposées à la connexion, la manipulation des objets connectés devient innée.

Parents, quelle attitude constater ? Face à la réaction de leurs enfants au contact des objets connectés, les parents souhaitent garder leur fonction de précepteur : ils sont en quête de sécurité. L’exemple du manteau connecté récemment développé par une startup qui intègre un GPS visant à rassurer les parents et à traquer les enfants.

De plus, nous remarquons qu’ils adoptent une conduite leur permettant de maintenir le contrôle, et supervisent un comportement maîtrisé et déjà acquis par leurs enfants. Les marques l’ont bien compris. La Société Kolibree a développé une brosse à dents connectée, permettant aux parents et aux enfants de transformer une « corvée » en un jeu. Du côté des enfants, plus le brossage est performant plus ils obtiennent de récompenses. Alors que du côté des parents, la brosse à dents en lien direct avec une application sur leur smartphone leur permet de s’assurer de la qualité du brossage de dents de leurs enfants.

Objets connectés, parents inutiles ?

Le secteur des objets connectés est en plein essor, il y aurait plus de 15 milliards d’OC dans le monde. Ces derniers, semblent finalement cibler uniquement les adultes en accomplissant un seul rôle : celui de la surveillance. Par voie de conséquence, le désir de jeu et d’apprentissage de l’enfant est évincé. Un paradoxe qui se confirme lors de l’observation du panel commercialisé, les jeux connectés ne représentent que 2% du marché. Le secteur est à investir ! Des entreprises internationales ont flairé la manne potentielle qui s’ouvre sur le marché de la tablette pour enfants, et se sont lancées dans la recherche de la satisfaction de ces technophiles précoces. Des idées de tablettes émergent, prenant la forme d’objets plutôt éducatifs mais il n’y a pas de véritables idées qui sortent du lot, et qui pourraient satisfaire les demandes de ces bébés qui ont grandit entourés de la technologie. Par exemple, Samsung s’engouffre dans la brèche avec un produit dérivé de sa ligne de tablettes classiques pour adultes. En effet, la multinationale a lancé il y a de cela quelques mois la Galaxy Tab 3 Kids. Elle a notamment la particularité de présenter une interface spécialement développée pour les enfants.

Les innovations actuelles ne permettent pas d’affirmer que les enfants parviendront à se détacher du contrôle de leurs parents. Il semblerait donc que les parents ont de beaux jours de surveillance devant eux !

Parents : qui décide ?

Comment les parents peuvent-ils prouver qu’ils sont de « bons parents » ? Dans l’intérêt de leurs enfants, les parents achètent des objets connectés dont ils sont la cible, mais finalement, en consommant ces OC, les parents répondent à leur propre intérêt. C’est dans cette configuration que la notion de « monitoring » entre en jeu, autrement dit : ensemble des techniques permettant d’analyser, surveiller, et contrôler les réactions d’un sujet. Prenons l’exemple de la montre Linkoo qui intègre un GPS et la possibilité de téléphoner. A noter que 3 numéros sont disponibles, dont deux sont réservés pour les parents. Une liberté reste accordée à l’enfant puisqu’il peut choisir de donner le troisième numéro à qui bon lui semble ! Donc au final, qui décide ?

Dans son ouvrage L’enfant chef de famille, Daniel Marcelli, pédopsychiatre, affirme que la place de l’enfant dans la cellule familiale contemporaine a évolué. Celui-ci est passé d’un statut « inférieur » ( équivalent à celui de la femme) à celui de l’enfant-roi. L’ensemble des décisions le concernant lui sont soumises et doivent obtenir validations de sa part. En gardant leur statut de décisionnaires, les parents semblent se bercer d’illusions.

Finalement, en répondant à la demande de leurs enfants, les parents en retirent de la satisfaction et du bien-être. Ils gardent en tête l’idée de contrôle sur leurs bambins, pendant que ces derniers acquièrent une certaine autonomie. Elle-même ne manquera pas d’être renforcée par les futures actions des entrepreneurs du marché. Reste à savoir s’ils choisiront la voie ludique.

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Un article de notre dossier Marketing des objets connectés

Aller plus loin…

(c) ill. Shutterstock - Head to head dreaming together

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1 commentaire

  1. avatar

    Alisson

    17 avril 2015 at 11:54

    Les traceurs GPS sont encore très mal perçus par de nombreuses personnes, et pourtant, ils offrent une sérénité d’esprit qui n’a pas de prix. Au final, avec ce type d’objet, les parents laissent plus volontiers leur enfant sortir, donc l’enfant gagne en liberté et en indépendance. Rien ne les oblige à suivre heure par heure le trajet de leur bambin.

    C’est juste une sécurité d’esprit pour les parents, qui savent qu’en cas de problèmes, ils peuvent appeler et localiser leur enfant, sans que celui-ci n’ait forcément un smartphone entre les mains dès le plus jeune age.

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