Kodak : clap de fin aux Oscars

L'entreprise Eastman Kodak n'a pas su être à l'écoute permanente des marchés : cela lui aura été fatal. Retour sur image...

Les Oscars ont donné l’occasion de voir une dernière fois la pancarte « Kodak theatre » qui n’a pas pu être changée faute de temps…

L'entreprise Eastman Kodak n'a pas su être à l'écoute permanente des marchés : cela lui aura été fatal. Retour sur image...

L'entreprise Eastman Kodak n'a pas su être à l'écoute permanente des marchés : cela lui aura été fatal. Retour sur image...

Le jeudi 19 janvier, la société Eastmann Kodak était placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites. Le 15 février, le tribunal new-yorkais des faillites autorisait Kodak, à rompre son contrat de parrainage : trop tard, la cérémonie des Oscars, a eu lieu le 26 février.

Le plan d’adaptation

Retirée depuis 2004 de l’indice Dow Jones, Kodak avait auparavant figuré pendant 60 ans dans le cercle très fermé des 30 valeurs qui composent cet indice.

Après un dernier trimestre 2003 catastrophique par rapport à 2002 (19 milliards de dollars de bénéfice contre 113 pour la même période en 2002), Dan Carp, le PDG du groupe, annonçait un plan stratégique pour remettre le géant de la photo sur le chemin de la croissance.

Plan de restructuration à l’appui, le groupe prévoyait la suppression de 12 à 15 000 emplois sur les 3 années à venir. Parallèlement, le groupe mettait en place un vaste programme de rachats de sociétés pour développer les produits à base de technologies numériques. Les budgets annuels de R&D atteignirent 830 milliards de dollars pour la conception des produits nouveaux.

Changement de paradigme

Kodak, qui était le leader historique du paradigme argentique, s’est vu imposer le paradigme du numérique, alors qu’il était à l’origine du brevet avec le premier appareil à capteur CCD. Il n’a pas su investir et se donner les moyens, se focalisant sur d’autres innovations mineures (APS).

L’alternative technologique n’est pas évidente à réaliser à priori et il est plus facile de critiquer à posteriori (Leibovitz et Margolis) mais l’environnement lui a imposé ce repositionnement, la firme s’est laissée dominer par les offreurs, obligeant à la rupture totale de sa chaîne d’innovation en place

  • la technologie de base : la pellicule argentique (avec la vente de pellicules, développement pellicule, tirage papier…)
  • la nouvelle technologie : le capteur numérique CCD.

L’approche du client est différente avec la technologie du numérique, il peut procéder à la sélection de ses photos avant même l’impression. La firme Kodak était dans une routine de savoir-faire « argentique » avec une culture très ancrée, d’où une rupture totale imposée par le marché. L’activité argentique représentait encore un quart de ses revenus en 2005.

Et tout le secteur de la photographie argentique a été touché avec l’avènement du numérique : c’est la situation décrite dans la taxonomie de Pavitt.

L’approche évolutionniste est nécessaire dans certains secteurs où la technologie et donc, l’accumulation d’expérience, a une part importante. Mais dans le cas de Kodak, elle aurait nécessité une phase pré-paradigmitique, qui aurait commencé à modifier la base de connaissances accumulées.

Si la vente des brevets est salutaire dans un premier temps, ce n’était qu’une vision à court terme : le savoir d’une entreprise est essentiel et doit rester dans celle-ci.

Le learning mix

Gérer les connaissances ne consiste pas simplement à mettre en place un système d’informations de plus en plus perfectionné. Il s’agit en réalité de gérer un « learning mix » à quatre dimensions :

  • technologique avec le système d’information,
  • stratégique avec le choix et le maintien du portefeuille de connaissances,
  • organisationnelle grâce à la mise en place d’une structure favorisant la création et le partage des connaissances et enfin,
  • identitaire en développant une identité apprenante au sein de l’organisation ».

L’entreprise Eastman Kodak n’a pas su être à l’écoute permanente des marchés : cela lui aura été fatal.

Auteur : Christine Taupin, Studio Photoinfographic

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1 commentaire

  1. avatar

    MD

    5 avril 2012 at 23:45

    L’entreprise Eastman Kodak n’a pas su être à l’écoute permanente des marchés : cela lui aura été fatal….
    …. Ni de ses salariés. KODAK était pour moi un mamouth indomptable, parce que géré par des dirigeants et sous dirigeants et sous sous sous, …… avident de sa trésorerie et d’un ego démesuré.
    Kodak a manqué de ce qui fait la richesse d’une entreprise qui dure. Une gestion paternaliste et intelligente, à l’écoute de ce qui constituait sa meilleure armée: SES SALARIES !
    En clair, Kodak était devenu une structure pyramidale pure… hors du temps, et mal géré par des CEO qui voyaient leur réussite, avant celle de l’entreprise.
    Kodak pouvait être sauvé en 1995, avant qu’ils ne gachent leur trésor de guerre dans un projet absurde et d’avance obsolète qui s’est appelé éphémèrement APS.
    Personnellement, je suis triste d’avoir eu raison et de m’être fait démolir à chaque réunion; mais au fond de moi-même je suis heureux que l’argent de ce marché aille dans les poches de sociétés visionnaires qui auront su damer le pion d’un géant, à l’exemple d’Apple et de Google.
    Quel gachi …………..

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