Habitat et bureau : La maison perd la pièce

(c) Crozatier, salon modèle Horizon
(c) Crozatier, salon modèle Horizon

(c) Crozatier, salon modèle Horizon

La société évolue, les habitudes des consommateurs aussi. La consommation et leurs modes de vie sont très différents d’il y a quelques années. Ils sont de plus en plus casaniers, ils reçoivent de plus en plus chez eux et restent seuls chez eux. Avec ce nouveau mode de vie, les pièces de la maison, de l’appartement doivent alors s’adapter et souvent le rôle initial des pièces est devenu désuet.

Un « chez-soi » aux pièces historiquement bien établies…

Traditionnellement, chaque pièce ; salon, salle de bain, cuisine, avait un rôle bien défini. La cuisine était fonctionnelle et son rôle souvent comparé à celui de la mère de famille, la fameuse ménagère de moins de 50 ans.

Le salon, cocon familial, participait quant à lui aux rassemblements familiaux lors des repas et à la réception des invités.

La maison perd la pièce

La maison perd la pièce

La salle de bain à l’origine était le lieu propice à la toilette, ce n’est qu’après les années 50, quelle est devenue un lieu de bien-être. On parle même à l’époque de Louis XIV d’une pièce où l’on fait salon, la salle de bain est un endroit où la pudeur était beaucoup moins présente qu’actuellement. C’était un haut lieu de conversation. Ce n’est que très récemment que l’on parle d’intimité pour cette pièce.

A l’origine, le salon était un lieu de confort et de réception, la cuisine étant fonctionnelle et pratique. Seule la maîtresse de maison avait le droit de « séjour » dans la cuisine. Et la salle de bain était le seul lieu de la toilette.

Mais désormais, les pièces n’ont plus les mêmes fonctions, tout se confond, chaque pièce est habitée différemment.

Une société en perpétuel mouvement impactant sur l’usage des pièces de la maison

La femme n'est plus seule dans la cuisine...

La femme n'est plus seule dans la cuisine...

La sociologie prend sa place dans les rôles des pièces et leur fonctionnalité. La cellule familiale a changé, ainsi que la place de chaque membre dans la maison et l’utilité de chaque pièce pour chacun.

La famille n’a plus de schémas traditionnels, la mère n’est plus la seule à cuisiner, à faire le ménage ou à tenir la maison, les rôles changent aussi bien dans les pièces de la maison qu’au sein de la famille.

Désormais tout le monde se met aux fourneaux. Et notamment grâce à la révolution sexuelle, les femmes veulent avoir un rôle différent dans la société. Les codes changent. Elles prennent de plus en plus le rôle des hommes et les hommes prennent plus soin d’eux, ce qui restait auparavant du domaine de la femme. Les métrosexuels et übersexuels apparaissent, la limite vers la féminité est franchie, les hommes ont autant leur place dans la salle de bain que les femmes, de même avec la cuisine et le salon.

La cuisine se met en scène... à la TV

On voit également dans les médias, une tendance qui se dessine : la cuisine est devenu un terrain de jeu où l’on veut être original et performant. Les émissions TV culinaires fleurissent, et garantissent une audience aux chaînes de télévision : « chef la recette », « un dîner presque parfait ». L’art de cuisiner redonne à la pièce, une dimension moins conventionnelle, la pièce se démocratise, se met à la portée de tout le monde. Les autres pièces de la maison ne sont pas en reste, comme le démontre l’engouement pour l’émission Déco animée par Valérie Damidot sur M6. Les consommateurs veulent pouvoir jouer avec leur maison. Il ne s’agit plus d’avoir un toit sur la tête, mais il faut avoir un toit personnalisé où l’on se sent bien et que l’on est fier de présenter à sa famille, amis…

C’est la tendance du cocooning. Lorsqu’ils restent chez eux, les gens ont tendance à être individualistes. Il faut que les pièces soient aussi bien pratiques pour l’individu que pour la communauté ! Une course au « mieux-être » chez soi est réellement perceptible.

