Facebook, outil pour voyeurs et exhibitionnistes consentants

Facebook et les autres ne nous permettraient-il pas d assouvir notre besoin de voyeurisme et d'extimité ? Par Laure Villeret

Les réseaux sociaux ont été créés afin de nous permettre de faire des rencontres. Mais est-ce bien leur fonction ? Facebook est aujourd’hui le réseau social le plus fréquenté en France avec 22 millions d’abonnés mais des études récentes ont démontré que notre propension à développer de véritables amitiés sur Facebook était très faible. Facebook et les autres ne nous permettraient-il pas d’assouvir notre besoin de voyeurisme et d’extimité ?

Facebook et les autres ne nous permettraient-il pas d assouvir notre besoin de voyeurisme et d'extimité ? Par Laure Villeret

Facebook et les autres ne nous permettraient-il pas d'assouvir notre besoin de voyeurisme et d'extimité ?

130 ! C’est le nombre moyen d’amis qu’a un utilisateur sur Facebook. Durant le mois, il va passer 15H33 à mettre à jour son statut, à uploader des photos, correspondre avec ses connaissances, jouer et regarder des vidéos virales. Il va se connecter en moyenne 40 fois par mois, soit au moins une fois par jour*.

L’utilisateur a donc en moyenne 130 amis, nous pouvons mettre en parallèle ce chiffre avec le nombre Dunbar qui est le nombre d’amis avec lesquels une personne peut entretenir une véritable relation. Ce nombre a été déterminé par l’anthropologue Robin Dunbar à 148. Notre nombre moyen d’amis sur Facebook correspond au nombre Dunbar, ainsi nous pouvons dire que nous sommes parfaitement capables d’entretenir une véritable relation avec tous nos amis Facebook.

Or, Cameron Merlow, un sociologue travaillant pour Facebook, a publié dans une interview des chiffres qui contredisent cette affirmation.

En effet, selon ce sociologue, notre proportion à avoir des relations stables sur Facebook, est faible. Pour un utilisateur moyen qui a 150 « amis », il développera une relation soutenue avec seulement 5 personnes. Ce chiffre passe à 7, lorsque l’utilisateur est une femme. Si notre réseau comporte 50, les hommes développeront une relation avec 3 personnes et les femmes avec 4.

Ce chiffre augmente très légèrement avec l’agrandissement de notre réseau, ainsi si nous avons 500 amis, le nombre de relations soutenues s’élèvera à 10 pour les hommes et 16 pour les femmes. Cela reste tout de même des chiffres très faibles.

Cette enquête révèle donc que plus notre réseau d’amis est important, plus il est difficile d’apporter autant d’attention à chaque membre de notre réseau.

Facebook, et les autres, ne permettraient donc pas réellement de créer ou d’approfondir une relation. Ils ont au moins le mérite de maintenir le contact.

Facebook, voir sans être vu

Dominique Cardon, sociologue au sein du laboratoire d’Orange Labs a établi une typologie des différents réseaux sociaux présents sur le web. Cette typologie a déterminé les différentes dimensions de notre identité numérique et les différents types de visibilité sur chacun des réseaux sociaux. Cette classification permet de donner une première réponse à la question : à quoi servent les réseaux sociaux ?

Selon la typologie de Dominique Cardon, Facebook a été classifié dans la sphère « Clair-Obscur » c’est-à-dire que ce réseau social permet à ses utilisateurs de rendre visible leur intimité, leur quotidien et leur vie sociale mais à un réseau constitué de proches que les utilisateurs connaissent également dans la vraie vie. Sur ce type de plate-forme, les utilisateurs dévoilent énormément d’informations sur leur vie privée mais ils pensent le faire pour un petit cercle d’amis.

Ce positionnement tend à évoluer car les utilisateurs de Facebook mélangent dans leurs réseaux : amis proches, connaissance, collègues, et inconnus, donnant à chacune de ces sphères la possibilité d’avoir un regard sur le comportement de l’utilisateur avec les différentes personnes qui composent son réseau social.
Selon cette typologie, Facebook nous permettrait donc au même titre qu’un blog de mettre en scène notre intimité. C’est ce qu’on appelle l’extimité.

