Le comportement et les valeurs des Français décryptés

Rémi Sansaloni, TNS Sofres, livre son analyse sur les valeurs des Français.
Rémi Sansaloni, TNS Sofres, livre son analyse sur les valeurs des Français.

Rémi Sansaloni, TNS Sofres, livre son analyse sur les valeurs des Français.

Le Marketing BOOK 2010 de TNS Sofres vient de paraître pour la quinzième année. Il dresse un état des lieux complet de la consommation en France, en décortiquant notamment les modes de vie et les évolutions des comportements des Français et les marchés de produits de grande consommation.

Rémi Sansaloni, Responsable des Etudes Documentaires au Planning Stratégique de TNS Sofres, nous livre son analyse sur les valeurs des Français.

Lorsqu’on aborde le comportement des Français sous un angle axiologique, il convient de prendre en compte le poids du conjoncturel et du structurel. De ce point de vue, les dernières années montrent que les Français ne vont pas bien : poussée de l’irrationnel, davantage de stress et de nervosité, des jeunes hommes plutôt machos, une fracture intergénérationnelle qui se creuse. Du côté des valeurs, nous mettrons l’accent sur quatre dynamiques récentes…

Rémi Sansaloni , Responsable des Etudes Documentaires au Planning Stratégique de TNS Sofres.

Rémi Sansaloni , Responsable des Etudes Documentaires au Planning Stratégique de TNS Sofres

Un pessimisme pérenne

L’opinion des Français sur la situation économique s’est encore détériorée : ils sont plus pessimistes sur leur situation financière future et sur l’évolution de leur niveau de vie. Baisse de moral quant à la situation globale, mais également sentiment de ne plus s’en sortir. Autre inquiétude, celle se rapportant au modèle social et marquée par la crainte de voir disparaître des valeurs comme la solidarité. Un sentiment renforcé par la crainte de déclassement social d’une partie de la classe moyenne.

La dyade résignation-radicalisation

Résignation : face au capitalisme, accepté par défaut ; face à la violence urbaine, qu’on ne peut endiguer vraiment ; face aux plans sociaux ; face à la pollution et à la capacité d’action individuelle des citoyens.

Radicalisation avec la montée de l’extrême-droite, la séquestration des dirigeants, les suicides en entreprise. Radicalisation de la justice avec la judiciarisation des conflits et la victimisation de la justice.

Ce qui est nouveau, c’est la structuration dyadique de ces deux postures, comme un bipôle indissociable, l’avers et l’envers d’un comportement un peu désespéré et qui ne semble pas entrevoir un horizon de positivité. Cette dyade renforce le pessimisme exprimé par les Français ; elle accentue le fossé qui se creuse dans leur esprit entre le réel et le ressenti ; elle structure une posture négative face à la réalité et nourrit le sentiment de perdre la main et de ne plus maîtriser ses propres choix ; elle pèse négativement sur une approche rationnelle de sa propre situation.

Le bonheur, une valeur relative

86% des Européens se déclarent très ou plutôt heureux ; et un peu plus de la moitié affirme être aussi heureux en 2009 que l’an dernier. Ce qui les rend heureux ? Avant tout, les relations nouées avec l’entourage proche (famille, partenaires, amis).

La notion de bonheur est dépendante du sentiment de contrôle sur sa vie. Les individus estimant avoir la liberté de choix et d’action sont plus nombreux à se déclarer heureux que ceux ayant le sentiment de subir les événements. Un Français sur deux considère avoir le contrôle sur la manière dont sa vie se déroule. Autre élément pesant sur le sentiment de bonheur, l’autopositionnement social. Ceux qui perçoivent leur situation comme meilleure que celle des autres Français ou de leurs parents se reconnaissent plus heureux. Corollaire, la crainte de déclassement social va impacter le sentiment de bonheur et la vision positive de l’avenir.

La devise républicaine a du plomb dans l’aile

Les Français déclarent se sentir de moins en moins libres. En cause, l’augmentation des restrictions, des interdits et des recommandations dans la vie quotidienne ; des contrôles radars de plus en plus nombreux. 67% considèrent que la société est «de plus en plus inégalitaire» et 52% lient ses inégalités «au fait d’avoir un emploi stable ou non». Six sondés sur dix pensent que la fraternité est de moins en moins présente. Un recul imputable, selon eux, au repli des gens sur eux-mêmes du fait de conditions de vie difficiles, à la crise économique ou à l’usage excessif d’Internet et du téléphone mobile au lieu de se parler.

A la recherche d’un vivre-ensemble

Exit les valeurs transcendantales. Place à celles qui permettent de supporter le quotidien et tenter de mieux vivre ensemble. Les cinq valeurs considérées comme les plus importantes pour les Français : la politesse, la sincérité, l’écoute, le sens des responsabilités et la gentillesse. Signes d’attachement des Français pour la politique et la volonté d’instaurer des rapports civilisés ? Ou bien d’une certaine mollesse face à des valeurs plus dynamiques comme l’enthousiasme, l’esprit critique ou l’audace ? En tout état de cause, ce vivre-ensemble s’applique d’abord aux proches (famille, amis, groupes de pairs).

A lire sur Marketing-Professionnel : L’état de l’opinion, TNS Sofres, sous la direction de Olivier Duhamel et Brice Teinturier

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