Facebook, un remède contre la solitude ?

Facebook, un remède contre la solitude ? Une réponse à quoi ?

Chaque semaine apporte son lot de suicides d’ados qui annoncent leur geste sur Facebook avant de passer à l’acte. A chaque fois, le même constat : personne n’a bougé. « Elle nous racontait toujours des cracks…On n’aurait jamais cru cela de lui… » A quoi sert Facebook (comme symbole des réseaux sociaux) si, malgré, les milliers d’amis, chacun se sent toujours aussi seul ?

« Comme toi, je vais me foutre en l’air demain matin. J’ai commandé, il y a dix jours, le livre Réussir sa mort, écrit par un prof de philo. La quatrième de couverture propose « une anti-méthode pour accueillir l’échec et la perte ». Une nuit également à préparer le matériel. Une nuit pour t’écrire, et rédiger mon petit cahier bien à moi. J’avertirai également, comme cela se fait, mes 18 522 amis Facebook, et les quelques 80 000 abonnés de mon blog. J’ai 27 ans, l’âge des suicidés »*

Emma Bovary est morte de solitude, lâchée par ses amants et ses amis qui lui refusent le peu d’argent qui aurait pu la sauver, elle qui se montrait si généreuse avec eux. On peut penser qu’un appel au secours dans la génération Facebook qui cultive et multiplie l’amitié, sera entendu. Illusion ! Les amis sont toujours aussi sourds et la génération Facebook est bien une génération Bovary, victime d’une triple illusion.

Illusion de la rencontre

Facebook est une scène de théâtre, où chaque internaute, acteur de son propre rôle, va au-devant de « ses » amis spectateurs, de son public qu’il espère de plus en plus nombreux, en qualité et en quantité. Mais un acteur peut-il considérer ses spectateurs comme de véritables amis, même si à la fin de la pièce, ils le « like » en applaudissant ? Lui-même est-il attentif à chacun de ses amis spectateurs ? Sans développer le mythe de Molière mourant sur scène, on sait qu’un acteur mourant sur scène n’est jamais repéré sur le champ. Les spectateurs pensent alors qu’il s’agit d’une mise en scène. Ce n’est que le lendemain « dans le journal » que le spectateur « ami » apprend que la mort n’était pas feinte !

Georges Lewi, Mythologue, spécialiste des marques. Essayiste, romancier

Georges Lewi, Mythologue, spécialiste des marques. Essayiste, romancier

Illusion de la transparence

Jouer de la transparence devrait être la règle de cette génération qui a inventé sa propre mise à nu sur la toile. Avec son vrai (ou pas) nom, avec les diverses facettes de ses personnalités. On devrait pouvoir être son propre wikileaks, cultiver sa transparence, celle des bons et des mauvais moments. Illusion ! Facebook est la photographie généralisée d’un monde de « bisounours » où tous les paysages sont splendides, les fleurs sentent bons, les enfants mignons et les gâteaux d’anniversaire aussi nombreux que les feuilles des arbres sur un sol d’automne. Le réseau est là pour montrer l’acceptable au « liker » anonyme, ce qui ne nécessite ni réflexion, ni commentaire. Chacun y va de la création de sa propre page de magazine sur papier glacé.

Illusion du féminin

74% des blogs sont lancés et animées par des filles. Grâce au net, elles reprennent publiquement le rôle d’influence que la femme a toujours eu, et en particulier, dans les sociétés qui ont eu et ont le vent en poupe. Mais là aussi, la bêtise et la méchanceté sociale rattrapent les bonnes intentions. Ce sont surtout les filles qui sont désormais harcelées sur les pages Facebook, jusqu’à mettre en ligne des scènes de viol dont elles ont été victimes. Suicide assuré au bout de la nuit ! Le féminin exprime son être et sa douleur, le masculin le met en scène. Brutalement ! Bestialement.

A quoi peut bien servir Facebook ?

A l’essentiel : pouvoir s’exprimer. A rien : ne pas pouvoir être compris. Par définition, un réseau social a pour vocation de faire circuler de l’information, de la sensibilité d’est en ouest, du haut vers le bas, de la cave au grenier. Pratiquement, on ne parvient pas malgré la disponibilité technique à rompre le fameux schéma « Je cause, Vous vous taisez », à inverser le schéma de la circulation à sens unique, celui de l’autoroute où l’on voit passer les voitures en sens inverse sans les croiser. Chacun devient la figure de sa propre autorité, là où on aurait espéré plus de partage, plus de démocratie…

Auteur : Georges Lewi, Mythologue, spécialiste des marques. Essayiste, romancier. Blog : www.mythologicorp.com

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Un article de notre dossier Facebook & Marketing

* Roman. Bovary21. Georges Lewi. Pearson 2013.

(c) ill. Shutterstock – A woman walking into the light through open door

A lire aussi : dossier personal branding

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1 commentaire

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    Serge-Henri Saint-Michel

    18 décembre 2013 at 18:20

    Pierre Mercklé, dans Sociologie des réseaux sociaux, avance que la sociabilité à distance serait un outil de « remédiation contre l’isolement et la déliaison, permettant de retrouver un sentiment d’appartenance à un collectif ».

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