‘Mangez bougez’, la fin de l’obésité ?

"Mangez bougez", la fin de l'obésité ? Hélène Pouthas

La mise à mort de la mal bouffe a sonné. Avec les campagnes « mangez bougez », l’État à mis en place un dispositif pour inciter les Français à mieux et moins manger tout en pratiquant plus d’activités sportives.

Depuis toujours, la France est considérée comme un pays de « bonne bouffe », contrairement à nos cousins d’outre-Atlantique pour ne citer qu’eux. Pour la majorité des français, les repas sont synonymes de convivialité, de durée, de famille et/ou d’amis. L’augmentation flagrante de l’obésité depuis la fin des années 50 est due à notre rapprochement de la culture américaine accompagné du changement de notre mode de vie (plus de transports, activités professionnelles sédentaires et tertiaires). Pour toutes ces raisons, les repas sont en effet plus courts et moins équilibrés (plus gras, plus salés…).

Manger pour vivre et non vivre pour manger

Avec la nouvelle réglementation imposée par l’État, les annonceurs ont dû changer leur fusil d’épaule et apprendre à parler différemment à leurs cibles afin de trouver de nouveaux biais pour les toucher. Ainsi, les enfants, grands prescripteurs lors des courses familiales, ne sont plus touchés que par les marques jugées politiquement correctes par l’État. Adieu, donc, les barres chocolatées et autres bonbons. En plus des mentions légales, les marques ont dû adapter leurs discours et changer les mises en situation de consommation de leurs produits. Avec le slogan « mangez bougez », la fameuse sentence, « il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » de Molière a désormais trouvé un nouveau souffle.

Les chiffres prouvent que la campagne semble efficace : une baisse significative du grignotage a été observée. 75,9% des personnes interrogées estiment manger de façon plus équilibrée. Mais « manger équilibré » signifie pour la plupart manger varié et non pas forcément, comme l’entendent les experts en santé, manger varié ET manger sain. Pourtant, dans la mesure où ce sont les Français qui jugent leur alimentation, sont-ils aussi qualifiés que le seraient des nutritionnistes ou des professionnels de santé ? Néanmoins, une tendance légère montre que les Français semblent manger moins salé, moins gras et plus varié, ce qui est déjà une avancée.

Des résultats encore difficiles à quantifier

Outre les problèmes génétiques, ce sont les classes sociales les plus pauvres qui souffrent le plus de l’obésité. Ils ont moins d’argent à consacrer au budget nourriture et ont donc accès à moins de choix. Les produits les plus accessibles, de faible qualité, sont saturés en sucres (pour le goût) et en sel (pour piéger l’eau et en augmenter le poids).

De même que, pour le moment, aucune étude n’a montré une baisse réelle de la consommation de tabac depuis son interdiction dans les lieux publics, les effets de la campagne « mangez bougez » sont, pour l’instant, difficiles à quantifier.

Toujours dans le domaine de la santé publique, une baisse significative de la consommation d’alcool a été mise en évidence par le Baromètre Nutrition des Français. Mais, dans le même temps, il y a une augmentation de consommation de boissons sucrées. Amélioration toute relative en matière de diététique donc.

Par ailleurs, en 2009, les fruits et légumes sont plus nombreux dans nos assiettes même si la hausse est faible. Celle-ci est mise en évidence au regard des chiffres de 2002. Difficile donc de savoir si cette hausse est due à la campagne ou non, d’autant que, en période de crise économique, l’aspect financier est un véritable frein à l’augmentation de la consommation des fruits et légumes. Les personnes les moins aisées ont donc moins facilement accès à ces produits;

Enfin, les chiffres sur l’obésité en France ne diminuent pas. Nous sommes donc en droit de contester cette pratique qui consiste à prévenir les maux potentiels en alertant les Français sur tout ce qui pourrait porter à risque. En revanche, dans la mesure où le surpoids et l’obésité sont de véritables problèmes de santé publique (notamment en raison des nombreux troubles qu’ils peuvent entraîner) l’État se doit d’alerter les contribuables.

Sommes-nous dorénavant les citoyens d’un pays aseptisé ? Le pays du bon vin et de la gastronomie n’est-il pas, en vertu du désormais bien connu « principe de précaution », en train de perdre son identité, sans goûts ni passions? Aujourd’hui, Antoine Blondin pourrait-il encore écrire ses romans d’ivresse ? Que serait devenu Serge Gainsbourg sans ses Gitanes ? Et Bernard Loiseau serait-il toujours ce merveilleux ambassadeur de la culture française à travers le monde ?

Auteur : Hélène Pouthas

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