La job détox au service (du) marketing

Comment, pendant les vacances, arriver à être serein alors que dans notre tête nous "abandonnons" notre travail au service marketing ? Vers la job detox ?

Comment pendant nos vacances arriver à être serein alors que dans notre tête nous « abandonnons » nos collègues de travail au service marketing, nos clients, nos dossiers… qui semblent avoir tant besoin de nous ?

Les vacances s’annoncent avec le beau temps, la plage, la montagne, les siestes, les lectures, bref le farniente. Dans l’idéal, ce temps devrait être un temps de retour vers soi, une parenthèse permettant de faire un point sur l’année passée, sur ce qui a été à nos yeux positif et ce qui l’a été moins. Un temps de maturation sur ce que nous voulons continuer à faire et sur ce que nous ne voulons plus subir. Ces résolutions nous permettrons d’aborder la rentrée avec un certain recul et sans doute un regain de sérénité. Mais alors comment arriver à atteindre cet objectif, alors que les marketeurs sont souvent débordés de travail et que le rendement fait peu ou prou partie de leur évaluation en tant que salarié… et est intégrée dans les KPI du service ?

Des salariés sous dépendance des outils numériques

Une enquête Deloitte » Global Mobile Consumer Survey » de janvier 2017 [1] confirme que « les français mangent avec leur smartphone, dorment avec lui, travaillent avec lui, et partagent tout, ou presque, avec lui. » Pis, « les Français, loin de s’en lasser, vivent une relation de plus en plus fusionnelle avec leur téléphone mobile ; 70% des français vérifient leur messagerie toutes les 5 minutes et nous consultons notre portable environ 50 fois par jour ! Pour un Français sur cinq il se passe moins de cinq minutes entre le réveil et le premier coup d’oeil au téléphone portable. 41% des Français confessent qu’il leur arrive de consulter leur téléphone au milieu de la nuit et 7% déclarent même répondre à leurs messages nocturnes. »

Déjà en avril 2015 une Etude Deloitte/Cadremploi.fr « Et le bonheur au travail ? » [2] rappelait que « plus de huit salariés sur dix reconnaissent que les nouvelles technologies mobiles et de connexion à distance permettent de faciliter les échanges au sein de l’organisation (85%). Plus de deux tiers continuent à consulter leurs mails professionnels le soir ou pendant leur période de congés (71%) alors que plus de trois quarts pensent que ces outils ont un impact globalement négatif sur leur vie personnelle (76%) ».

Cet état des lieux fait apparaître un état de dépendance des utilisateurs, état de dépendance voulu ou subi. Mais quelle en est l’origine ?

Causes et effets de l’hyper (connexion, activité, agitation…)

Cette addiction au numérique provient d’une pression sociale, il faut être parfaitement informé, « up-to-date », à la pointe, réactif. Ne jamais être dépassé, « has been », « old school ». Cette pression sociale envahit l’entreprise et les organisations, accentuée par un fort taux de chômage qui fait craindre de rater des opportunités (ou de passer à la trappe voire au placard ou aux oubliettes). Au final, un sentiment d’inquiétude nous envahit lorsque nous nous déconnectons. Un écran blanc apparaît devant nos yeux, nous ne sommes plus en connexion avec le monde, et nous nous retrouvons tels des naufragés sur une île déserte.

Le travail prend une place disproportionnée par rapport aux deux autres piliers de notre vie, la famille et la vie sociale. Ces trois piliers devraient être équilibrés car c’est de cet équilibre que pourra naître une vie plus apaisée et sereine. L’hyper investissement dans la vie professionnelle peut faire émerger un comportement obsessionnel ou addictif qui à terme va engendrer de la frustration, de la démotivation, de la déception, de l’amertume…

L’hyper connexion va par des interruptions permanentes engendrer du stress avec pour corollaire une productivité moindre en raison du va-et-vient incessant entre des tâches diverses, variées, morcellées et de la faible attention à ce qui se passe dans le présent. A la clé, un travail en pointillés, une déperdition colossale d’énergie et de concentration, une perte d’efficacité et moins de plaisir à effectuer son travail.

