Et si les Objets Connectés permettaient de créer une Silicon Valley à la française ?

La volonté de l’Etat d’une nouvelle France industrielle par le développement d’un écosystème numérique français via les fab labs, la French Tech ou la création de cité des objets connectés permet-il de penser que l’Hexagone pourrait devenir une Silicon Valley à la française ? Le modèle américain est-il transférable au système français ? La Silicon Valley fait-elle toujours autant fantasmer les jeunes entrepreneurs ? La France peut-elle développer une industrie compétitive mondiale à elle seule ? Et l’Europe ?

La volonté de l’Etat d’une nouvelle France industrielle par le développement d’un écosystème numérique français via les fab labs, la French Tech ou la création de cités des objets connectés permet-il de penser que l’Hexagone pourrait devenir une Silicon Valley à la française ? Le modèle américain est-il transférable au système français ? La Silicon Valley fait-elle toujours autant fantasmer les jeunes entrepreneurs ? La France peut-elle développer une industrie compétitive mondiale à elle seule ?

Autant de questions qui incitent à définir et redéfinir les enjeux économiques étatiques et européens.

Le 16 février 2015, John Chambers, patron de Cisco, signe un partenariat avec l’Etat français pour investir 88 millions d’euros dans les start-up de la French Tech. La France serait selon lui « The next big thing ». De l’existence d’une « French Touch » reconnue à l’existence d’une « French Tech » dépourvue, deux concepts en corrélation.

Notre pays est-il toujours ce vieux territoire relayé à la fabrication du pain, du parfum et des robes haute couture ? Ne sommes-nous pas capables de créer, d’innover, de surprendre, d’être là où l’on ne nous attend pas, bref sommes-nous connectés ? Mais quelle est la position actuelle de la France face à ce mot encore un peu exotique parfois ? La nouvelle révolution industrielle aura-t-elle lieu ?

La France : le numérique et les objets connectés

Cap sur le numérique pour la France. Pour l’Etat, le numérique est définitivement notre porte de salut face à la crise. Il en a fait une priorité dans sa politique industrielle. Derrière le gadget, l’objet connecté représente pour le pays un enjeu formidable qui impacte tous les secteurs d’activités : audiovisuel, tourisme, distribution, transports, paiement, éducation, santé…

L’Etat veut agir vite mais semble avoir retenu les leçons du passé. Qui veut entendre « Et si les objets connectés nous emportaient tous dans un autre gouffre financier ? ». En effet, le fiasco du « Plan câble », de 1982 qui devait équiper le territoire en réseaux de télécommunications et donner aux Français la télé de l’an 2000 a laissé un goût amer, 15 années d’errance et 100 milliards de francs de déficit pour le contribuable. La France veut « Agir pour une France numérique » et passe à l’action…

Le 13 septembre 2013 Hollande annonce la réflexion stratégique « La nouvelle France industrielle » parmi laquelle le plan industriel « objets connectés » mené par Eric Carreel, patron de Withings, avec la volonté d’une première cité connectée à Angers, un meilleur accès des start-up au financement, la création du label French Tech pour 215 millions d’euros, qui désigne l’ensemble des acteurs de l’écosystème français au service du développement des start-up.

De nombreuses actions ont déjà été engagées : les fab labs, les pôles de compétitivité, les incubateurs se sont développés depuis ces deux dernières années au sein du pays.

Le numérique : un formidable levier de croissance qui a contribué à hauteur de 72 milliards d’euros au PIB français en 2010, selon l’étude McKinsey&Company de l’« Impact d’internet sur l’économie française », remise au gouvernement.

« Former au numérique » martèle le gouvernement lors de son rapport présenté à l’Assemblée Nationale par la Commission des Affaires Economiques sur le « développement de l’économie numérique française », le 14 mai 2014. La France veut également diffuser une culture du numérique à l’école, dans le discours politique et dans les médias. Des entrepreneurs investissent également, tel que Xavier Niel qui crée l’Ecole 42 en 2013 avec pour ambition de devenir « la meilleure école informatique de France ».

Et si les OC permettaient à la France de sortir de la crise économique dans laquelle le pays sombre ? L’Etat est déterminé dans sa quête du numérique comme s’il était le remède à tous les maux : baisse du chômage, reprise de la croissance, accélération de l’économie,…

Les moyens générés par le gouvernement ne peuvent-ils pas orienter la France vers un modèle de croissance porté par le numérique ?

Et si le mythe d’une Silicon Valley à la française pouvait devenir réalité ?

