Faut-il adopter l’extension .xxx du bout des lèvres ?

Le mois dernier, après de longues discussions, le .xxx a finalement fait son apparition sur la toile.  La nouvelle extension destinée aux contenus pour adultes est désormais ajoutée à la racine du Web.  Parfois décriée par l'industrie pornographique cette extension est pourtant incontournable et il importe de ne pas laisser passer les opportunités offertes par la nouvelle place de marché.

Le mois dernier, après de longues discussions, le .xxx a finalement fait son apparition sur la toile.

La nouvelle extension destinée aux contenus pour adultes est désormais ajoutée à la racine du Web.

Parfois décriée par l’industrie pornographique cette extension est pourtant incontournable et il importe de ne pas laisser passer les opportunités offertes par la nouvelle place de marché.

Retour sur une genèse compliquée

La décision du 18 mars dernier met un point final à une discussion qui s’est étalée pendant plus de dix ans.
L’idée avait été soumise en 2000, puis en 2004 à l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) et avait fait l’objet de nombreuses discussions, remises en question, malgré les efforts soutenus et renouvelés d’ICM, la société porteuse du projet.

C’est désormais officiel, il existe une extension (ou domaine) de premier niveau sponsorisé (sTLD et nTLD) destinée à l’industrie pornographique et aux contenus sexuellement orientés. Les critères de l’obtention de cette extension sont les suivants : il faut être détenteur du GTLD correspondant et proposer un contenu à caractère pornographique avéré.

Si cette extension a été aussi compliquée à mettre en place, c’est pour avoir rencontré une vive opposition d’un certain nombre d’institutions gouvernementales, politiques, religieuses, avoir fait face à un certain puritanisme à l’américaine et avoir ressenti une opposition au sein même de l’industrie pornographique.

Pourquoi tant de tergiversations ?

Eric Sansonny, Directeur France, Amen

Eric Sansonny, Directeur France, Amen

L’extension .xxx a pour vocation d’aider à organiser le web et à clarifier pour l’utilisateur la nature des contenus hébergés sur certains sites.

De prime abord l’effort peut sembler louable. Mais ce serait sans compter sur un certain nombre de craintes :
Il y a ceux qui craignent de légitimer l’industrie du sexe sur Internet.

Il y a ceux qui craignent que l’accès aux sites sexuellement explicites – quotidiennement rendu complexe par les moteurs de recherche – devienne plus aisé.

Il y a enfin ceux qui craignent d’être « ghettoïsés », et « parqués » dans des noms de domaines qu’il deviendra facile d’identifier et de bloquer si besoin. Il s’agit bien évidemment de certains des acteurs de ce même marché.

Pour les premiers et les seconds, on peut supposer qu’ils sous-estiment l’importance de la relation qu’entretiennent les internautes avec le sexe. Les chiffres du sexe sur Internet suffisent à convaincre que le phénomène n’est pas mineur et que les deux sont, qu’on le veuille ou non, intimement liés. A titre d’exemple, 25% des requêtes sur Internet concernent le sexe. Plus de 12% des sites Internet sont des sites hébergeant du contenu pornographique et près de 300 nouveaux sites voient le jour quotidiennement. Les moteurs de recherche suivent donc l’apparition de cette nouvelle extension avec une grande attention. En effet ils ne peuvent se passer du trafic et des revenus publicitaires générés par l’industrie pornographique. De plus, une extension exclusivement dédiée aux sites pour adultes pourrait tendre l’univers concurrentiel en voyant se multiplier les moteurs de recherche thématiques créant ainsi un manque à gagner pour les acteurs historiques.

Concernant le cas particulier de ceux qui accusent le .xxx de légitimer le sexe sur Internet et de présenter un risque pour les publics les plus jeunes en facilitant l’accès aux contenus explicites grâce à des domaines de premier niveau, il y a peut-être d’autres approches que celle qu’ils proposent.

Tout d’abord, si les bureaux d’enregistrement décidaient d’interdire le contenu pornographique sur les extensions autres que le .xxx, cela faciliterait grandement le filtrage et la protection parentale … mais abaisserait considérablement les revenus des bureaux d’enregistrement, le nombre des extensions .com pourraient être par exemple divisé par 3.

De plus, l’attitude adoptée jusqu’ici a consisté à vouloir « parquer » l’Internet du sexe et de développer des filtres parentaux à la fois complexes à mettre en œuvre, et à mettre à jour, et assez faciles à contourner. On peut se demander s’il ne faudrait pas plutôt envisager la création d’une extension de type .kids dédié à l’industrie du divertissement pour enfants et laisser le reste d’Internet … aux adultes.