La digital détox et la job détox : des opportunités commerciales

Des hôtels ont creusé ce nouveau filon

Ainsi à titre d’exemple le Vichy Spa Hôtel Les Célestins [3] propose à ses clients de se déconnecter temporairement d’internet. Le jour de l’arrivée à l’hôtel leurs outils numériques sont déposés au coffre-fort. « Le séjour alterne une prise en charge individuelle avec un coach psycho-comportemental ainsi que des soins relaxants et anti-stress. Cette cure répond à une prise de conscience du besoin de se recentrer sur soi pour protéger son équilibre psychique. Une cure loin des nombreuses sollicitations et tentations numériques, particulièrement chronophages, sources de stress et de troubles du sommeil et de la mémoire. »

Le Château de la Gravière offre également sa digitale détox. En échange des portables et autres outils numériques un kit de digital détox est remis aux arrivants. Au programme, massages, ballades… vont permettre de se désintoxiquer en se libérant, de ce qui est qualifié par les gérants, d’addiction.

Au cœur de la capitale l’hôtel de luxe The Westin Paris-Vendôme propose son propre programme de digital détox et aux Etats-Unis des centres de cures, des campements ainsi que des hôtels offrent des sites d’hébergement où le réseau ne « passe pas ».

Les hôtels ne sont pas les seuls à promouvoir la digital détox…

…Des marques célèbres leur emboitent le pas

Ainsi en Bulgarie, la marque de bière Amstel propose des casiers dans lesquels les consommateurs peuvent déposer leur téléphone portable. La clé du casier leur est remise avec un coupon échangeable contre une bière au bar. Kitkat a installé aux Pays-Bas des zones sans wifi. Les signaux internet sont bloqués sur un rayon de 5 mètres.

…Des personnalités suivent

Entré chez Google en 2000 comme ingénieur système, Chade-Meng Tan provoque un véritable engouement dans l’entreprise lorsqu’il publie en 2012 son programme Corporate-Based Mindfulness Training (CBMT). Son titre : Connectez-vous à vous-même. Ce livre s’inspire des méthodes de méditation asiatiques adaptées pour des managers écrasés par la pression professionnelle. Ce programme ouvre une porte sur la spiritualité tout en promettant le bien-être au travail. Diffusé depuis 2012 à des millions d’exemplaires, il a été traduit en français en 2017. Cette méditation de pleine conscience permet aux salariés et aux dirigeants de se déconnecter du stress par le lâcher-prise qui l’accompagne et d’atteindre ainsi selon Michel Jaubert consultant en stratégie au cabinet AT Kearney « un calme mental, une clarté de vision et une attitude d’ouverture dont les effets conduisent immanquablement à une vision éthique du management qui profitera à chaque salarié » [4].

Ainsi la prise de distance face aux outils numériques est bel et bien en marche.

Prenez-vous en main… maintenant !

Comment pouvez-vous faire pour passer des vacances détendues, et non des congés où vous aurez la fâcheuse impression d’être tiraillé sans cesse entre l’envie de tirer momentanément le rideau sur votre vie professionnelle, et la peur ou peut-être le la culpabilité de ne pas être à 100% dédié à votre travail ?

Se dire que nous allons nous déconnecter complétement pendant nos vacances et ne rien faire est le plus sûr moyen pour arriver à la situation inverse. Cette « bonne résolution » ne pourra pas tenir car elle va aller à l’encontre de ce que nous vivons tous les jours c’est-à-dire une connexion quasi permanente. Vous allez être sujet à des angoisses, du stress et à tout un panel d’émotions désagréables. Les vacances vont virer au cauchemar.

L’autre solution qui consisterait à continuer son travail en vacances est tout aussi désastreuse car les vacances ne sont pas le lieu idéal pour travailler et au final le repos qui devrait en résulter ne sera pas là. Au contraire, sans doute davantage de fatigue car il aura fallu gérer cette tension due au tiraillement entre travailler et se reposer.

Les bonnes solutions : la trousse de secours…

Avant le départ en vacances, votre absence s’organise

Prévenez les équipes, les managers et les clients de votre période d’absence. Vous leur indiquerez également les personnes qui prendront le relai pendant votre absence en précisant bien leur nom, numéros de téléphone et emails.

Vous laisserez une réponse automatique d’absence sur votre messagerie et vous indiquerez les coordonnées des personnes qui vous remplacent.

