Télévision connectée, stimulatrice de téléchargement illégal ?

La social TV, on ne peut plus y couper. Pas une émission de télévision sans des @ ou des # affichés à l'antenne. Après la TV connectée l'année dernière, c'est désormais la social TV qui est la star des colloques...

Télécharger un film, regarder une série, écouter de la musique par le biais d’internet… Pour beaucoup ces pratiques sont devenues des actes de la vie courante. Très répandues, si elles sont faites illégalement , elles peuvent priver les auteurs de leurs droits et peuvent, dans certains cas, exposer l’utilisateur à des risques de sanctions.

Suite à la démocratisation des téléviseurs connectés mais aussi devant les difficultés de la loi Hadopi à lutter contre le piratage de contenus sur internet, un débat a logiquement émergé. Assisterons- nous à une nouvelle ère du numérique aux possibilités d’innovations multiples mais aussi à une recrudescence du téléchargement illégal ?

Suite à la démocratisation des téléviseurs connectés mais aussi devant les difficultés de la loi Hadopi à lutter contre le piratage de contenus sur internet, assisterons- nous à une nouvelle ère du numérique aux possibilités d’innovations multiples mais aussi à une recrudescence du téléchargement illégal ?

Hadopi : un château de sable ?

Depuis 2009, la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet (Hadopi) a été mise en place au sein du droit français. Sa principale mission réside dans la lutte contre le piratage sur internet par la mise en œuvre d’une procédure pédagogique et non répressive. Souvent dénigrée et remise en question quant à son efficacité, l’Hadopi présentait son deuxième rapport d’activité en octobre 2012. Les résultats divisent. 1 244 000 premières recommandations ont été adressées par courriers électroniques, 110 000 deuxièmes recommandations (adressées aux récidivistes de moins de six mois), pour seulement 362 notifications (nouvelle récidive dans un délai d’un an). Puisque 91 % d’internautes ont arrêté le téléchargement illégal suite à la réception du premier courrier Hadopi, la phase pédagogique semble donc fonctionner. De plus la Haute Autorité assure également une baisse de 43 % des œuvres piratées. Cependant ce dernier rapport révèle aussi que seulement deux condamnations ont été prononcées, la première a fait l’objet d’une dispense de peine et la seconde d’une amende de 150 euros en septembre 2012. Alors que la mise en place de cette loi a nécessité un budget d’environ 10,4 millions d’euros, voilà une facture élevée pour un bien maigre butin. Une information qui ne risque donc pas d’effrayer les adeptes du téléchargement illégal, D’autant que les dernières études montrent que les pratiques délictueuses n’ont pas diminué mais ont bien progressé. En effet les internautes se seraient peu à peu détournés des sites de téléchargements en P2P (plateformes de partage de fichier dits « Peer to Peer »), pour se diriger vers des méthodes comme le téléchargement direct (« streaming »), indétectable pour le moment.

Télévision connectée et piratage

La lutte contre le piratage de contenus sur internet s’avère être coûteuse, difficile à mettre en place et surtout très complexe. La multiplication des appareils connectés dans nos foyers ces dernières années n’a fait qu’accroître la problématique du téléchargement illégal. Parmi ces appareils, l’un d’entre eux tend à se généraliser très rapidement : la télévision connectée. Son taux de pénétration dépasse les 45 % et déjà plus de trois millions de foyers en sont équipés (étude médiamétrie/GfK). L’émergence de ce nouvel écran ouvre le champ d’une nouvelle ère où les frontières entre la télévision et internet s’estompent et où la profondeur de l’offre culturelle disponible, légale comme illégale, va continuer à augmenter.

L’apparition et la démocratisation des modes ouverts (intégrant un navigateur) dans les offres de télévision connectée suscite de vives réactions. L’utilisateur a ainsi accès à l’ensemble des contenus accessibles sur internet à partir d’une simple recherche dans un moteur de recherche ou en choisissant le site Web de son choix. Ce qui dès lors lui ouvre la voie à une consommation massive des contenus audiovisuels proposés sur internet comme sur les sites de partages de vidéos tels que YouTube ou Dailymotion, mais aussi les contenus illégaux proposés par les sites de streaming.

Une mission de concertation, d’analyse et de propositions sur les enjeux de la télévision connectée a été mise en place à la demande du ministre de la culture et de la communication et du ministre de l’industrie et de l’économie numérique à la fin de l’année 2012. L’un des enjeux fondamentaux de cette mission porte sur la régulation des contenus, la protection des publics, la protection des consommateurs et la lutte contre le piratage. Un débat au cœur même de cette mission a rapidement éclaté ces derniers mois : la télévision connectée va-t-elle ou non stimuler les pratiques délictueuses et généraliser le téléchargement de contenus piratés ou non régulés, notamment par le biais de sites de streaming ?

