Lorsque le corps s’emmêle, la société s’en mêle

Lorsque le corps s'emmêle, la société s'en mêle - Majda Alkagh, Hafida Derouiche, Damien Guignard, Marion M’selam et Céline Amoussou

Le corps incarne la représentation sociale et prend une place de plus en plus prépondérante, notamment en Occident. Temple de l’apparence, il garde et reflète chaque empreinte de la vie.

Si l’on croit avoir de l’emprise sur lui, on réalise qu’il est difficile à dompter.

De sa représentation artistique à celle en société, quelle place accorder aux images du corps ? Existe-t-il une représentation du corps ou un corps en perpétuelle représentation ?

Des accords entre arts et corps

Yves Saint-Laurent

Yves Saint-Laurent

En cette période morose, le corps n’est pas en crise ; au contraire, il est au cœur de l’actualité, notamment artistique. À Paris, pléthore de musées plantent le décor : Our Body , l’exposition où des corps humains sont exposés fait polémique ; pourtant, elle s’avère être un succès populaire et est à l’espace 12 Madeleine jusqu’au 10 mai 2009.

Auparavant, le musée du Quai Branly avait lancé l’exposition Qu’est-ce qu’un corps (2007) puis d’autres avaient suivi, à la cité des Sciences ou récemment au Trocadéro avec l’Observatoire Nivéa. Cette volonté de rendre accessible le corps laisse sous-entendre que celui-ci n’est pas encore apprivoisé et qu’il demeure mal connu. En Allemagne, un jeune photographe s’est interrogé sur le rapport du corps au textile. Pour lui, l’être humain n’est révélé que par la nudité. Il propose ainsi sur son site Internet de regarder 24 personnes habillées, puis de les dévêtir d’un simple clic de souris. Derrière ce projet artistique, le photographe permet en outre à chacun d’assouvir ses désirs voyeuristes.

Depuis les périodes antiques, le corps fascine. Déjà à Athènes, les sculpteurs n’avaient pour but que la recherche du canon idéal ; la perfection étant symbolisée par l’harmonie et l’équilibre des courbes.

Ce culte du corps s’est par la suite développé, passant même à l’extrême dans les années 1950-1960 autour du mythe de James Dean et de Brigitte Bardot.

Pourtant en 2005, 47 % des sondés interrogés par TNS Sofres pour Le Pèlerin reconnaissaient que « l’importance donnée au corps est trop importante. »

À la recherche du corps en or : des rites qui irritent, des errances qui dérangent

JP Cluzel

JP Cluzel

Une vraie différence existe dans la perception des corps : le rapport au corps est culturel. Si en Afrique ou en Océanie, les modifications du corps sont symboliques ou perçues comme rituelles, en Occident, elles ont une tout autre signification.

Les cultures indiennes et africaines ont toujours attaché une importance majeure au tatouage. Pour elles, il symbolise l’ornement, la séduction, mais surtout un rituel (comme le passage à l’âge adulte chez les Maoris). De même, chez certains peuples, comme au Bénin, la scarification est une nécessité pour respecter les coutumes, comme l’excision, malgré les dangers qu’elle comporte.

A contrario, dans le pays occidentaux, les pratiques que l’on fait à son corps sont perçues comme des conduites à risque, notamment lors de l’adolescence où l’on veut se rendre maître des changements corporels. À cette période de la vie où le manque de maîtrise est parfois inéluctable, l’envie de prendre le dessus sur son corps se fait pressant.

Le tatouage a longtemps été un acte marginalisant (prisonnier tatoué) voire de déshumanisation (tatouage aux fers chauds des esclaves). De même, en Occident, la symbolique du marquage de la peau est totalement différente ; la scarification traduit au mieux un mal être, au pire un trouble mental.

Aujourd’hui encore, le tatouage fait débat, surtout lorsqu’il ne relève plus de l’intime. Ainsi l’actuel président de Radio France, Jean-Paul Cluzel, a posé torse nu, mettant en avant ses tatouages pour le calendrier d’Act Up. L’initiative a largement été commentée et fut jugée par beaucoup déplacée.

Quand la publicité dévore les corps

Benetton

Benetton

Pour Oliviero Toscani , photographe célèbre pour avoir immortalisé les campagnes Benetton des années 1980 à 2000, celui qui ne transgresse pas n’est pas un vrai artiste.

C’est l’un des premiers à avoir mis en scène les corps, notamment en les montrant rongés par la maladie ou en utilisant les différentes parties du corps pour véhiculer des messages (campagne HIV Positive pour Benetton). Il a souhaité faire ces publicités troublantes pour que la société s’interroge. Mais c’est en mettant à nu le corps, à travers une campagne avec différents sexes alignés (cf. illustration supra), qu’il a su bouleverser la représentation du corps humain. Le masculin – féminin apparaissaient sur un pied d’égalité, au même titre que les différentes ethnies. De cette façon, le corps devient porteur de valeurs et nouvel espace de dialogue.

Anorexie...

Anorexie...

Sa dernière controverse remonte à 2006, lorsqu’il a signé la campagne pour la marque Nolita, en prenant pour mannequin une jeune Française anorexique. En plus de choquer, cette publicité a eu le mérite d’interpeller les différents pouvoirs publics et de réglementer davantage les campagnes publicitaires. Depuis avril 2008, une charte sensibilise sur la diversité corporelle et informe le grand public sur l’utilisation de l’image du corps, notamment dans la publicité.

Par ailleurs, selon le site de l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité), le secteur qui transgresse le plus les règles dans la représentation des corps reste le textile, ce qui peut néanmoins paraître paradoxal.

Le corps sera-t-il demain encore au cœur de nos préoccupations ?

Entre les révolutions génétiques et technologiques, quelle place sera accordée au corps dans le futur ?
En 1996, le clonage de la brebis Dolly était apparu comme une révolution. Toujours critiqué, ce processus continuera à faire débat dans les années à venir, et interroge aussi sur la reproduction du corps pour rester dans la normativité.

De plus, CNN a innové lors des dernières élections présidentielles américaines avec l’utilisation de l’hologramme d’une envoyée spéciale pour couvrir la soirée électorale. Le corps devient par conséquent télé transportable.

Enfin, la biométrie risque de totalement modifier le rapport au corps.

Ces différentes évolutions futures promettent des bouleversements, notamment autour des questions liées à l’identité.

Auteurs : Majda Alkagh, Hafida Derouiche, Damien Guignard, Marion M’selam et Céline Amoussou

1 – http://www.ourbodyacorpsouvert.com/
2 – http://www.naked-people.de
3 – http://www.olivierotoscanistudio.com
4 – http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=2375

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