Faites un point sur les dossiers en cours avec vos collaborateurs et vos supérieurs afin d’être rassuré car vous saurez ainsi que vos clients seront entre des mains avisées. Au besoin, répartissez le travail entre les personnes, faites des fiches pour chaque dossier et un debriefing. Ne laissez rien en suspens car ce serait une source d’angoisse.

Rangez votre bureau. Ce rituel est excellent pour faire le vide par le nettoyage et le rangement avant d’entamer cette période de repos.

Enfin, précisez à vos collaborateurs directs les jours et heures auxquels vous serez joignable en cas d’urgence. Demandez-leur que les questions, les sujets à discuter soient tous (et uniquement) évoqués pendant ce laps de temps. Ainsi, vous serez rassuré car dans votre tête, un jour précis avec une heure précise seront dédiés à votre travail. Vous serez automatiquement plus détendu !

Pendant les vacances…

En préliminaire, évitez de tout programmer. Décrochez de vos habitudes professionnelles où tout est régi par avance.

Achetez un bloc-notes, un carnet… que vous pourrez avoir sur vous toute la journée si vous en ressentez le besoin. Ce sera votre doudou ! Ce carnet va vous permettre d’y consigner toutes les idées, remarques sur un dossier, sur un client… qui vous envahiront l’esprit. Le simple fait de laisser cette trace écrite va vous permettre de vous en libérer et d’être plus serein.

Essayez de laisser le portable à la maison afin de ne pas être tenté de le consulter.

Gérez les intrusions : si les créneaux horaires où vous êtes joignables ne sont pas respectés et que des appels arrivent, ne répondez pas. Vous pourrez ainsi choisir le moment opportun pour vous.

Investissez pleinement vos vacances en réfléchissant à ce que signifie pour vous « être en vacances ». Au besoin faites une liste. Se reposer, faire la grasse-matinée, faire un jogging matinal tous les deux jours, lire des romans, faire le marché, nager… Ce petit exercice va vous permettre de déconnecter de votre travail et de vous recentrer sur vous en vous écoutant.

Si vous êtes un mordu du benchmark, vous pouvez également faire un comparatif en cherchant les avantages et les inconvénients du travail et des vacances. Qu’est-ce qui vous plaît vraiment ? Et bien sûr ne faire que ce qui vous plaît vraiment ! Essayez de prendre conscience de ce dont vous vous privez pendant l’année ou pas… Avez-vous une vie sociale ? Etes-vous disponible pour votre conjoint, vos enfants, vos amis ? Avez-vous une vie amoureuse ? Prenez-vous du temps pour avoir des activités qui vous font du bien ? Qui êtes-vous lorsque votre masque de marketeur tombe et que vous vous retrouvez face à vous-même ? Votre travail remplit-il toute votre vie ? Car nul n’est indispensable ; même si notre égo aime à le croire.

Enfin, ne culpabilisez pas. La culpabilité est un sentiment terrible car elle puise sa source dans l’impuissance. Nous devrions faire et nous ne faisons pas. Nous ne prenons pas soin de nous-même. Si nous décidons de faire, il faudrait dans la mesure du possible toujours assumer pleinement nos actes. Car nous sommes des adultes responsables de nos vies. En culpabilisant rien n’est bien fait.

En conclusion, le temps consacré au repos, au retour vers soi-même permet d’être plus productif mais aussi plus créatif. Pendant les vacances, redécouvrez votre intégrité corporelle et psychique, faites cesser cette éclipse identitaire au travers d’une « purification existentielle », d’une reprogrammation de vous-même. Tel est justement le… programme que vous pouvez assigner à vos vacances, que je vous souhaite très bonnes, en toute zénitude !

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Un article de notre dossier : L’été du marketeur

[1] Enquête Deloitte » Global Mobile Consumer Survey », 2017 : https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/presse/2017/francais-leur-smartphone-une-relation-fusionnelle.html

[2] Etude Deloitte/Cadremploi.fr « Et le bonheur au travail ? », 2015 https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/presse/2015/qualite-de-vie-au-travail.html

[3] Vichy Spa Hôtel Les Célestins, qui se positionne en SEO sur « Digital Detox France »… https://www.vichy-spa-hotel.fr/fr/thermal-spa/sante-forme-beaute/cure-digital-detoxr-france

[4] Interview dans La Vie, novembre 2014

(c) ill. Bluespix



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