Vers de nouveaux modèles économiques ?

La télévision connectée suscite bon nombre d’inquiétudes vis-à-vis des opportunités de piratage qu’elle offre. Frédéric Mitterrand, alors ministre de la communication, déclarait début 2012 aux Assises du Numérique « Si l’avènement de la télévision connectée a pu nourrir des fantasmes, force est de reconnaître que certaines craintes sont fondées. Je pense en particulier à la protection des créateurs, dans la mesure où la télévision connectée peut constituer un accélérateur du piratage et du visionnage illégal de contenus ». L’expérience d’Hadopi montre d’ailleurs bien les difficultés réelles de réguler le partage de contenu audiovisuel sur internet et la TV connectée rend tous ces contenus facilement accessibles. Un point de vue partagé par un grand nombre de professionnels du secteur avec en chef de file l’ancien PDG de Canal +, Pierre Lescure. Chargé d’une mission de concertation sur la culture face aux enjeux numériques, il estime que la télévision connectée constitue une « porte grande ouverte » au téléchargement illégal car elle facilite l’accès à des sites de téléchargement, et ce, directement sur un support déjà dédié au visionnage. Il soulignait récemment la multiplication des appareils connectés et surtout la simplicité d’accès illégal à des contenus numériques dans un entretien accordé à RMC « En 2013[…], il y aura la télé connectée. Avec la télé connectée, le piratage sera inévitable. Dès lors que vous avez votre écran de télé, en quatre clics […], au lieu de passer de la 1 à la 6, vous vous pointez sur un site de téléchargement ». Le problème se situe aussi dans le fait que les jeunes internautes, « Digital Natives », n’ont parfois même plus conscience de pirater et d’enfreindre la loi tellement le téléchargement est devenu simple, rapide et sans aucun avertissement. Pierre Lescure ne manque pas de faire remarquer « Aujourd’hui les mômes veulent l’instantanéité, c’est le Net ; ils veulent l’universalité, avoir accès à tout ; et on leur a mis dans la tête que c’était mieux quand c’était gratuit ». La solution résiderait alors dans le maintien d’une riposte graduée (Hadopi) mais affinée et dans la concentration sur la bonification de l’offre légale et la vidéo à la demande (VoD).

Cependant, la crainte d’une recrudescence du piratage n’est pas partagée par tous. Beaucoup sont favorables à la démocratisation des téléviseurs connectés, source incroyable d’innovation à l’aube d’une nouvelle ère du numérique. Frédéric Pie, président de l’Hubee, a réagi aux propos de Pierre Lescure « Considérer que la télé connectée est une plateforme et un accélérateur du piratage, c’est faire un amalgame hasardeux entre le support et l’usage, entre les possibilités formidables d’un nouvel écran et une pratique qui n’a pas attendu la télévision connectée pour largement se développer ». Il rejoint donc le mouvement des « positivistes », qui plutôt que de diaboliser l’objet, ont conscience des multiples possibilités technologiques et souhaitent une télévision encore plus interactive et connectée pour ne pas qu’elle disparaisse. De ce point de vue, la télévision connectée va favoriser l’émergence de nouveaux acteurs prescripteurs, de services interactifs et donc de nouvelles pratiques des utilisateurs, où le piratage n’aura plus lieu d’être. Le point ne serait donc pas à mettre sur le manque à gagner par l’impact des nouveautés technologiques sur des « business models » dépassés, mais plutôt sur le devoir de se réinventer pour que les créateurs gagnent de l’argent différemment. Pour mémoire l’industrie du disque a mis beaucoup de temps avant de simplement offrir une alternative légale au téléchargement de MP3 piratés. iTunes a alors changé les choses en permettant de consommer différemment et à un prix « réduit ». En résumé la télévision connectée permettra le développement d’une offre très attractive pour accéder à des contenus audiovisuel, comme par exemple la mise à disposition à moindre coût de vidéos en Haute Définition, ce que ne permet pas le streaming sur nos téléviseurs…

Auteur : Arthur Lanvin

Un article de notre dossier Télévision connectée, télévision 2.0

Sources

  • Rapport de novembre 2011 sur la télévision connectée au ministre de la culture et de la communication et au ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique.
  • http://www.petitweb.fr/actualites/f-pie-p-lescure-confond-hier-aujourdhui-et-demain/
  • http://www.commeaucinema.com/afp/la-tv-connectee-remet-en-cause-la-chronologie-de-diffusion-des-films,236987
  • http://web-tech.fr/la-tv-connectee-va-t-elle-davantage-inciter-au-piratage/
  • http://www.lesnumeriques.com/hadopi-1-150-000-e-mails-avertissement-2-condamnations-n27559.html

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(c) Ill. : Smart TV – Shutterstock

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Ecole supérieure de Publicité. Profil de l'ESP et articles publiés.


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