La santé connectée : instruments médicaux innovants ou gadgets ?

Les objets connectés dans le domaine de la santé et du bien-être, sont-ils aussi révolutionnaires que les marques le prétendent ?

Les objets connectés dans le domaine de la santé et du bien-être, sont-ils aussi révolutionnaires que les marques le prétendent ?

Emmanuelle Le Nagard-Assavag et Delphine Manceau nous affirment qu’une innovation est une chose concrète « destinée à améliorer ou révolutionner un secteur d’activité, une pratique sociale ». Or, le phénomène des objets connectés et notamment dans le domaine de la santé et du bien-être, est-il vraiment aussi révolutionnaire que les marques le prétendent ? Finalement, sommes-nous en mesure de parler de véritable innovation ? Ou n’est qu’une simple modernisation de l’existant ?

L’innovation est tendance !

Gérald Gaglio déclare dans son ouvrage sur la sociologie de l’innovation que « L’innovation est tendance. Elle est même devenue un idéal à atteindre dans nos sociétés ». Il est donc peu surprenant qu’en seulement sept ans des milliers d’entrepreneurs se soient lancés dans l’aventure des Objets Connectés. Les tendances consommateurs comme la digitalisation, la culture de l’hédonisme, les besoins de personnalisation et de simplification du quotidien ont sans nul doute, permis à ces entrepreneurs d’accéder au rang de géants de l’industrie « digitale ».

A l’aube d’une nouvelle « révolution » les objets n’ont pas encore véritablement eu l’opportunité de faire leur preuve. Le marché peine à décoller en France et se concentre essentiellement sur un secteur : la santé. Ou plutôt le bien-être ! Un sondage IFOP réalisé en 2013 révèle que 5,61 millions de Français possèdent déjà un objet connecté lié à la santé, soit 11% de la population. Un phénomène peu surprenant, à l’heure ou le paraître et l’apparence régissent, plus que jamais, notre mode de pensée (Isabelle Paresys, Paraître et apparences en Europe occidentale. Du moyen âge à nos jours).

Qui sont ces acteurs qui réussissent ? Pourquoi ont-ils autant de succès ?

Le mouvement initié par des Start-up comme Fitbit, Jawbone, Withings puis amplifié par des acteurs internationaux comme Nike, Samsung et plus récemment Apple promet aux utilisateurs d’accéder au bien-être. Entre bracelets high-tech, permettant de mesurer et d’analyser nos efforts quotidiens, podomètres 2.0 ou pèse-personnes connectés, les marques diversifient leurs gammes et leurs offres pour s’imposer sur ce marché hyperconcurrentiel. Les produits sont design et intuitifs devenant symboliquement bien plus que de simples « objets connectés ». Ainsi, elles parviendraient presque à nous faire oublier que de nombreux objets reproduisent ce qui existait déjà…

Le bien-être prend le pas sur la santé

Dans Francoscopie, le sociologue Gérard Mermet rappelle que l’état de santé des Français ne cesse de s’améliorer ; 85 % des Français interrogés se déclarent très concernés par les problèmes de santé et deux tiers s’avouent mêmes angoissés sur ces sujets. De plus, le niveau d’expertise en diététique d’une fraction de la population a beaucoup augmenté.

Notons donc que le désir de mieux comprendre son corps et son environnement devient une préoccupation majeure, d’où l’émergence du Quantified Self. Or, le marché est dominé par des objets connectés ne présentant pas de caractère médical fort, répondant au plus près aux attentes des consommateurs et exploite des technologies largement éprouvées.

Ces objets ne seraient-ils pas finalement « Gadgets » ? Au sens où le sociologue Baudrillard l’entendait, des petits symboles à l’apparence ludique qui pour autant, deviennent tout dans notre vie quotidienne. Ne contribuent-il pas, eux aussi, à l’érosion du savoir et de la culture, en nous faisant oublier l’existence des mêmes objets, non connectés, quelques années auparavant ?

Cependant, tous n’ont pas fait le choix du « gadget » ! Les laboratoires Roche et Sanofi, pour n’en citer que deux, ont misé sur le développement d’objets connectés médicaux. Le lecteur de glycémie est actuellement le principal produit sur le marché du secteur médical connecté. Destiné aux diabétiques, il permet de suivre son taux de glycémie en temps réel. Notons tout de même que ce type d’objet est destiné à une « niche » bien spécifique et que ce domaine est réglementé puisqu’à visée diagnostic.

Objet Connecté médical ou gadget : vers l’hybridité ?

Des scientifiques et des ingénieurs ont semble-t-il bien évalué ce « fossé » entre les deux secteurs et ont fait le pari de s’associer à de grands laboratoires. Le laboratoire Inovarion travaille actuellement sur le développement d’un lecteur grand public capable de mesurer en temps réel l’évolution de notre masse graisseuse ou musculaire. L’analyse de nos données cellulaires permet ainsi de déterminer quelle activité et quelle alimentation est la plus adaptée à mon mode de vie et à mon corps.

Autre exemple, la société Scanadu, une start-up américaine qui a également fait le choix de se positionner à la frontière entre médical et bien-être. Elle promet la sortie prochaine de deux objets, destinés à assurer un suivi médical de l’utilisateur en contrôlant divers paramètres (rythme cardiaque, taux d’oxygénation, température, marqueurs urinaires…). En cours de levée de fond via des plateformes de crowdfunding, ces deux innovations pourraient bientôt voir le jour.

« L’impératif est simple : il faut innover, être innovant… ou disparaître ! » disait Gérald Gaglio. Oui, mais à quel prix ? Certes, le secteur des appareils connectés innove mais bien moins que ce que les marques voudraient finalement nous le faire croire. Tout reste encore à imaginer et à construire. Mais ma santé n’étant pas un gadget, j’opte pour un suivi personnalisé ou alors, comme le disait Hippocrate : « Que ton aliment soit ton seul médicament » !

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Un article de notre dossier Marketing des objets connectés

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(c) ill. Shutterstock - Sport female wearing touchscreen smartwatch with colorful app

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