Le crowdfunding, une activité à un point d’inflexion

Le crowdfunding, une activité à un point d’inflexion

Le crowdfdunding est un sujet récurrent d’actualité aujourd’hui, d’autant plus avec les évolutions réglementaires récentes qui ont été annoncées en France. Il apparait notamment comme une solution de financement des TPE et des startups délaissées par les acteurs traditionnels. Ses caractéristiques spécifiques et sa dynamique de développement en font un modèle incontournable du financement.

Le crowdfunding est parvenu à un point d’inflexion

Fleur Pellerin a prévu d’annoncer aux Assises du Financement Participatif qui doivent avoir lieu à Bercy le 30 septembre 2013 les évolutions prévues du contexte réglementaire pour faciliter le développement du crowdfunding en France.

Celles-ci devraient créer un cadre légal et adapté pour les plateformes qui réalisent l’intermédiation de ce type d’opérations (« Petit » Etablissement de Paiement pour la collecte et la détention des fonds, « Conseiller en Investissement Participatif » pour les investissements en capital et titres, assouplissement des règles d’émission de prospectus d’information et introduction d’une exemption pour les prêts directs des particuliers).

Ce cadre légal devrait notamment permettre aux plateformes de financement en capital, titres ou prêts de se développer alors qu’elles sont actuellement entravées par les autorités de contrôle en l’absence de tout texte sur le sujet.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement similaire dans d’autres pays, que ce soit en Grande Bretagne ou en Italie qui ont passé des législations favorables au crowdfunding ou aux USA avec le « JOBS Act » qui comprend un volet crowdfunding sans parler de la Commission Européenne dont le commissaire Michel Barnier a annoncé une initiative en la matière.

Cette initiative reconnait aussi que ces activités sont en passe de sortir d’une phase d’émergence vers une phase de développement de masse. Cela est très visible aux USA qui se situent plus en avance sur la courbe de développement du secteur avec des acteurs phares comme Lending Club et Kickstarter.

Lending Club qui finance essentiellement des prêts particuliers a atteint en aout 2013 un montant de 190 millions $ de prêts émis par mois pour un encours cumulé de 2,5 Milliards $ avec un taux de croissance annuel de 173%. Rançon du succès, Google vient d’investir 125 millions $ chez Lending Club pour une capitalisation de 1,6 Milliards de $.

Kickstarter qui finance sous forme de contreparties symboliques ou de pré-achat des projets à la fois d’entreprise (au stade amont) et créatifs et artistiques a atteint un montant cumulé collecté de 788 millions $ en septembre 2013 pour 4,7 millions de contributeurs (dont 1,4 millions récurrents) et 49.000 projets présentés avec un taux de croissance annuel de 166%.

L’étude de référence de Massolution sur le marché mondial du crowdfunding montre un quasi doublement de l’activité de 2012 à 2013 avec 1 millions de projets financés en 2012.

Le financement des TPE et startups en crowdfunding

Nicolas Guillaume, cofondateur de la plateforme de crowdfunding FriendsClear

Nicolas Guillaume, cofondateur de la plateforme de crowdfunding FriendsClear

Le développement du crowdfunding est une opportunité particulièrement pour le financement des TPE et des startups mal couvert par les acteurs traditionnels du financement (banques mais aussi fonds et business angels).

Sur le segment des projets en phase amont, qui ne sont parfois même pas encore constitué en société, couvert par aucun acteur traditionnel, les plateformes contributives et de pré-achat (comme Kickstarter aux USA, KissKissBankBank et Ulule en France) apportent une solution.

Sur le segment des entreprises innovantes et à fort potentiel de croissance qui se trouvent sur le « funding gap » des acteurs traditionnels du financement (entre 100K€ et 1 à 2 M€ en capital), des plateformes comme Wiseed, Anaxago en France ou Seedr en Angleterre permettent d’effectuer des opérations de levée de fonds en direct.

Et sur le segment des TPE et PME qui recherchent des financements standards, généralement sous la forme de prêts, mais qui subissent les contraintes peu transparentes du resserrement de la politique de crédit des banques, des alternatives comme Funding Circle en Angleterre ou bientôt Unilend en France voient le jour.

Les caractéristiques différenciantes du crowdfdunding

Pourquoi le crowdfunding serait-il plus efficace que des modèles traditionnels ? Pour répondre à cette question, il faut garder en tête que le crowdfdunding est très lié au développement de la mise en relation sur internet et de se nouveaux usages et qu’il permet :

  • La description libre et riche, de manière autonome (en self-service) des projets par leurs porteurs de telle façon à « vendre » et « convaincre » ceux-ci en « racontant son histoire » et en mettant l’accent sur des éléments non pris en compte dans des circuits plus traditionnels
  • L’exposition à tous des projets et l’exploitation des mécanismes de viralité tant du côté des porteurs de projet que de ses contributeurs pour les faire connaitre
  • Des multiples possibilités d’interaction offertes sur les projets (relai de viralité, soutien, échange direct avec le porteur de projet, financement)
  • Des interactions d’une nature moins riche qu’un échange en face à face avec un expert mais en nombre bien plus important avec l’accès à une diversité d’expertises bien plus profonde et avec une réactivité et une rapidité permises par internet
  • Une sélection des projets par la foule (« intelligence collective ») –qui peut se faire indépendamment de la manière dont le projet est financé par la suite-
  • Une transparence et une traçabilité des opérations effectuées
  • Et bien sûr une mise en relation directe, désintermédiée, des financements entre porteurs de projet et investisseurs.

Le crowdfunding n’est donc pas un modèle uniquement financier mais il possède des caractéristiques différenciantes propres qui le rend attractif à la fois pour les porteurs de projet et les investisseurs. Ces caractéristiques le rendent aussi beaucoup plus complémentaire que concurrent des modèles traditionnels de financement (ce qui n’a pas encore été totalement compris par les acteurs traditionnels).

Une activité en devenir à fort potentiel

Le crowdfunding est une activité encore émergente. Certains segments dans certains pays, notamment aux USA qui sont plus avancés sur la courbe de développement, ont montré l’extraordinaire potentiel de croissance qu’il recelait, mais d’autres segments (notamment le financement en capital) restent encore en devenir.

Il n’en porte pas moins un potentiel de développement très important du fait :

  • De la profondeur importante du marché du financement et de la capacité du crowdfunding d’en occuper à terme une part significative, même si ses caractéristiques en font un investissement «alternatif » qui ne remplacera pas les produits traditionnels
  • De son adéquation avec certaines tendances sociétales de désintermédiation et de transparence qui s’illustrent notamment dans d’autres registres de la « consommation collaborative »
  • De sa capacité à apporter des solutions aux défaillances des formes traditionnelles du financement notamment pour les TPE et startups.

L’abaissement des entraves réglementaires, de la prévenance des acteurs traditionnels et la progression de son adoption promettent au crowdfunding un avenir en pleine accélération.

Auteur : Nicolas Guillaume, cofondateur de la plateforme de crowdfunding FriendsClear.
Blog de l’auteur.

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Un article de notre dossier Business Angels et financement de startups

(c) ill. Shutterstock – crowdfunding concept

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