L’individualisme et ses limites

L individualisme et ses limites
L individualisme et ses limites

L'individualisme et ses limites

« Mieux vaut être seul que mal accompagné » déclare un vieil adage français. Plus de 30 % des Français seraient aujourd’hui célibataires.

Cette proportion a plus que doublé en moins de quarante ans. Selon plusieurs études, 40 % assumeraient très bien le fait de vivre seul, certains commenceraient même à le revendiquer. Nous découvrons donc que célibataire ne rime pas forcément avec solitaire, qui lui même ne signifie pas forcément solitude et encore moins isolement ou exclusion. Pour autant, est-on plus heureux tout seul ? Si nous ajoutons à ces chiffres le fait qu’en trente ans, le nombre de divorces prononcés après cinq ans de mariage a doublé, la réponse semble positive et surtout évidente. Pourtant, une mise en perspective dépassant la sphère privée jette le doute. Que penser de l’explosion du nombre des auto entrepreneurs en France en 2009 ? Les Français auraient-ils non seulement le souhait de vivre seul dans le privé mais aussi dans leur vie professionnelle ?

L’Observatoire des Bien Être d’IPSOS en octobre 2009 apporte une illustration intéressante à cette question : seulement 19 % des français seraient totalement d’accords avec le fait que « dans la vie, on peut faire confiance à la plupart des gens ». A titre de comparaison, les Japonais répondraient de manière favorable à plus de 47 %, les Anglais comme les Italiens à 46 % et les Américains à 55 %. Les Français seraient donc entrés dans une société de défiance à l’égard de l’autre, sous quelque forme de relation et dans toute forme de rapport.

Gaël Le Boulch, en charge de l'Innovation à Advancia

Gaël Le Boulch, en charge de l'innovation à Advancia et chercheur au CREPA

Un individualisme occidental

Cette constatation – qui est surtout un raccourci – doit être nuancée par le fait que cette montée de l’individualisme se constate en parallèle dans tous les pays au mode de vie occidental. Canada, USA, France, Grande Bretagne, Suède, Japon ne font pas exception. Partout, nous pouvons constater la même évolution. Les occidentaux ne sauraient plus « vivre d’amour et d’eau fraiche » pour reprendre un deuxième adage ? Peut être…

Nous pourrions développer des hypothèse soi-disant sociologiques, ethnologiques, voire biologiques plus ou moins fumeuses expliquant l’importance des technologie dans la vie quotidienne des habitants de ces pays où le rapport à l’autre se trouve bouleversé par ce téléphone portable qui sonne tout le temps, cette télévision qui empêche la famille le soir de se retrouver au coin du feu, et ce vilain Internet qui fait des propositions douteuses à nos chères petites têtes blondes tout en enlevant le pain de la bouche de nos vertueuses sociétés de divertissement avec le terrible téléchargement. Peut être…

L’amour est-il rentable ?

Mais revenons à des fondamentaux : vivre d’amour et d’eau fraiche. Les occidentaux modernes, devenus des « clients », ont-ils perdus le goût de l’amour ? Du moins désintéressé ? Difficile de répondre autrement qu’économiquement. Nous pouvons poser l’hypothèse que l’amour n’est pas rentable. Tel que présenté dans cet adage, non seulement deux êtres qui s’aiment ne boivent que de l’eau mais surtout ils ne font rien d’autre que s’aimer. C’est économiquement inacceptable. Le solitaire qui s’inscrit dans des clubs de rencontre payants, qui passe son temps de loisir devant sa console de jeu lorsqu’il est de sexe masculin ou dans le shopping lorsqu’il est de sexe féminin et qui, sans contrainte familiale, passe sa vie au bureau est beaucoup plus intéressant, économiquement parlant. Nous pouvons donc émettre l’hypothèse que dans ces sociétés occidentales sacralisant la croissance, l’évolution du PIB, le zéro inflation et la baisse du chômage, « vivre d’amour et d’eau fraiche » n’a pas été très encouragé ces dernières décennies. Pour autant, où en est la création de richesse ? L’actualité apporte une réponse univoque.

En conclusion, l’individualisme ou le « chacun pour soi » (adage récent) ne semble pas économiquement un succès. Il n’est pas ici question de discussions (d’experts ou sur des réseaux sociaux). C’est un fait et non une constatation. Il est peut être temps aujourd’hui de faire preuve d’humilité. De réaliser que l’homme, occidental ou non, a toujours vécu avec les autres et au milieu des autres, et que bien que nous soyons tous différents (ce qui n’a rien de nouveau) c’est seulement par l’autre que nous pouvons vivre et être heureux. Cette dernière phrase est certainement discutable (hélas…) mais économiquement, elle sous-entend des hypothèses encore peu explorées. A nous d’écrire un nouvel adage : « on ne réussit jamais seul ». Peut être…

Auteur : Gaël Le Boulch, en charge de l’Innovation à Advancia, chercheur associé à l’Université Paris Dauphine (laboratoire du CREPA).

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