La voiture connectée : le virage contrôlé de l industrie automobile ?

La voiture connectée n’est plus un mythe ! Le véhicule 2.0 est un tournant décisif pour le marché de l’industrie automobile. Divers acteurs ont pris le virage de la voiture connectée.

Longtemps désirée et fantasmée, la voiture connectée roule enfin ! L’ensemble des constructeurs automobiles propose désormais une gamme de véhicules connectés, soit des modèles haut de gamme aux modèles de milieu de gamme. Dans son rapport intitulé Predicts 2015 : The Internet of things, le cabinet d’études Gartner estime qu’en 2020, près de 250 millions de voitures seront connectées à Internet. Un marché qui, d’après le cabinet McKinsey, s’élèvera à 175 milliards d’euros. Dans 5 ans, les voitures connectées représenteront 1% des objets connectés.

Sur la piste de la Batmobile 2.0

Un véhicule dit connecté est un véhicule classique doté de capteurs et de processeurs, lui permettant d’échanger et de recevoir des informations diverses. A plus long terme, les véhicules 2.0 seront capables à la fois de communiquer entre eux (V2V), et avec les routes grâce à des bornes connectées.

La voiture connectée répond à diverses tendances sociétales : toujours plus de confort, de sécurité, de simplicité, et une connexion en continu. Afin de répondre à ces attentes et d’apporter une nouvelle expérience de conduite, la technologie est sollicitée et se veut au centre de l’innovation. La puissance du moteur, la taille du coffre ou la consommation de carburant par exemple, ne sont donc plus les seules caractéristiques déterminantes dans l’achat d’un véhicule. Aujourd’hui, le conducteur est davantage attentif aux services interactifs proposés à l’intérieur de la voiture.

Grâce à la voiture connectée, il est devenu possible d’opérer entre autres les actions suivantes : consulter ses emails, surfer sur internet, effectuer une réservation dans un restaurant, ou encore garer sa voiture via une application mobile. Toutefois, les progrès les plus signifiants restent ceux entrepris en matière de sécurité (décélération automatique, détecteur de fatigue du conducteur, adaptation de la vitesse, etc.). La majorité des constructeurs ont en effet pour pari ambitieux l’objectif zéro victime. Les réglementations vont également dans ce sens : toutes les voitures neuves d’Europe devront être équipées du système d’appel d’urgence eCall, et ceci d’ici fin 2015.

La fin des constructeurs traditionnels ?

Face au développement des technologies au sein du véhicule, le monopole des constructeurs automobiles et des équipementiers traditionnels n’est plus assuré. Avec l’arrivée de la voiture connectée, de nouveaux acteurs sont ainsi apparus sur le marché de l’industrie automobile tels que les groupes technologiques et de télécoms. Tous convoitent ce marché en expansion et rêvent d’avoir la main sur le contrôle du système d’exploitation de la voiture de demain ou encore de devenir le leader sur le marché de la voiture autonome.

Des partenariats voient dès lors le jour entre les constructeurs automobiles et les sociétés IT. Ces dernières ont un savoir-faire technologique inéluctable et maîtrisent l’exploitation de données en masse. Certains constructeurs restent toutefois réticents à laisser entrer ces nouveaux acteurs sur leur marché et développent leurs propres systèmes d’exploitation. Car tout l’enjeu de la voiture connectée est l’utilisation des données générées par cette dernière. Par ces partenariats naissants, le risque des constructeurs est donc de se voir relégué à leur métier historique et de ne pas pouvoir exploiter ce marché des données, au profit des sociétés IT.

Pour rester dans la course, les équipementiers sont ainsi conviés à se convertir en intégrateurs de connectivité. Les constructeurs doivent quant à eux bâtir des stratégies de monétisation des données, qui par ailleurs effraie les consommateurs.

La voiture connectée peut se révéler être un véritable mouchard (localisation permanente et connaissance des habitudes du conducteur). Ces données intéressent d’autant plus les assureurs qui s’orientent vers le Pay How You Drive, soit une tarification déterminée en fonction du comportement de l’assuré.

Pirates de la route & voiture connectée

L’automobile connectée soulève une autre inquiétude, celle concernant la sécurité des véhicules face aux attaques des hackers.

Une inquiétude justifiée après la publication en février dernier du rapport Tracking & hacking établi par le sénateur américain Edward J. Markey. Celui-ci démontre que pratiquement 100% des voitures connectées qui sont actuellement disponibles sur le marché, présentent des failles de sécurité. Ce résultat est fondé sur un ensemble de données collectées auprès de 16 grands constructeurs automobiles (BMW, Audi, Mercedes-Benz, General Motors, Toyota, etc.). Le rapport soulève le manque de mesures de sécurité entreprises par les constructeurs automobiles afin de protéger les automobilistes contre les pirates, qui, peuvent prendre le contrôle des véhicules, ou encore collecter et utiliser les données personnelles de ces derniers. Face à ce constat alarmant, la plupart des constructeurs interrogés se disent ne pas être informés de la vulnérabilité de leurs véhicules.

La voiture connectée d’aujourd’hui n’en est qu’à ses prémisses. Toutefois, elle induit deux comportements : le premier suppose la dépendance des constructeurs face aux sociétés IT, et le second, les individus tendent à être de moins en moins autonomes dans leur conduite. Une autonomie qui tend par ailleurs à disparaître dans les années à venir avec la voiture autonome. Face à cette déferlante des technologies, le pouvoir de la marque des constructeurs automobiles historiques, leur expertise et la confiance que leur portent les consommateurs, seront-ils des éléments suffisants pour faire obstacle aux géants du Web sur le marché de l’automobile ?

Auteure : Julie Riquier

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Un article de notre dossier Marketing des objets connectés

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