Publicité Nana : vulvite aigüe et foufoune en verve ? - Marketing Professionnel e-magazine

Publicité Nana : vulvite aigüe et foufoune en verve ?

La vulve jamais montrée et encore moins nommée mais toujours détournée, fait l’objet de grands débats ces derniers temps, comme si elle était apparue depuis peu dans le paysage

Vulve, Vulve, Vulve, « fleuve impétueux et tumultueux, tu es comme notre reine, la source de la vie ! ». Pour ceux qui ne l’ont pas reconnu, il s’agit d’un extrait d’Astérix et Obélix Mission Cléopâtre dont j’ai changé les 3 premiers mots qui parlaient à l’origine du Nil !

Ah oui c’est sûr, ce n’est pas un mot qu’on a l’habitude d’employer dans son quotidien…

Eh bien aujourd’hui, tout, tout, tout vous saurez tout sur la zézette … la mounette, le minou, la fleur, la moule, la foufoune, la chatte, la choupette et maintenant, depuis peu, la figue, l’abricot, le pamplemousse, le coquillage, le porte-monnaie … bref ! Cette vulve jamais montrée et encore moins nommée mais toujours détournée, fait l’objet de grands débats ces derniers temps, comme si elle était apparue depuis peu dans le paysage.

Que ce soit dans la publicité ou dans l’art, les images de sexes masculins sont régulièrement mises à l’honneur et ne choquent jamais. Nous y sommes habitués. Des statues viriles exposent leur pénis souvent réaliste dans nos parcs depuis des siècles, tandis qu’une célèbre marque de boissons gazeuses fait de temps à autres la promotion de ses bouteilles aux formes phalliques, mais la vulve… non, toujours pas !

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi… les péplums et les programmes d’histoire n’en parlent pas (bah non c’est dégueu) mais les femmes de l’Antiquité ne se faisaient pas prier pour montrer leur minette. Hérodote raconte qu’en Egypte les pèlerins remontant le Nil étaient salués depuis la rive par des femmes qui exhibaient volontiers leur vulve, comme des adolescents qui baissent leur froc et montrent leur derrière aux badauds. Et quand un taureau sacré mourait, seules les femmes pouvaient voir son­ remplaçant pendant quarante jours et, selon l’historien grec Diodore de Sicile, elles ­se présentaient à lui cuisses écartées, vulve apparente. Donc voilà… au final, la vulve ne choquait personne.

Puis la société moderne, pénétrée de chibres, a oublié tout ça. Elle a mis une culotte épaisse sur son imaginaire, faisant du vagin une absence de pénis, un contenant sans contenu, une concavité vide de sens, un désert culturel. Paraîtrait que ça remonte à la Grèce puis dans le monde romain où la vulve commence peu à peu à être méprisée, dépréciée, effacée au détriment du phallus qui fait son entrée en grande « pompe » si je puis dire …

Athènes se met à organiser des phallophories, sorte de grosses teufs en hommage au pénis où l’on pouvait voir des phallus en érection géants taillés dans des rondins de bois se dresser au milieu des foules, tandis que la vulve, elle, se fait discrète. On raconte même que Zeus, le père d’Athéna, porte sa fille dans sa tête et que pour accoucher, il demande au dieu Héphaïstos, armé d’un ciseau et d’un marteau, de lui fendre le crâne, taillant une sorte de vulve improvisée. De cette fente jaillit soudain la déesse tout armée, alors c’est vrai… pourquoi s’encombrer d’une vulve quand on a une bonne caisse à outils. On fait naître des enfants sans problème, vous voyez !

Viva la vulva : hommage à la femme ou coup marketing ?

Pas étonnant donc que la publicité récente de nana : « VIVA LA VULVA » crée un ouragan dans le paysage médiatique. Véritable hommage à la femme ou coup de génie marketing, elle a au moins le mérite de faire parler d’un sujet dont personne ne parle. 62% des femmes ne savent pas de quoi est composé leur sexe, c’est dire !

On crie au scandale et à la vulgarisation du sexe féminin (dans tous les sens du terme). Les féministes diront qu’on le banalise, qu’on use de tous les prétextes pour ne pas le montrer. Les puritaines diront « cachez moi cette vulve que je ne saurais voir » et surtout cachez là aux enfants qui ne comprendraient pas, car, franchement, les pauvres  risqueraient au pire de se coucher moins cons et au mieux de s’intéresser à leur corps pour les petites filles et à celui de leur futur partenaire sexuel … Quel dommage en effet ! Et puis c’est vrai que c’est complètement idiot de vouloir connaître la fonction de l’organe du plaisir… on n’est quand même pas venues dans ce bas monde pour se faire kiffer non ? On ne va quand même pas apprendre à se faire jouir ou à faire jouir son partenaire féminin, non mais ! On sait comment soulager les hommes, c’est déjà pas mal non ?

8 500 signatures sur une pétition pour interdire la publicité depuis et 1000 plaintes reçues par le CSA quelques jours seulement après la diffusion de cette publicité. 1000 plaintes provenant surtout de femmes qui voient d’un mauvais œil que ce qui les compose soit révélé au grand jour. 1000 plaintes qui qualifient de répugnantes, choquantes les images de cette pub. Alors forcément, je finis par me demander si on ne peut pas parler d’un retour à l’obscurantisme purement et simplement ! Pourquoi diable est-il si compliqué dans notre siècle et dans notre société occidentale de parler du sexe féminin, ou, au même titre, de masturbation féminine… Qui est responsable ? L’éducation ? Les conventions sociales ? La culture familiale ? Le poids de la religion ? Des religions ? De l’enchevêtrement de religions dans notre société ?

Y a-t-il réellement un coupable ? N’est-ce pas la nature qui a voulu que la vulve se terre dans un trou sombre et reste l’objet de mystères pour l’humanité toute entière ?

Impossible pour moi de répondre et de comprendre…

Auteure : Emily Negre

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(c) Ill. Pixabay

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Ecole supérieure de Publicité. Profil de l'ESP et articles publiés.

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