Mon corps et sa mise en scène par le tatouage

Mon corps et sa mise en scène par le tatouage
Mon corps et sa mise en scène par le tatouage

Mon corps et sa mise en scène par le tatouage

Le social nous marque dès l’enfance. Le corps est la première forme d’expression physique de nos pensées et de notre personnalité. Nous nous mettons en scène dans l’affichage exacerbé de notre présence ou en nous camouflant.

Selon Didier Anzieu « Il y a dans l’acte de se tatouer la nécessité de venir matérialiser la barrière symbolique que joue la peau. Par cette « prothèse cutanée » le tatoué tente de réparer un « moi-peau » raté ou défaillant. » (Le Moi-peau)  Tout se passe comme si l’individu se sentait à l’étroit dans son image originelle et ressentait le besoin d’élargir cette image.

Le tatouage, une tendance contemporaine

Se faire tatouer n’est pas juste une mode, cette tendance va au-delà. La mode s’alimente de la nouveauté, de l’éphémère et du renouvellement. Dans cette logique, le tatouage, dessin indélébile, s’apparente plus à un mode de communication, une démarche individuelle, une liberté, dictée par différentes motivations. Le marquage corporel peut révéler bien des choses sur celui qui l’a choisi et trouve son essence dans le rapport que l’individu a de lui-même, avec les autres et face à la société.

Une bipolarisation de notre personnalité

Alors que nous passons de plus en plus de temps à nous occuper de notre corps pour répondre à des idéaux, la conformité ne semble plus être au goût de tous. La marque démarque.

« La marque corporelle affiche l’appartenance à soi. Elle traduit la nécessité de compléter personnellement un corps insuffisant à lui-même à incarner l’identité personnelle » selon David Le Breton (Signes d’identité : Tatouages, piercing et autres marques corporelles). Le corps devient alors ce que nous sommes, le reflet de notre identité. Il n’est plus produit de la nature mais de la culture.

Mais notre corps est également l’interface entre nous et les autres. Il nous pose dans la société par rapport au reste des individus. En marquant son corps, le tatoué marque son unicité mais également son appartenance, il appartient alors à une communauté référente ou plus globalement à la communauté des tatoués ; « les marques corporelles sont un mime de dissidence, une manière de jouer à l’écart tout en participant au fonctionnement social » précise David Le Breton.

Un langage du corps semblant donner à voir ce qui ne peut être dit

En psychologie, le tatouage serait « le propre d’une personnalité troublée qui s’exprime peu ou mal verbalement et invente donc un autre mode de communication ».

De manière certaine, le tatouage est un moyen de communication non verbale qui a son langage, ses signes, ses codes… Ceux-ci comportent à la fois du sens mais font également référence a des valeurs.

Plus significatif et impliquant qu’un badge ou un vêtement, le tatouage délivre un message. Plus ou moins direct, c’est un message personnel ou au monde, qu’il soit revendicateur, provocateur, sentimental, érotique ou simplement décoratif.

Tatouage : le storytelling de sa vie

Tatouage, le storytelling de sa vie

Le storytelling de sa vie

Certains s’offrent un cahier, rédigent des blogs et d’autres se tatouent. Toutes ces personnes sont guidées par les mêmes motivations : s’exprimer avant tout, se démarquer mais surtout avoir prise sur leur histoire, sur ce qu’ils sont, ce qu’ils aiment…

Ainsi, pour les marins, le tatouage représente un carnet de bord dévoilant les moments forts de l’existence. L’individu ressent le besoin de marquer les étapes de sa vie comme si les choses ou évènements lui échappaient, comme si il était difficile de retenir ces moments autrement que par l’illusion. Le tatouage permet d’arrêter le temps, de fixer un affect, il a une fonction de mémoire cutanée. Le marquage ainsi que le corps, a alors un gout d’éternité.

Une image de soi qui montre pour cacher

« L’homme affiche une double tendance, il se constitue en tant qu’image et constitue une image de lui-même » (France Borel, Le vêtement incarné : Les métamorphoses du corps).

Tel un bijou ou du maquillage, le tatouage est un ornement. L’ornementation a pour fonction de cacher mais surtout de magnifier. Le tatouage répond à cet objectif, il attire le regard pour mieux le détourner. Tout d’abord en détournant d’un défaut ressenti (par exemple, en se faisant tatouer la poitrine, le regard extérieur va plus s’attarder sur le tatouage « décoratif » que sur la poitrine en elle-même). Ensuite, mais de manière plus profonde, la marque corporelle va cacher le corps et le fond, permettant d’avoir une sorte d’armure protectrice.

Le tatouage se situe à la frontière de la pudeur et de l’exhibitionnisme, de l’intérieur et de l’extérieur, de l’intime et du public. Il n’est qu’une des diverses modifications corporelles que nous avons à notre disposition.

Le tatouage, tout comme le piercing, se démocratisent. Qu’en sera t-il des scarifications, implants, etc., dans quelques années ? N’oublions pas, la rareté appelle la réaction.

Auteur : Morgane Craye



13 commentaires

  1. avatar

    Philippe

    30 mars 2010 at 16:27

    joliment dit et bien documenté
    que sera le proche avenir sachnt que percing et taouages sont de plus en plus fréquents
    il sera plus compliqué pour les non tatoués de « valoriser » leur diff »rence

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    Monique

    30 mars 2010 at 19:00

    Très bien, bravo.
    Peut-être qu’un jour les non tatoués seront une minorité!!!