Extimité, mise en scène de l’intimité

La notion d’extimité a été définie par le psychiatre Serge Tisseron comme étant la volonté de rendre visible des morceaux de soi qui était auparavant considéré comme intime. Sur les réseaux sociaux, cela se caractérise par l’exposition de notre situation matrimoniale, nos photos les plus intimes (échographie par exemple) et même le fait d’aller aux toilettes ! L’extimité fait partie de la personne humaine, nous avons besoin d’extérioriser notre vie intime pour nous développer psychiquement et ainsi avoir une bonne image de nous. Il faut néanmoins distinguer ce principe de l’exhibitionnisme qui relève d’une pathologie et qui est répétitif.

Extimité, mise en scène de l'intimité

Extimité, mise en scène de l'intimité

La sélection des informations que nous souhaitons faire paraître sur notre profil Facebook nous permet de façonner l’image que l’on percevra de nous. Si je participe à de nombreux événements, que je publie régulièrement des photos prises à des soirées on pensera que je suis une fêtarde qui a de nombreux amis.
Facebook nous permet donc de mettre en scène notre intimité. Le nombre toujours plus élevé d’inscrits ainsi que l’augmentation du temps d’utilisation de Facebook indiquent que nous sommes intéressés par l’intimité de nos « amis ».

Cette possibilité de regarder, d’observer l’utilisateur dans sa relation intime avec sa famille ou ses collègues, permet de répondre à notre besoin de voyeurisme.

Les individus ont détourné les réseaux sociaux afin de pouvoir assouvir leur besoin d’extimité et de voyeurisme. Facebook avait pour fonction initiale de nous permettre de retrouver des amis et d’échanger des informations rapidement avec nos proches. Or les fonctions dont les utilisateurs raffolent sont les fonctions secondaires comme les photos ou les statuts. Ainsi l’utilisateur de Facebook exhibe son intimité au travers de ces photos, de son statut, qui est mis à jour régulièrement, et des informations très personnelles comme sa situation amoureuse. L’internaute donne ainsi aux personnes de son réseau libre accès à sa vie privée. Il est dans l’assouvissement de sa pulsion d’extimité et les membres de son réseau assouvissent quant à eux à un besoin de voyeurisme. Ce voyeurisme est en permanence excité et satisfait par la mise à jour instantanée des informations et le nombre élevé de personnes faisant partie de notre réseau créant ainsi une multitude de morceaux de vie à contempler.

Entre extimité et voyeurisme

Si Facebook excite en permanence notre besoin d’extimité et de voyeurisme, il faut tout de même noter que cette envie ne peut se développer que si le désir d’intimité est satisfait. C’est-à-dire que l’utilisateur doit être sûr que son intimité sera respectée comme il le souhaite. En cas de non-respect de ce désir d’intimité, les individus pourraient mettre en veille leur besoin d’extimité et se faire moins présent sur Facebook. La difficulté aujourd’hui d’effacer ces données personnelles ou seulement de les protéger afin qu’elles ne soient pas utilisées par des marques pourrait véritablement freiner l’utilisation de Facebook et des autres réseaux sociaux.

Le problème de la sauvegarde de données numériques se pose de plus en plus car il n’existe pas encore de législation précise. Qu’advient-il de ces informations après notre mort ? Facebook compterait un peu plus de 5 millions de profils d’individus décédés ! En effet, il est parfois impossible de fermer un profil si on ne connaît pas le mot de passe. Si certains entretiennent le souvenir de l’être disparu au travers de la page, d’autres sont incapables de faire leur deuil puisque virtuellement la personne disparue est toujours « vivante ». En réponse à ce problème, Facebook propose aux proches supprimer la page ou de la faire passer la page en mode « mémoire » ce qui a pour effet de supprimer les données sensibles et de n’autoriser l’accès qu’à une liste d’amis restreinte.

Le problème des données numériques ouvre un tout nouveau marché. Depuis peu émergent des sites internet comme « Legacy Locker » crée en 2009 qui permet de léguer ses mots de passe ainsi que ses biens numériques afin qu’ils soient gérés après notre mort.

Lorsque nous exposons notre vie intime sur Facebook, nos photos de beuveries parfois honteuses, nous n’imaginons pas que ces photos nous suivront jusqu’à notre mort et même au-delà. Après tout, n’est-ce pas le rêve de tous de laisser une empreinte sur la Terre ? A nous de bien choisir laquelle !

Auteur : Laure Villeret

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    Ecole supérieure de Publicité. Profil de l'ESP et articles publiés.


    1 commentaire

    1. avatar

      Zada Saidou

      12 janvier 2012 at 22:32

      Cet article est très intéréssent.

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