Le modèle américain est-il transposable à la France ?

Arrêtons de croire que les réussites économiques numériques sont exclusivement réservées au modèle américain.

Nous voyons fleurir depuis ces dix dernières années, des réussites exemplaires du web français. Ils s’appellent Vente-privee.com, PriceMinister, Deezer, Criteo ou 1000mercis et ils ont tous le même point commun : être nés start-up en France avant de devenir des entreprises qui réalisent aujourd‘hui des millions d’euros de chiffres d’affaires.

ondée sur le mythe de Bill Hewlett et David Packard dans les années 30, la Silicon Valley accueille les plus grands : Facebook, Twitter, Apple ou Yahoo.

« Change the world from here » tel est le slogan de l’université de San Francisco. Le programme est ambitieux. Qu’y a-t-il de plus là-bas que nous n’avons pas ?

La culture de la prise de risque est l’atout majeur de la Silicon Valley. Ces investisseurs apportent du capital, certes, mais également leur réseau et leur expérience. Le financement de l’innovation est risqué, innover est s’engager dans l’inconnu… et l’inconnu fait peur. La Silicon Valley l’a bien compris en plaçant l’activité dans les mains des « venture capitalists » ou investisseurs en capital risque. C’est ce qui fait aujourd’hui la grande différence face à un écosystème encore fébrile en France.

De grands pôles numériques territoriaux ont déjà émergé et pas seulement à Paris. La Bretagne par exemple a su tirer profit de la présence historique des entreprises du secteur des télécommunications à Lannion, Brest et Rennes, pour construire un écosystème performant, comme en Isère autour de Grenoble (des institutions de recherche y sont installées) et dans la région de Toulouse, tirée par le développement de la filière aéronautique notamment.

Tout comme la Silicon Valley, la France repose aussi sur des incubateurs et accélérateurs qui accompagnent des projets de création d’entreprises en termes d’hébergement, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de l’entreprise. Le projet de Xavier Niel de faire de la Halle Freyssinet, bâtiment de 30 000 m2 classé monument historique, le plus grand incubateur au monde (1000 start-up), pourrait permettre à la France de rivaliser plus encore avec la Silicon Valley.

Les idées reçues sur la difficulté de créer une entreprise seraient donc fausses. Christine Balagué et Loïc Bodin constatent dans « Les succès du web à la française » , que créer une entreprise en France n’est pas compliqué à en croire les entrepreneurs qu’ils ont interrogés. Selon Jean- Baptiste Rudelle, fondateur de Criteo « la France est un pays, (…) où il est assez facile et assez favorable de créer une entreprise. C’est sûr qu’il y a une réglementation qui est parfois un peu plus compliqué (qu’aux Etats-Unis) mais bon, finalement, on y arrive. »

Il semblerait que ce ne soit pas la fiscalité qui pose problème en France mais plutôt l’incertitude réglementaire et fiscale qui représente un véritable handicap pour les entrepreneurs et les « business models » car ils peuvent être ébranlés par un simple amendement législatif. Selon Pierre Kosciusko-Morizet : « Tu ne sais jamais ce à quoi tu as droit ni ce à quoi tu n’as pas droit. C’est insupportable pour un entrepreneur » révèle-t-il dans ce même ouvrage.

La France dispose cependant d’une fiscalité avantageuse pour les entreprises qui investissent dans la recherche et le développement. Les fondateurs des entreprises françaises citées plus haut sont unanimes : le crédit d’impôt recherche (CIR)  et le statut de jeune entreprise innovante (JEI) leur ont été utiles. Ces outils seraient de « vrais atouts pour la France, pour l’entrepreneuriat et pour l’avance technologique du pays dans la compétition internationale ».

L’élément qui pourrait rapprocher la France de la réalité d’une future Silicon Valley à la Française pourrait être sa législation sur les stock-options avec la BCE, plus favorable que son équivalent américain.

Si certains dispositifs sont plus avantageux en France, est-ce suffisant pour imiter le modèle américain ?

Une Silicon Valley à la française, ambition réelle ou fantasme ?

Le modèle de la Silicon Valley ne serait pas reproductible en France selon Greg Horowitt, cofondateur du fonds d’investissement « T2 Venture Creation » SOURCE DU PROPOS ?. Ce qui pêcherait en France : l’écosystème. La construction d’un écosystème dépendrait des conditions climatiques, géographiques et territoriales selon lui.

