Faut-il avoir peur des investisseurs chinois ?

Fantasmes et stéréotypes du "péril jaune" appliqués à l'économie ?

Les Chinois n’ont pas attendu le réchauffement des relations franco-chinoises, acté par la visite en France du président Xi Jinping en mars 2014, pour accélérer leurs investissements dans notre pays. Depuis 2006 déjà, tout ce que l’Hexagone compte d’attractif attise leur convoitise : vignobles, châteaux, immobilier de prestige, banque, énergies, informatique, industrie, mode… La liste est loin d’être exhaustive. De par leur forte valeur symbolique (on songe par exemple à l’entrée du fonds souverain China Investment Corporation au capital de GDF Suez, ou au rachat de 75 châteaux dans le Bordelais), les investissements chinois en France divisent l’opinion : certains redoutent le dépeçage du patrimoine national ou l’espionnage industriel ; pour d’autres, au contraire, c’est un ballon d’oxygène pour notre économie. Quoi qu’il en soit, qu’il s’exprime de façon franche ou ambiguë, voire résolument hostile, un sentiment de peur est perceptible dans l’opinion publique.

Et pourtant, comparée aux investisseurs étrangers historiques en France, la Chine n’est qu’un « petit joueur » : ainsi par exemple, l’Allemagne, les États-Unis et la Belgique ont implanté respectivement 1 429, 1 241, et 1 024 sociétés en France, tandis que la Chine continentale n’en a établi que 250.

Camille Chen, Directrice de la rédaction de Patrimoine et marchés

Camille Chen, Directrice de la rédaction de Patrimoine et marchés

Fantasme du « péril jaune » ?

Pourquoi, alors que les investissements d’autres pays en France ne suscitent pas de remous, ceux de l’Empire du Milieu font-ils si peur ?

L’explication souvent avancée est que la présence des Chinois titille le vieux fantasme du « péril jaune », ce danger supposé que les Asiatiques – Chinois et Japonais en particulier – viendraient envahir l’Europe du fait de leur nombre. Or jusqu’à preuve du contraire, les Chinois n’ont jamais envahi l’Europe. Ironie de l’Histoire, ce sont les Européens (Anglais, Français, Allemands, Italiens, Austro-Hongrois, Portugais), les Russes, les Américains et les Japonais qui, de 1840 jusqu’à la fin des années 1940 ont, chacun à son tour, envahi la Chine… Il y a une autre explication : de nos jours, c’est sous sa forme économique qu’est redouté le « péril jaune », du fait notamment de la fulgurante montée en puissance de l’Empire du Milieu, appelé de surcroît à supplanter les États-Unis au rang de première puissance mondiale. C’est donc l’effet potentiellement explosif de l’expansion économique du pays le plus peuplé du monde qui déstabilise, inquiète, effraie, même !

Dès lors se pose la question de savoir si la crainte qu’inspire l’arrivée en France d’investisseurs chinois est réellement fondée. Pour tenter d’y voir clair, nous avons choisi d’enquêter sur quatre secteurs emblématiques, ceux dans lesquels les Chinois ont massivement investi en France : l’immobilier de luxe, le vignoble, la filière laitière, et l’industrie. Nous sommes allés à la rencontre d’investisseurs chinois et des Français qui partagent désormais avec eux leur quotidien professionnel. Au fil des entretiens – et de confidences glanées sous couvert d’anonymat – quelques éléments de réponse émergent. C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans notre livre Investissements chinois en France aux éditions Pacifica, fruit de huit mois d’investigations menées auprès de pas moins de 70 personnes.

Auteur : Camille Chen, Directrice de la rédaction de Patrimoine et marchés

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Un article de notre dossier Marketing & International

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L'invité de Marketing Professionnel tient une Tribune Libre. Profil des invités et Tribunes Libres publiées.


2 commentaires

  1. avatar

    Formation dale carnegie

    3 mai 2014 at 6:18

    Pourquoi particulièrement des investisseurs chinois. Tout investisseur est le même peu importe sa nationalité. Le réflexe à avoir c’est pas par rapport à sa nationalité mais par plutôt par rapport aux conditions accompagnant l’investissement, est ce qu’on gagne assez ou pas…

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      Serge-Henri Saint-Michel

      3 mai 2014 at 9:20

      @Formation DC : les investisseurs chinois car l’auteure de cet article a écrit un livre sur le sujet ;)
      Mais il est certain que les stéréotypes et peurs relevés dans l’article peuvent aussi s’appliquer à des investisseurs provenant d’autres pays.

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