  3. avatar

    Gyr

    31 mars 2010 at 19:25

    Je blog *et* je tatoue :)

    Très bon article, bien documenté comme l’a dit Philippe.
    Je déplore cependant que la majorité des études (y compris celles citées) soient réalisées avec, j’en ai l’impression, une idée préconçue considérant que le fait de se tatouer vient forcément d’un sentiment négatif (manque d’attention, besoin d’appartenance, défaillance sociale…).

    Il manque, par contre, mention de l’inévitable douleur et la vision, l’acceptation de celle-ci par le tatoué.

    N’hésitez pas à me contacter, j’adorerai en parler avec vous.

  4. avatar

    Julien

    1 avril 2010 at 14:02

    très bel article! écrit par quelqu’un que j’estime énormément!

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    Morgane

    1 avril 2010 at 22:47

    @Gyr : Je ne considère pas le besoin d’appartenance, la mise en récit … comme des sentiments à connotation négative mais il y en a et je suis d’accord avec vous que très souvent c’est le cas. Le sujet est vaste et plus complexe qu’il n’y parait. Ce serait un plaisir de pouvoir en discuter plus longuement avec vous car on ne peut pas traiter de tout en un article, il faut délimiter le sujet.
    Comment puis-je vous contacter? Par le biais d’amha?

    @Julien: Merci et encore merci

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    JustMe

    3 octobre 2012 at 9:47

    Bah oui, évidemment, les tatoués refusent d’admettre que les raisons de leurs actes est basiquement négative et n’a finalement aucun sens réel et sensé, tout est purement social et dénote une grosse faiblesse de caractère : le tatouage permet de se démarquer à condition de se faire remarquer, c’est toute l’ambiguïté et la mauvaise foi des tatoués qui aimeraient en faire quelque chose de valorisant alors qu’en réalité, c’est laid et le signe d’une faiblesse de caractère évidente. Mais bien sûr, comme toutes les personnes qui agissent par faiblesse et conditionnement, ils ne l’admettent jamais, sont sur la défensive et se sentent obligés de valoriser un truc naze LOL

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      Serge-Henri Saint-Michel

      3 octobre 2012 at 9:50

      Qui est ce ?

    • avatar

      lulu

      3 octobre 2015 at 16:30

      Il n’y a pas que des choses négatives à se faire tatouer, sa peut representer l’amour pour ses enfants ou un proche, la joie, etc.
      Quand on parle de quelque chose qu’on ne connais pas on se tais, se faire tatouer est aussi un acte de courage

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    MeToo

    24 novembre 2012 at 12:52

    @JustMe, je partage tout à fait vos réflexions. Il y aurait aussi beaucoup à dire des tatoueurs, surtout amateurs…

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    Rafotsy

    30 décembre 2012 at 22:52

    Je suis étudiante en psychologie et je trouve cela lamentable de détourner les concepts de Didier Anzieu de cette façon. Je n’ai rien contre le fond de l’aricle lui-même, mais c’est dommage de vouloir donner un air « documenté » à ses écrits et manier des concepts psychanalytiques auxquels on ne comprend rien. Mais comme personne n’est appelé à lire Anzieu de façon fortuite, vous ne risquez pas grand chose…

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    Serge-Henri Saint-Michel

    31 décembre 2012 at 15:36

    @Rafotsy Merci de votre commentaire. Didier Anzieu est clairement cité. Quel détournement reprochez-vous ?

    De plus je ne suis pas d’accord avec votre remarque « manier des concepts psychanalytiques auxquels on ne comprend rien », nos lecteurs étant largement à même de comprendre le type d’approche orientée planning stratégique dans cet article.

  10. avatar

    Rafotsy

    10 janvier 2013 at 17:54

    En réalité, Dider Anzieu n’est pas réellement cité dans cet aticle. Cette citation provient d’un site internet (probablement de celui-là, d’ailleurs, paragraphe « psychologie et psychopathologie du tatoué : http://www.kustomtattoo.com/tatouage-paris-tatoo-detatouage-03/,) et je peux vous assurer que vous ne la retrouverez pas dans le livre d’Anzieu. Ou alors c’est moi qui ne connais pas ce passage, et je serai reconnaissante à l’auteur de m’indiquer le numéro de page.
    Quand au concept psychanalytique et le type d’approche de l’article, je ne vois pas bien le lien que vous voulez faire.
    En revanche, le concept du Moi-Peau, présenté ici, ne cadre pas du tout avec l’article. Je ne vais pas faire de cours de psychologie, mais très brièvement, le Moi-Peau renvoie au concept d’enveloppe psychique. Quand on parle du Moi-Peau, on ne parle en réalité pas de la peau biologique. Et je vais vous proposer une citation pour l’expliquer (justement tiré du « Moi-Peau », tiré du préface de la 2ème édition, page 6 et 7) : « Le Moi-peau est ainsi une métaphore de la surface de la surface cutanée, avec laquelle il entretient une ressemblance ; sa constitution est aussi réflexive par introjection de la fonction maternelle ». En effet, la constitution de l’enveloppe psychique, donc aussi du Moi-peau, passe par les relations précoces mère-bébé.
    Pour en revenir à l’article, il est surtout question ici du tatouage dans sa fonction de communication. Le tatouage serait donc un langage, une façon de parler de soi. Où est le lien entre cette fonction et le Moi-peau ?

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