La voix-off : quel impact sur le message ?

Comment appréhender "la forme" d'une voix ? Quelle adéquation entre "le fond" d'une voix et les contraintes marketing ? Par Olivier SOLA, Compositeur-Designer sonore, Créateur d'Idée Sonore
Comment appréhender "la forme" d'une voix ? Quelle adéquation entre "le fond" d'une voix et les contraintes marketing ? Par Olivier SOLA, Compositeur-Designer sonore, Créateur d'Idée Sonore

La voix off : un impact certain sur le message

De nombreux(ses) talentueux(ses) comédien(e)s à voix-off proposent une multitude de voix différentes qui semblent correspondre aux besoins des annonceurs, d’une identité « corporate », d’une annonce etc. Par conséquent, le choix s’avère souvent difficile.

Cette difficulté peut apparaitre à cause d’une erreur d’appréciation et/ou de choix de critères de jugement : il ne faut pas confondre ce qu’apporte « la forme » et « le fond » d’une voix-off.

Celle-ci aura d’autant plus une position et une utilisation différente suivant qu’elle soit utilisée pour une Identité Sonore, un message publicitaire, l’annonce d’un évènement etc.

Pour réussir l’adaptation suivant les cas, le « contrôle » et la connaissance des effets qu’apportent les éléments inhérents à l’utilisation des voix, sont absolument nécessaires. En effet, les principales contraintes marketing en termes d’objectifs, de cibles, de respect du cahier des charges n’en seront que mieux en adéquation avec les choix des voix.

Appréhender « la forme » d’une voix…

En ce qui concerne la forme, les principaux critères (liste non-exhaustive) de choix d’une voix sont :

  • Le talent des comédiens
  • Les timbres des voix
  • Les tessitures des voix
  • L’articulation des textes
  • L’ambiance générale et l’intensité donnée
  • La musicalité
Olivier SOLA, Compositeur-Designer sonore, Créateur d Idée Sonore

Olivier SOLA, Compositeur-Designer sonore, Créateur d’Idée Sonore

Certains de ces éléments polysémiques doivent tout d’abord être définis dans le contexte :

  • La notion de timbre s’apparente à la qualité particulière du son, indépendante de sa hauteur ou de son intensité, mais qui reste spécifique de l’instrument et/ou de la voix qui l’émet. C’est le timbre qui nous fait reconnaitre une voix ou un son mémorisé (discrimination auditive).
  • La tessiture est l’ensemble du registre des sons qu’une voix ou un instrument peuvent produire. On parlera en langage de non-spécialiste de voix graves, médiums ou aiguës.
  • L’intensité se traduit par la puissance sonore d’une voix. On entendra une voix faible, soutenue, forte etc.
  • La musicalité est sans doute le terme le plus subjectif. Ce mot peut se définir par l’adéquation qu’apporte la musique ou les sons par rapport au ressenti recherché. Attention, musicalité ne veut pas dire forcément musique douce…

Par définition tous ces critères sont évalués en fonction des capacités et de ce que proposent les comédien(e)s voix-off ainsi que les compositeurs.

Ces propriétés sont intrinsèques à ces artistes-collaborateurs et ne sont pour la pluparts non modifiables (sauf dans certains cas pour les talentueux imitateurs).

Par conséquent, il s’avère très important de travailler en amont sur la définition exacte des objectifs à atteindre pour une entreprise ou un projet, des publics et des secteurs visés, des coûts admissibles, des délais à respecter etc. La notion de « forme » de voix étant prise en compte, la prochaine étape est d’apporter quelques réflexions quand à la meilleure façon de lier ce qu’apporte « le fond » d’une voix.

Adéquation entre « le fond » d’une voix et les contraintes marketing…

Une agence de création sonore trouvera toujours une « voix à son micro » de qualité (pour ne pas dire « chaussure à son pied ») parmi le casting voix-off existant. Nous supposons que cette voix posée sur une création musicale est techniquement efficace, satisfaisante et corresponde à UNE certaine attente de rendu des annonceurs.

Cependant, correspond-elle forcément aux problématiques de fond ?

Pour illustrer le choix d’une voix sur « le fond », tout en restant dans une approche globale, prenons en exemples quelques interrogations :

  • Quel public vise l’annonceur ? jeune-homme, jeune-femme, âge avancé, tranche d’âge, catégorie socio-culturelle, socio-professionnelle…
  • Lieu d’évolution ? rural, urbain…
  • Rayonnement ? départemental, régional, national, international…
  • Temps d’exploitation ? court, moyen, long terme…
  • Support utilisé ? audio, audio-visuel, internet, application « Smartphone »
  • Qualité de diffusion ? radio, TV, cinéma, extérieur, intérieur…
  • Budget ? voix stéréotypée, voix connue, imitée, chantée, commune, une voix, plusieurs voix…

Nombreuses questions pourraient encore être posées. Par conséquent, au fur et à mesure que les réponses sont apportées, la qualification de l’impact d’un type de voix sur un message se précise.

