La curation, le remède à votre marketing de contenu ?

La curation de contenus permet de séparer le bon grain de l’information de l’ivraie du divertissement... et de fédérer une communauté.

C’est à l’occasion du lancement de Scoop-It en 2010 que je découvrais le terme de « curation ». Alors rédacteur en chef, je réalisais alors que tel Monsieur Jourdain en sélectionnant les sujets chaque semaine pour la couverture du print, puis chaque jour sur le web et la newsletter je faisais acte de curation. Chaque jour j’appliquais à la lettre ce qui définit la curation selon Marc Rougier, le fondateur de Scoop-it à savoir : « le tri, le contrôle et la mise en scène de l’information. » Comme quoi…

Apparu sous les feux de la rampe de l’information, la curation après avoir fait florès s’est peu à peu banalisée jusqu’à la quasi disparition du terme au profit de la pratique. Nous connaissons l’histoire. Avec la dissolution progressive des médias comme source privilégiée d’information dans le flux des réseaux sociaux, l’ère des contenus a pris le pas sur celle de l’information. Autant de nourriture pour accroître l’infobésité et créer l’indigestion des audiences, désormais fragmentées, volatiles et déconcentrées par ce trop-plein. Pris comme des lapins dans la lumière stroboscopique projetée par de multiples écrans, la sidération devient un sort commun face à un déluge d’images, de textes et de sons. Désormais, le défilement de titres fait office d’information pour 80% des internautes, tandis qu’une minorité prend le temps de s’informer réellement.

Un sonar dans le bruit informationnel

La curation, plus qu’un palliatif à ce désordre informationnel, en devient le remède (et justifie son étymologie) pour séparer le bon grain de l’information de l’ivraie du divertissement (ou infotainment) et autres messages sans intérêt. La demande pour une sélection qualifiée est forte et les outils disponibles.

La liste des plateformes dédiées occuperait cette page, de scoop-it à Flint et ses robots, de Curata, à Nuzzel sans compter Pearltrees, Tame, Flipboard, Paper-li,Diigo, Pinterest, Clipzine, BuzzSumo, et autres outils de partage, Quu, Buffer, Ifft, l’abondance de choix est embarrassante.

Autant l’éviter et se reposer sur les experts, curateurs anonymes sur la plateforme ou blog de votre choix ; des médias qui depuis toujours résument en 5 points ce qu’il ne faut pas manquer ce jour, cette semaine, ce mois, cette année ; voir le flashtweet d’Emmanuel Leneuf pour une curation aussi verticale que quotidienne ou encore L’important et sa recension des Twits pertinents par thématique. Sans compter la pléthore de newsletter pour combler les attentes: TTSO, Planet, Brief.me, Friday Watch… La curation fait acte de média à part entière.

Mise à toutes les sauces, elle devient aussi un vaste fourre-tout aux contours imprécis et pratique parfois approximative ou a contrario très professionnelle…

Fédérer une communauté

Fabrice Frossard, Fondateur de Faber Content

Fabrice Frossard, Fondateur de Faber Content

Selon notre sondage, la majorité utilise leur veille personnelle pour la partager sur les réseaux sociaux afin de gagner en visibilité. Ici la nécessité professionnelle de la curation rejoint l’utilité de l’indispensable rayonnement social, autre définition de l’influence, mais aussi du social selling, fondée sur des bases du partage et mise en commun.

C’est cette mise en commun qui amène l’autre effet de la curation bien menée : la synchronisation d’une communauté autour d’une thématique. Effet final recherché et obtenu par la tenue rigoureuse d’une ligne éditoriale par tout curateur qui se respecte.

Lequel curateur pour être efficace veillera à mettre en perspective toute information partagée, l’insight comme valeur ajoutée face au simple relai de contenu. Sans mise en perspective difficile de trouver un point de vue, c’est la peinture du haut moyen-âge vs celle de la renaissance.

Un outil pour votre content marketing

Réponse à l’économie de l’attention, la curation est aussi économie tout court. Agréger des contenus tiers, en les mettant en perspective, est aussi l’opportunité de création de contenu à moindre coût pour achalander site ou blog d’entreprise. De nombreux sites en font leur modèle de création de valeur, (L’important, Digg, Slashdot, Hackernews, ABM guru, ContentCurationMarketing, et bien sûr Buzzfeed entre autres…), les professionnels du marketing trouvent dans la curation un moyen de créations de contenus à moindre frais tout en affirmant leur territoire de légitimité par la hiérarchisation – régalienne ou par système de notation collégiale – et la mise en scène de l’information agrégée.

Cet aspect de la curation semble encore sous-exploité par les marketeurs si l’on en croit les réponses à notre sondage. Tout comme la curation collaborative, autre aspect important de la veille, là aussi peu mise en valeur dans les pratiques d’entreprises si l’on en croit les diverses études liées à la veille et à son partage.

Dans le cadre de l’entreprise et du marketing, pourquoi se restreindre à une simple veille personnelle et partage sur les réseaux sociaux ? Une approche structurée et collaborative offre de nombreux avantages en termes de production et de partage de contenus, tout en travaillant à la visibilité de chacune des parties impliquées, marketing, commercial et entreprise dans son ensemble. Entrée dans les pratiques usuelles, l’usage de la curation semble encore sous exploité en dépit des bénéfices possibles.

Au moment où la création de contenus est une priorité pour 67% des directeurs marketing, repenser son approche de la curation est une piste à étudier sérieusement.

Auteur : Fabrice Frossard, Fondateur de Faber Content, @FabriceFrossard

***

Lire notre dossier sur la curation de contenus

Découvrir aussi le livre blanc du CMIT « Curation : le grand malentendu »

(c) Ill. DepositPhotos

avatar
L'invité de Marketing Professionnel tient une Tribune Libre. Profil des invités et Tribunes Libres publiées.


Commentez !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *