Et si la mémoire éternelle était possible ?

Est-il possible de créer une mémoire absolue qui permettrait aux individus d'enregistrer chaque instant important ou anecdotique de leur existence dans un seul et unique but : ne plus rien oublier ? Retour sur l'expérience de Total Recall. Par Stéphanie Alvès.

Enregistrer sa vie et la stocker dans une mémoire virtuelle, tel est le pari fou de Gordon Bell et Jim Gemmel, deux chercheurs américains travaillant chez Microsoft et ayant publié un essai intitulé Total Recall, récemment adapté en français. Dans cet ouvrage, ils racontent comment il s’avère possible de se créer une mémoire absolue qui permettrait aux individus d’enregistrer chaque instant important ou anecdotique de leur existence dans un seul et unique but : ne plus rien oublier.

Quand la science dépasse la fiction et devient réalité

« Imaginez que vous ayez accès, d’un simple clic, à toutes les informations reçues au cours de votre vie », résume Bill Gates dans la préface de Total Recall. C’est la conviction de l’un de ses coauteurs Gordon Bell, pionnier de l’informatique et chercheur chez Microsoft depuis 15 ans. A l’origine, ce vétéran de l’informatique commence par numériser ses courriers, ses brevets, ses articles, ses dossiers pour se débarrasser des papiers. Très vite, il décide de pousser plus loin l’expérience en scannant aussi ses photos, ses diplômes ou encore les dessins de ses enfants. Ainsi est né son projet intitulé MyLifeBits (« Mes bouts de vie ») qui a pour ambition d’immortaliser chaque moment de sa vie et de prouver qu’il serait bientôt possible d’accéder à l’immortalité numérique.

Est-il possible de créer une mémoire absolue qui permettrait aux individus d'enregistrer chaque instant important ou anecdotique de leur existence dans un seul et unique but : ne plus rien oublier ? Retour sur l'expérience de Total Recall. Par Stéphanie Alvès.

Est-il possible de créer une mémoire absolue qui permettrait aux individus d'enregistrer chaque instant de leur existence ?

Avec le soutien de son employeur et l’aide de son collègue Jim Gemmel, Gordon Bell devient alors le propre cobaye de son expérience. C’est ainsi que, depuis plus d’une dizaine d’années, ce chercheur se balade avec un appareil photo autour du cou en toutes circonstances. Son ordinateur enregistre toutes les pages web qu’il visite et une multitude d’appareils (GPS, smartphone, capteur cardiaque…) enregistrent ses moindres faits et gestes. C’est ce qu’il appelle le lifelogging (enregistrement de sa vie).

Plutôt que de raconter son quotidien au travers de blogs ou d’images, Gordon préfère l’enregistrer en temps réel et la stocker. Il souhaite de cette manière évaluer la faisabilité du projet, mais aussi l’intérêt et le coût de la conservation de toutes ses données de vie pour, finalement, préparer le terrain à un Total Recall.

Une « e-mémoire » infaillible…

Le projet MylifeBits permet, au-delà d’obtenir une forme de vie éternelle, de mettre en place une véritable « e-mémoire », infaillible, qui offrirait la possibilité aux individus de revivre leurs premiers pas, leurs premiers mots, mais aussi les rencontres qui ont marqué leur existence ou encore les voyages qu’ils ont effectués. Une « e-mémoire » qui aurait également des applications concrètes, notamment dans le secteur médical en permettant, par exemple, à un patient de donner sa courbe de température à son médecin sur les deux dernières semaines. En somme, « lutter contre l’oubli » et « se rappeler ce qu’il faut quand il le faut », comme l’écrivent les auteurs, dans cet essai qui retranscrit donc la manière dont on peut parvenir à recueillir ses « e-souvenirs », organiser son « e-mémoire » et tirer parti de ce « cyber-double » en toute circonstance. Un mode d’emploi qui vante parfaitement les mérites du lifelogging.

Pour le meilleur et pour le pire

Pour Gordon Bell et Jim Gemmel, enregistrer chaque moment de sa vie par l’intermédiaire de divers outils est une manière de parvenir à un bien-être personnel. Un bien-être qui permettrait de transmettre ses connaissances mais aussi d’apprendre à mieux se connaître, en ayant la possibilité de revenir et d’analyser, quand on le souhaite, les comportements adoptés dans le passé. On lutterait également ainsi contre les effets du vieillissement, lorsque bien souvent les oublis se multiplient. Dans le même ordre d’idée, c’est aussi une solution intéressante pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou pour celles présentant des problèmes de mémoire.

Mais si ce projet paraît révolutionnaire, il pose néanmoins beaucoup de questions, comme le piratage de données, dont les auteurs se gardent bien de parler. Se pose également le problème de la mémoire absolue. De nombreux psychologues expliquent en effet que l’individu ne retient bien souvent que les informations qui lui semblent importantes et qui sont susceptibles de jouer un rôle dans sa vie. Dès lors, se souvenir de tout risquerait de « provoquer des interférences et, à force d’avoir trop d’informations, il deviendrait impossible de sélectionner, parmi elles, les plus pertinentes », comme l’affirme Arnaud d’Arembeau chercheur au FNRS, équivalent belge du CNRS et docteur en sciences psychologiques. Enfin, le risque de vivre continuellement dans le passé et de se déconnecter de la réalité est très important… Pourtant, parfois, rien ne vaut l’oubli.

Auteur : Stéphanie Alvès

Dossier marketing, innovation et prospective



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