Quand les politiques se prennent au jeu de l’egocasting

(c) photo http://tempsreel.nouvelobs.com
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Une personnalité politique construite ? (c) photo http://tempsreel.nouvelobs.com

Vous êtes accros à votre Smartphone, Twitter et Facebook ? Vous ressentez l’irrésistible besoin de connaître l’avis de vos « amis » sur vos activités ? Votre page d’accueil web est personnalisée ? Vous publiez chaque jour, chaque heure, de nouvelles infos sur votre blog… ? Eh oui, vous souffrez vous aussi d’egocasting !

Grandes lignes de l’egocasting

Si les avancées technologiques ont permis de développer la diffusion massive d’informations auprès de publics ciblés (broad & narrowcasting des années 80-90), c’est probablement l’arrivée de l’Internet everyware* qui marquera un tournant décisif dans la diffusion de contenus. Dans cette dynamique, l’egocasting s’illustre à travers la diffusion d’informations de « soi » vers les autres (blog, micro-blogging), mais aussi un contenu totalement personnalisé (netvibes…). Le web 2.0 multi supports a ainsi permis de développer l’approche dite « conversationnelle » via de nouveaux logiciels et périphériques dont les smart phones, restent le plus bel exemple.

En bref, l’egocasting c’est :

  • Une extrême personnalisation : L’egocasting relève de la personnalisation à la fois de la diffusion mais également de la réception d’informations. Tous les flux « sur-mesure », sont conçus pour et par l’utilisateur.
  • Du contrôle : Le propre de « l’egocasteur » est de contrôler l’ensemble des informations le concernant. Il contrôle les actualités entrantes et gère son image en ne diffusant qu’une partie choisie de sa vie professionnelle et/ou personnelle.
  • De la participation : Les internautes pratiquant l’egocasting partent souvent à la recherche des profils proches des leurs et échangent expériences et conseils.
  • Des désirs personnels et hédonistes : Cette tendance rappelle les besoins des « egocasteurs » de se valoriser tout en se faisant plaisir.

L’egocasting, nouvelle arme des politiques ?

Les personnalités politiques ne font pas exception et se prennent également au jeu de l’egocasting. La campagne des élections régionales a été l’occasion de passer en revue les différentes stratégies des personnalités politiques, en s’investissant sur les réseaux sociaux. Mais alors, comment les politiques surfent sur la tendance de l’egocasting pour construire leurs stratégies de communication en développant leur capital sympathie ? Les régionales 2010 : une campagne 2.0 axée sur la proximité et la personnalisation…

Dis-loi comment tu tweetes, je te dirais quel candidat tu es

Parce qu’il est important** de comprendre les nouveaux leviers de recrutement et stratégies politiques, nous avons choisi de dresser un panorama des prises de parole 2.0 en période électorale. Quand les politiques partent à la conquête des jeunes et surfent sur les must-have du web… 5 profils émergent…