Enfin, pour les derniers qui craignent d’être « ghettoïsés », on ne peut que leur donner raison à plus d’un titre, non seulement un certain nombre de pays bloque déjà, autant que faire se peut, l’accès aux sites à contenus sexuels, mais parmi ceux-là, certains ont déjà promis de bloquer le .xxx.

Pour cette catégorie également, le prix du .xxx peut également s’avérer prohibitif ; d’autant que certains possèdent des dizaines de noms de domaines.

Dans les faits, cela n’est un problème que pour les plus petits acteurs de l’industrie qui estiment le prix des nouvelles extensions un peu trop élevé, les grands noms avaient déjà pré-réservé leurs noms de domaines avant l’ouverture du marché.

Faut-il adopter le .xxx ?

Les avis sont partagés sur cette question.

L’ouverture de nouveaux noms de domaines ouvre à l’évidence de nouvelles opportunités. Certains noms génériques déjà utilisés à d’autres fins (jambes, cuir, lingerie) se sont libérés et offrent de fortes opportunités commerciales à ceux qui sauront les utiliser à bon escient. On peut s’attendre à ce que cela génère à la fois plus de trafic et plus de conversions.

Pour la question du prix, il faut reconnaître qu’ICM Registry entend être récompensée des nombreuses années d’efforts administratifs et juridiques qui lui ont finalement valu de pouvoir commercialiser cette nouvelle extension. On peut cependant imaginer qu’avec le temps le prix du .xxx soit revu à la baisse comme cela a été le cas pour le .com, dont le prix avoisinait les 100$ lors de sa mise sur le marché.

Il me semble que le .xxx doit encore convaincre l’industrie de la pornographie du bien-fondé de la démarche et des avantages qu’elle peut en retirer. ICM promet par exemple une plus grande sécurité des sites en triple x, de manière à créer un espace de confiance, idéalement protégé des virus et malwares. La société promet également que les sites hébergés sous cette extension bénéficieront de la notoriété du triple x et du marketing réalisé par la marque. Enfin la société imagine de mettre en place des systèmes de paiement dédiés qui faciliteront la conversion.

Au-delà de tout cela, je crois qu’il y a des raisons très pragmatiques qui poussent à adopter le .xxx dans les meilleurs délais.

L’expérience l’a prouvé, il est essentiel de ne pas tarder à réserver un nom de domaine, quelle qu’en soit l’extension. C’est encore plus vrai pour les sites internet à fort trafic qui veulent éviter ce que l’on appelle le cyber-squatting ou encore le phishing. Les webmasters le savent, le référencement internet est un travail de longue haleine et personne n’aime voir un trafic difficilement acquis partir ailleurs à la faveur d’un nom de domaine judicieusement choisi. Quand bien même on n’entend pas les utiliser à très court terme, il est parfois intéressant d’enregistrer un nom de domaine rapidement pour ne pas avoir à le racheter un peu plus tard à un prix exorbitant. Ce n’est une surprise pour personne : la spéculation liée aux noms de domaines est très loin d’avoir disparu. Elle touche déjà le .xxx. Alors certains, qui possèdent déjà un nom de domaine en .com ou .fr se sentiront peut-être contraints d’acquérir l’équivalent triple x de ce nom. C’est malheureusement le prix de la décision prise par l’ICANN le mois dernier.

Quel avenir pour le .xxx ?

Nombreuses sont les extensions auxquelles on promettait un avenir radieux. Mais au final, le .com reste toujours aussi hégémonique. Il est clair que la plupart des sites à caractère pornographique utilisent le .com comme extension principale. Certes, le .xxx permettra des avancées dans le filtrage parental et dans l’identification préalable du type de contenu associé au site hébergé, mais ne nous voilons pas la face : le .xxx ne pourra réellement s’imposer comme une extension majeure qu’à la seule condition que les autres registres modifient progressivement leur charte et conditions d’utilisation afin de bannir les sites à caractère pornographique de l’extension qu’ils gèrent. Est-on prêt à sacrifier des dizaines de millions de noms de domaine pour renforcer le filtrage et une meilleure identification des contenus ?

Auteur : Eric Sansonny, Directeur France, Amen

A lire sur Marketing Professionnel : Comment déjouer les « charmes » du .xxx ?

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