En effet, la Silicon Valley c’est avant tout un écosystème exceptionnel qui prend sa source dans des universités prestigieuses comme Stanford ou Berkeley. En plein coeur de la Silicon Valley se regroupent les plus grands investisseurs et fonds d’investissement (Sequoia Capital, Greylock, Andreessen Horowitz). On parle de « paid forward » du côté des entrepreneurs qui n’hésitent pas à donner des conseils et investir dans des jeunes pousses.

Un modèle ayant réussi dans un pays ne peut être reproduit tel quel, car certains changements peuvent être opérés tandis que d’autres constituent l’ADN d’un territoire. De plus, la France n’a pas la même force de frappe que les Etats-Unis, ne s’adressant pas au même nombre d’habitants, avec respectivement plus de 67 millions et 320 millions d’habitants.

À titre d’exemple, la constitution d’un seul écosystème numérique en France, localisé en région parisienne tel que San Francisco aux Etats-Unis, n’est pas compatible avec l’exigence de garantir un développement équilibré des territoires, d’autant plus que des régions ont mené des politiques très innovantes en matière de numérique et disposent aujourd’hui d’écosystèmes dynamiques. C’est le cas d’Angers ouvrant un pôle d’objets connectés en mai 2015.

De plus, la culture d’entreprise est fortement mise en avant dans la Silicon Valley contrairement à la France. L’évolution des entreprises numériques est scrutée de près et médiatisée. La presse constitue l’un des éléments essentiels de l’écosystème de la Silicon Valley, tel que le site « Techcrunch », véritable référence sur le numérique.

Quelle start-up française peut se vanter de récolter des levées de fond de 500 millions de dollars comme Snapchat devenue multinationale. Bunkr qui a levé un million d’euros pour concurrencer Power Point semble bien loin derrière.

Mais la Silicon Valley nous a façonné des entrepreneurs devenus des légendes fascinantes et magnifiées telles Larry Page, Sergueï Brin ou Mark Zuckerberg, dignes représentants de succès mondiaux, mais combien ont échoué ?

La fiscalité aux Etats-Unis est facilitée mais le taux d’échec serait de 50 % dans les quatre premières années (Source : US Census Bureau (BITS)).

Certains géants de la Silicon Valley vont mal, Twitter et Pinterest vivent sur leurs levées de fond.

Et si la Silicon Valley n’était finalement plus l’endroit où les startups émergent ?

C’est ce que soulève Grégory Nedelec, professeur en école de communication et fondateur d’une startup en devenir.

« Les start-up françaises doivent miser leur communication sur les sites web et en anglais » pour rayonner à l’international. Très peu d’entreprises françaises se développent à l’étranger. Withings, Netatmo et Parrot, fleurons des startups françaises, font exception avec une reconnaissance internationale.

Grégory Nedelec recommande également une communication étatique pour inviter PME/PMI et Fab lab à travailler ensemble. « Fab lab et PME/PMI sont antinomiques. Les PME/PMI françaises sont conservatrices et ont parfois l’impression d’avoir une perte de contrôle sur les brevets alors qu’elles peuvent être aidées par les Fab labs ».Mais comment permettre aux start-up françaises de se développer à l’international si l’Europe ne suit pas ?

« Moi mon vrai problème c’est l’Europe » dit Xavier Court, co-fondateur de Vente-privee. En effet, l’harmonisation réglementaire et fiscale en Europe est loin d’être établie, empêchant le développement des projets et start-up françaises. Il y a également un problème de compétitivité des entreprises françaises par rapport aux entreprises non européennes. La France paraît ainsi limitée par rapport au potentiel de l’Europe.

En conclusion, l’environnement français numérique est en pleine croissance, les dispositifs mis en afin de créer un réseau d’écosystèmes sont parfois contestables mais tendent au développement. La France dispose d’excellents ingénieurs mais l’investissement du capital risque, les levées de fond et l’écosystème sont fragiles si l’on compare avec le modèle américain. Il y a certes quelques investisseurs mais l’écart entre les deux pays est important et ne s’adresse pas aux mêmes acteurs. C’est la raison pour laquelle les start-up françaises doivent s’ouvrir à l’international. Pour que la France et l’Europe soient pleinement acteurs de cette révolution industrielle, il faut faciliter l’expérimentation de projets, faire de la sécurité et de la protection de la vie privée un avantage concurrentiel, soutenir les industriels européens dans la standardisation de leurs technologies.

Auteur : Geoffrey Bouret

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Un article de notre dossier Marketing des objets connectés

Aller plus loin…

(c) ill. Shutterstock - Silicon Valley

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