  • Les très institutionnels : ces opportunistes de la modernité n’ont pas saisi les réels atouts du web communautaire. Ils se contentent de publier un contenu de « marque », très institutionnel et corporate. Ici les énumérations de propositions politiques et les communiqués de presse ont la part belle avec, en tête de liste, Jacques Auxiette (PS – Pays de la Loire) que vous pourrez retrouver sur Twitter sous Auxiette 2010. Pas très sexy tout ça…
  • Les rassembleurs : ici, le web 2 prend tout son sens. Rassembler, fédérer et inviter à de nouvelles expériences… Voici les objectifs prioritaires des « rassembleurs » avec, ligne conductrice, la volonté viscérale de remplir les salles de meeting. Une sorte d’appel à la citoyenneté et une mise en avant de soi indéniable puisque les « rassembleurs » à l’instar de Raymond Couderc (UMP – Languedoc-Roussillon) aiment renvoyer leurs « followers » ou « fans » vers des émissions ou vidéos qui flattent leur ego.
  • Les virulents : ils utilisent les réseaux sociaux pour réagir en direct aux attaques ou ratés des concurrents. On ne leur a pas demandé leur avis ? Tant pis, ils le donnent quand même. On retiendra les propos de Jean-Luc Romero (PS – IDF) « Gérard Longuet avait déjà dérapé en assimilant homosexualité et pédophilie… Ses propos inacceptables sur Malek Boutih mériteraient qu’enfin l’UMP le désavoue. [...] Dimanche, pensons-y ».
  • Les « Je raconte ma vie » : ceux-ci combattent la monotonie des campagnes et prônent un marketing politique plus humain. Ils apportent ainsi une petite touche personnelle, parfois très risible, aux propositions politiques. On retiendra ici Cécile Duflot (Europe écologie – IDF) qui « s’est pelée en Champagne Ardennes » et qui « est restée coincée derrière un troupeau de poneys avant une interview à France 3 » ou Benoît Hamon (PS – IDF) qui « file fêter la Saint Valentin » et « fait des têtes à tête pizzas avec sa fille »
  • Les geeks : ceux-ci sont passés maîtres dans la pratique du # et du @. Ils postent, discutent et virevoltent sur la toile. Leurs discours sont simples, efficaces et fédérateurs. Ce sont en quelques sortes, les « Rois » des réseaux sociaux si bien que ceux-ci organisent des concours à cet honneur. Ils s’appellent Nathalie Kosciusko Morizet (UMP – Essonne) ou Anne Hidalgo (PS – Paris) pour ne citer qu’elles. A noter que NKM est la candidate la plus suivie avec 41 762 abonnés au 11 mars 2010.

Mais alors, pourquoi les politiques se mettent-ils en scène de la sorte sur les réseaux sociaux ? Passage obligé, le web communautaire crée un sentiment certain de proximité. L’enjeu étant de maintenir le lien social entre les candidats et leurs électeurs. Les réseaux sociaux sont en outre, un baromètre extraordinaire qui leur permet de recueillir les opinions et réactions des électeurs à l’heure où la confiance dans les politiques est au plus bas.

L’objectif prioritaire reste pour autant d’améliorer leur capital sympathie auprès des jeunes et ainsi, recruter « dès le plus jeune âge ».

Pour les politiques, la conquête des citoyens semble étroitement liée à l’egocasting avec un processus en 4 étapes qui vise à développer la visibilité de « marque », à faire vivre le personnage publique en commentant ses actualités, à développer le sentiment de proximité via des anecdotes quotidiennes qui en donnant le sourire, feraient presque oublier l’enjeu des régionales. Le but ultime de la conquête des votes étant bien évidemment l’action « Votez (pour moi) » !

Egocasting et « Ethos mania » : une personnalité politique construite

Parce que la vie politique ne s’arrête pas aux programmes des candidats et élus, chacun d’entre eux se doit de construire au quotidien sa personnalité publique. Du plus « humain», comme Nadine Morano, au plus « sérieux » comme François Fillon, à chacun son style pour conquérir les électeurs.

Patrick Charaudeau tente dans son livre « Le discours politique : Les masques du pouvoir » de décrypter les différents « positionnements » des personnalités politiques qui construisent leur image à travers les media notamment.

Il met ainsi en exergue la notion d’ « ethos », qui permet de mieux cerner la manière de se construire une image. On comprend alors l’importance de l’affect dans le rapport au pouvoir et à la politique.

« Intelligence », « humanité », « vertu », « sérieux », « compétence », « puissance », « chef », « caractère ». Autant de caractéristiques que l’on peut facilement rattacher à des politiques. Des personnalités construites à travers différents comportements et diverses actions.

Et demain ?

Avec une évolution extrêmement rapide des nouveaux moyens de communication, la tendance à la mise en scène de soi et de sa vie semble avoir de beaux jours devant elle. Gardons l’œil sur les stratégies des politiques, pour comprendre quel positionnement sera le plus efficace pour séduire un électorat notamment de jeunes, encore peu engagés dans la politique mais très présent sur la toile…

Auteurs : Camille LOPEZ & Marion REMY

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* internet « everyware » : accès à internet via différents terminaux (Smartphone, ordinateur portable…) ; rester connectés en toute mobilité

** Profils étayés par le webzine terra-economica du 12/03/10



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