Le commerce équitable, un commerce durable ?

Commerce équitable, commerce durable ?
Commerce équitable, commerce durable ?

Commerce équitable, commerce durable ?

L’arrivée des produits issus du commerce équitable en grandes et moyennes surfaces a propulsé les labels Max Havelaar ou Fair Trade sur le devant de la scène. Si ces produits étaient jusqu’alors réservés à une clientèle plutôt CSP+ voire Bobo, ils sont aujourd’hui largement démocratisés d’où une augmentation notable des ventes (+22% depuis 2009). Les produits équitables ont donc le vent en poupe et surfent sur un amalgame certain autour du Bio, de l’équitable et du durable. Entre simple effet de mode ou tendance pérenne, le commerce équitable peut-il être durable ?

Quelques tendances durables vers le mieux consommer

La crise est toujours très présente dans les esprits. « Consommer mieux pour vivre mieux », tel pourrait être le nouveau credo des français. Mais consommer mieux, ne se résume pas à mettre de l’éthique et du vert dans les assiettes !

Les français sont toujours plus vigilants : ils comparent les prix, se soucient de la qualité, de la provenance et de la composition des produits. Ils ont dorénavant pris le partit de consommer « écolo-nomique » en rationnalisant leurs achats et en luttant contre le gaspillage. Il n’est donc pas étonnant de remarquer un engouement certain pour un commerce alternatif où les brocantes et les trocs s’imposent comme références.

Le commerce équitable aux allures de développement durable

Un commerce à dimension sociale mais des relations tendues

Le Commerce équitable prône des valeurs de respect des producteurs et des méthodes de production, mais vise également à développer les connaissances techniques et commerciales des populations du Sud. Il est certain que les pays du Sud tirent des bénéfices du commerce équitable. Par exemple, des formations sont proposées afin d’acquérir un meilleur professionnalisme et de mieux appréhender un marché qui parait compliqué. De plus, grâce au prix « juste » qu’offre le commerce équitable, les familles peuvent plus facilement scolariser leurs enfants. Sur le long terme, cela signifie une meilleure insertion sociale et professionnelle.

Cependant, on constate deux principaux échecs sociaux. Au niveau macrosocial, le commerce équitable est soumis à la loi de l’offre et la demande, et parce que l’offre est supérieure à la demande, le Nord reste dans la position de dominant. Au niveau microsocial, les écarts de revenus sont très disparates, certains producteurs peuvent par exemple rester très longtemps (de nombreuses années) sans avoir de contrat.
De plus, un sentiment de protectionnisme se développe du fait que les pays du Nord viennent contrôler la bonne application des normes par le Sud ; des normes décidées au Nord.

Comme le disait Max Havelaar France, « le commerce équitable n’est pas la panacée », et il reste bien des défis à relever pour atteindre les objectifs initiaux.

Un pôle économique à double facettes

Économiquement, le commerce équitable se porte bien. L’un de ses principaux atouts est sa disponibilité et sa visibilité en GMS où 67% de ses produits ont été vendu en 2007. C’est cette visibilité qui a incité les marques à porter le label « Fair Trade » : elles ont doublé en l’espace de deux ans ! Malgré la crise et les prix élevés du commerce équitable, les ventes sont en hausse depuis 2008 : +10% pour le café, +13% pour les bananes, +49% pour le riz et +100% pour le sucre de canne et les fruits secs, produits plus rares. La crise a-t-elle sensibilisée l’opinion publique, pensant qu’elle se doit d’aider les pays en voie de développement en achetant durable ?

Pour autant, ce commerce ne permet pas aux petits producteurs de suffisamment se développer. Les consommateurs sont freinés à l’achat par le manque de profondeur des gammes mais le facteur le plus important reste le prix. 46% des français déclarent « je ne sais pas où en trouver », « cela se trouve moins facilement que des produits classiques ». Quant aux prix des matières premières, leur hausse incite les coopératives à devenir plus exigeantes au niveau de la qualité des produits. Les agriculteurs du sud sont donc de plus en plus tentés de privilégier les filières de vente traditionnelle. Le manque de communication des GMS pour ce type de produits est également à prendre en considération comme frein à la croissance.

Environnement, le maillon faible d’un commerce équitable soutenable ?

Avec l’exploitation massive des ressources, la pression de l’Homme sur l’environnement naturel est devenue insoutenable. La situation touche aujourd’hui directement les petits agriculteurs du Sud. Le commerce équitable devrait-il alors être abandonné pour le bien être de la Planète ? Il est naturellement préférable de favoriser l’économie locale afin de limiter l’impact des transports Sud/Nord. Pour autant, si le kilomètre alimentaire est à prendre en considération, le mode de transport est lui aussi primordial. Le bateau est alors préférable à l’avion, lorsque la situation s’y prête. Une fois transportés du Sud vers le Nord, les produits équitables doivent encore parcourir bon nombre de kilomètres. Il faut noter que le coût environnemental est 10 fois plus élevé sur le segment point de vente/domicile que depuis le pays d’origine. En dépit des kilomètres parcourus, l’équitable reste un commerce plus respectueux de l’homme et de son environnement avec une utilisation raisonnée des pesticides qui en fait un modèle assez proche de l’agriculture Biologique. Si le levier écologique du commerce équitable ne semble pas le meilleur moyen pour lutter contre le réchauffement climatique, certaines solutions compensatoires doivent être envisagées, afin de réconcilier l’équitable et le durable (valorisation des déchets, utilisation d’énergies renouvelables).

Le commerce équitable a-t-il un avenir ?

Si l’on peut se demander dans quelle mesure le commerce équitable rentre dans une logique de développement durable, sur les plans sociaux, environnementaux et économiques, nous pouvons également nous questionner sur son caractère durable, dans le temps.

La tendance actuelle du mieux consommer, la prise de conscience générale, l’appui des médias, permettent au commerce équitable de trouver une croissance au rendez-vous chaque année.

N’est-ce pas qu’un effet de mode qui pourrait retomber comme un soufflet, ou voir les ventes stagner, si l’achat de ces produits ne se restreignait qu’aux catégories aisées ? Un soutien des pouvoirs politiques, des médias et des institutions est nécessaire pour maintenir élevé l’intérêt de la population, et faire de l’achat responsable, un acte citoyen et plus seulement un achat tendance…

Une dernière interrogation persiste. Si le niveau de consommation venait à accroître de manière significative, comment les petits producteurs pourront répondre à cette demande, en évitant l’écueil de la production massive, peu respectueuse de l’environnement ? Les pressions économiques n’auront -elles pas un effet néfaste sur les relations entre les producteurs du Sud et les distributeurs du Nord ?

Auteurs : Élodie Bourgeois, Camille Lopez, Aurélie Machado, Marion Rémy



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