Comment identifier et gérer un pervers narcissique au service marketing ?

Harcèlement moral dû à un pervers narcissique en entreprise, au bureau. Comment repérer ses sabotages et se protéger ? Une réponse avec la psychanalyse

Les pervers narcissiques sont des « serial killers » nettoyant méthodiquement tous les services dans les entreprises, y compris les services de marketing, en éliminant de façon insidieuse et efficace les salariés dont la hiérarchie ne veut plus.

Ces attaques perverses se sont développées ces dernières années, comme le relevait Marie-France Hirigoyen, auteur de « Le harcèlement moral » paru en 1998, ouvrage mettant en lumière les mécanismes du harcèlement moral. L’arbitraire et les actes brutaux auraient été remplacés par les manipulations et les abus qui se sont banalisés sur le lieu de travail.

Profil du pervers narcissique au travail

Le pervers narcissique est issu d’un savant mélange de deux pathologies bien connues des psychanalystes : la perversion qui consiste à accomplir des actes immoraux, à ne pas avoir la perception de l’interdit et à ne pas se sentir coupable des actes commis ; et le narcissisme qui consiste à n’aimer que soi, la libido du narcissique est retirée de l’Autre et est réinvestie massivement en lui-même. L’Autre n’existe pas.

De fait, le comportement du pervers narcissique se caractérise par une absence d’empathie, de remord et de culpabilité. Il est froid, insensible et sans principes car il ne connaît pas les limites posées par l’interdit moral. Il désire s’approprier l’Autre non pour lui ressembler, mais pour le détruire.

Comment repérer un pervers narcissique au bureau ?

Le pervers narcissique est une personnalité à fort charisme qui va dans un premier temps séduire sa victime en la plaçant au centre de toutes ses attentions, en la valorisant. Cette phase est qualifiée de lune de miel car il sera un chef leader à l’esprit brillant, un supérieur souriant et affable, bref : un être parfait au comportement irréprochable avec ses subordonnés. Paul-Claude Racamier dans « Génie des origines » paru en 1992, écrit que le pervers narcissique « se montre socialisé, séducteur, socialement conforme, et se voulant super-normal. La normalité, c’est son meilleur déguisement ».

Cependant, cette période de lune de miel ne durera pas car très vite le masque d’amabilité va tomber et l’entreprise de dévitalisation psychique de la victime va démarrer par un méticuleux travail de sape. La victime va peu à peu perdre confiance en elle et être détruite à petit feu. Il va prendre le contrôle de sa victime insidieusement en utilisant ses faiblesses pour la soumettre et exercer son pouvoir sur elle. Elle pourra aller jusqu’au suicide. La relation n’est pas fondée sur l’échange, mais sur la volonté de destruction psychique.

Repérer les procédés du pervers narcissique en entreprise

Valérie Sengler, psychanalyste sur Paris. Consultations de psychanalyse à St Mandé

Valérie Sengler, psychanalyste sur Paris St Mandé / Vincennes

Le pervers narcissique va dénigrer, isoler, souffler le chaud et le froid sur sa victime afin de lui faire perdre pied avec la réalité. Il va par exemple utiliser la double contrainte qui consiste à donner deux ordres opposés faisant que si la victime obéit à l’un, elle désobéira obligatoirement à l’autre. La communication n’est jamais claire et directe, il dévalorise, stresse, infantilise, culpabilise la victime qui souvent dira « tout est de ma faute » car le génie du pervers narcissique est de faire perdre à sa victime tous ses repères et de la faire se sentir coupable de ce qui lui arrive. L’idée que c’est lui qui pourrait être à l’origine de son mal-être ne va ni l’effleurer ni le remettre en cause. Ce ne sera que par le biais d’un travail psychanalytique qu’elle prendra conscience de ce qui a vraiment été à l’œuvre dans cette relation.

Que ressent la victime ?

La victime va avoir des difficultés de concentration, elle va effectuer ses tâches au ralenti alors qu’il la soumet à des contrainte temporelles, elle peut par exemple souffrir de troubles du sommeil. Les répercussions sur son corps avec le déclenchement de maladies psychosomatiques seront le corolaire de ce stress permanent.

La victime pourra faire un burn-out dans le meilleur des cas et éventuellement tenter de se suicider. Loïc Scoarnec, fondateur de « L’association harcèlement moral stop » déclare qu’il est impossible de chiffrer l’ampleur des suicides dus au harcèlement moral.

Le pervers narcissique et sa victime se choisissent ils ?

Les victimes ont des caractéristiques communes, ce sont des personnes souffrant d’un manque de confiance en elles, elles sont souvent soumises et vulnérables, ce qui fait qu’elles culpabilisent facilement.

Ces failles auxquelles nous pouvons ajouter le manque d’estime de soi, vont avoir pour conséquence que les victimes vont répondre en priorité aux besoins de l’autre. Isabelle Nazare-Aga dans « Les manipulateurs sont parmi nous » les décrit comme des personnes qui « respectent peu leurs propres besoins et font tout pour que l’on ait d’elles une image positive, elles se voudront extrêmement généreuses pour ne pas être qualifiées d’égoïstes ».

Sans doute qu’en partie, les victimes sont responsables car elles vivent essentiellement à travers le regard d’autrui et le jugement d’autrui. Un travail psychanalytique pourra être bienvenu car il va leur permettre de se centrer sur elles et de vivre pour elles, et non plus à travers le regard ou le jugement de l’autre.

La démission, seule solution ?

Admettre que le pervers narcissique relève de la pathologie, qu’il n’est en aucune façon susceptible de changer et enfin entrevoir qu’il ne s’agit ici pas d’un problème de relationnel difficile permet à la victime d’entamer un processus de deuil et de chercher comment résoudre son mal-être.

La meilleure solution est toujours dans ces cas la fuite, même si des contraintes budgétaires et de rémunération sont parfois à prendre en considération.

Cependant, si la démission n’est pas possible dans l’immédiat, Isabelle Nazare-Aga (op. cit.) propose dans le chapitre « apprenez à contre manipuler » toute une série d’exercices avec des corrections. Cet apprentissage, pour l’avoir expérimenté, se révèle être extrêmement efficace.

Pour finir, afficher de l’indifférence face aux attaques, ne pas donner prise en dévoilant le moins possible sa vie, s’affirmer et apprendre à dire non sont des solutions qui vont permettre à la victime de se défendre le temps d’organiser sa fuite.

Enfin, Loïc Scoarnec, affirme « qu’il suffit souvent d’un courrier de l’association pour faire cesser les agissements »…

En conclusion, une société où la priorité est donnée à l’image de soi, exacerbée par un effritement des liens sociaux et un essor de l’égocentrisme, semble avoir produit des individus sans morale et au narcissisme sans limite. Par conséquent, plus d’humanité et de respect de l’Autre serait un bon début pour réduire ces agissements. J’entends par là que cela suppose que chacun modifie son être au monde et à l’Autre.

Au niveau individuel, il me semble que si nous sommes en prise avec un pervers narcissique, la fuite reste malheureusement la solution idéale. Je terminerai cependant par une note positive : après un travail psychanalytique, donc un travail sur soi et sur son histoire, les éventualités de se retrouver face à des pervers narcissiques s’amenuisent pour au final être réduites à zéro. Le travail psychanalytique mettra fin au schéma de répétition et fermera définitivement la porte aux pervers narcissiques.

Auteure : Valérie Sengler, Psychanalyste

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Un article de notre dossier : Emploi & fonction marketing

Aller plus loin : Approche psychanalytique du pervers narcissique en entreprise

(c) ill. Shutterstock

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