Tous ces éléments démontrent que ce n’est pas parce que le triptyque « son-musique-voix off » donne un rendu très satisfaisant, qu’il est en accord avec les contraintes. D’où la nécessité de prendre en considération les éléments de « fond » comme :

  • Adéquation du timbre de voix public visé
  • Correspondance entre le rythme et l’ambiance dégagée
  • Choix du vocabulaire et de la langue employée
  • Relation entre la voix et le(s) point(s) essentiel(s) à dégager par rapport au cahier des charges

Budget…

Il est difficile d’annoncer le prix d’un projet avec voix-off. Il peut varier de quelques centaines d’euros à des milliers. Il va de soit que plus les contraintes seront serrées plus le prix augmentera. Une voix très recherchée et unique sera toujours plus onéreuse qu’une voix dite plus « classique ». C’est le cas pour des voix très connues et fortement identifiables comme celles d’acteurs ou d’actrices, humoristes, sportifs, artistes etc. La durée d’exploitation de la voix est aussi un facteur déterminant du prix. C’est un fait pour certaines identités sonores qui exploitent pendant plusieurs années des voix de personnes connues. La voix d’une personne réputée « efficace » d’un point de vue marketing coûte très très cher…

Le plus important…

Pour conclure quant au choix et à l’utilisation de voix-off, il parait très important de ne pas trop mettre en avant « la forme » au détriment « du fond », ce qui, le cas échéant, pourrait pervertir fortement les effets voulus, par conséquent devenir une contre-production.

Quelques illustrations…

Voici trois intégrations de voix-off sur le même habillage sonore. Cela permet d’apprécier une partie des propos précédents.

Bonne écoute (jusqu’au bout !!!), bonne réflexion et bien entendu les échanges sont les bienvenus….

1- « Just for you » Voix S :

Ce tableau récapitulatif des quelques points essentiels de forme et de fond est loin d’être finalisé et parfait…mais donne une certaine idée de la démarche.

La forme :

  • timbre: voix féminine jeune
  • tessiture : aigue, chuchotement
  • articulation du texte : très court, trois mots distincts
  • ambiance générale : plutôt rêveuse
  • intensité donnée : douce, assez faible
  • musicalité : sentiment de plénitude avec l’habillage sonore

Le fond :

  • Quel public ? femme et homme
  • Lieu d’évolution ? urbain
  • Rayonnement ? national/international
  • Temps d’exploitation ? moyen/long terme
  • Support utilisé ? audio avec adaptation audiovisuel possible
  • Qualité de diffusion ? moyen de diffusion d’une bonne qualité, intérieur
  • Budget ? voix assez commune et accessible

Pourquoi ne le feriez-vous pas pour les deux écoutes suivantes ?

2- « Évadez-vous » Voix J :

3- « Évadez-vous par téléphone ! » Voix J :

Auteur : Olivier SOLA, Compositeur-Designer sonore, Créateur d’Idée Sonore

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NDLR : suite à un pb technique, il nous a été impossible d’inclure les trois exemples sonores dans cet article. N’hésitez pas à prendre contact avec son auteur.

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3 commentaires

  1. avatar

    digiman

    19 octobre 2010 at 18:40

    A noter dans cet article que de plus en plus de comédiens voix off enregistrent depuis leur home studio.
    Exemple : Michel Rousseau voix off [NDLR : lien supprimé par la modération. N'hésitez pas à vous inscrire gratuitement dans notre annuaire des prestataires]

  2. avatar

    Krasniqi

    8 décembre 2010 at 15:12

    Bonjour,

    Je suis étudiante en Information et Communication,
    Pour un travail, j’ai choisi d’étudier la voix off dans les reportages sur la délinquance. Justement, l’impact que cette voix off a sur le téléspectateur.
    L’alliance « Son – Musique – Voix off », qui joue un rôle essentiel dans ce type de reportages. Et comment les réalisateurs de ces reportages se servent de ces trois éléments(son, musique, voix off) pour transmettre une idée et convaincre.

    Si vous avez d’autres idées sur ce sujet, je suis preneuse.

    En vous remerciant.

  3. avatar

    Olivier SOLA

    15 décembre 2010 at 18:18

    Bonjour,
    je trouve votre support (reportages) fort judicieux pour ce genre d’étude.
    Si vous voulez me contacter pour échanger sur ce sujet, n’hésitez-pas.
    Cordialement

    Olivier SOLA

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