La maison face aux nouvelles tendances sociologiques

Ainsi, le salon est un espace où on se « cocoone », ce n’est plus seulement un lieu de réception. Avec la crise, il devient de plus en plus un espace bien-être. Les gens se réfugient chez eux, le pouvoir d’achat affaibli, les sorties sont diminuées.

Le plaisir individuel se ressent dans le détournement des pièces de la maison ; à commencer par la salle de bain. Cette pièce n’est plus seulement de l’ordre de l’intime où l’on se fait beau, c’est devenu un endroit où l’on se relaxe, où l’on se retrouve et parfois même, la salle de bain est un lieu où la sexualité a toute sa place. La salle de bain devient un lieu de plaisir intime mais aussi un lieu de partage…

(c) http://juliettecmoi.j.u.pic.centerblog.net

(c) http://juliettecmoi.j.u.pic.centerblog.net.

La femme a besoin d’être réintégrée dans la maison, car son rôle a changé, la disposition de la maison aussi ! Ainsi, depuis quelques années, on s’aperçoit que la cuisine s’est agrandie, qu’elle a rejoint le salon, cuisine ouverte sur le séjour, cuisine à l’américaine. Et de même pour la salle de bain qui devient un coin relaxant. Les pièces de la maison deviennent des véritables lieux de plaisir. On y reste et on aime y rester !

Les chambres représentent réellement l’individualité. On le voit également dans les médias avec Valérie Damidot mais également les différentes émissions de télévision qui viennent décorer les chambres d’adolescent. La décoration fait rêver et tout le monde ne peut pas s’offrir une belle décoration.

Des pièces de plus en plus « détournées » dans le futur

On le sait, les consommateurs changent leurs habitudes de consommations, les cellules familiales explosent, les personnes s’individualisent mais réclament plus de communauté.

La salle de bain n’est plus intime, le salon n’est plus seulement familial, la cuisine s’ouvre sur le salon… l’espace « maison » est en véritable mouvement. L’hygiène ne se fait plus que dans la salle de bain, comme l’a démontré l’étude d’Henkel et Market, la salle de bain est une pièce en mouvement.

La technologie débarque véritablement dans les foyers : les frigidaires doivent savoir faire des glaçons, les aspirateurs doivent savoir nettoyer seuls ! On veut appuyer sur un bouton et que cela entraîne l’allumage de plusieurs appareils électroniques mais il faut toujours que l’outil soit personnalisable.

Les marketeurs ont bien compris que tout devait être regroupé dans une maison, une maison unique, une maison où l’on aime vivre. La cuisine reste le premier espace que l’on privilégie.

Dans l’avenir, la maison regroupera le « tout » nécessaire pour une belle vie en communauté mais une communauté écologique au sein de la maison. Une véritable thalassothérapie à domicile arrive pour la salle de bain : les douches sont désormais massantes, les jacuzzis s’installent dans les salles de bain de presque Monsieur Tout le Monde. Mais l’espace relaxation s’invite également dans les salons avec les fauteuils multi-fonctions, des canapés géants, des écrans haute définition. C’est la tendance du tout à domicile. Les consommateurs sont plus que jamais à la recherche du confort.

Depuis quelques années, les médias et études sur la maison parlent de la « maison du futur » ! Cette maison du futur se développe avec la tendance de la domotique. Dans le futur ce ne sera pas tout avoir à la maison mais surtout pouvoir tout faire en même temps. La société est de plus en plus pressée par le temps, le vide fait peur, il faut pouvoir le combler. Paradoxalement l’individualisme se creuse de plus en plus mais l’individu n’arrive pas à se retrouver seul avec lui-même, il a besoin de technologies pour s’occuper. Chaque pièce de la maison aura un appareil qui n’aura rien à voir avec la fonction première de cette pièce.

On risque d’assister à un combat entre l’écologie qui prône le retour aux sources, une consommation la plus minime possible, et la domotique qui veut toujours plus de technologies. Un combat entre priorité et volonté va se créer.

Une autre dérive de la société face à cette tendance de maison du futur « toute équipée » est la surveillance de chaque individu et la dispersion de chacun. La société va toujours aller plus vite.

Ainsi l’ordre premier des pièces est bouleversé mais cela traduit de nombreuses nouveautés dans la société, une confusion entre individualisme et communauté, une confusion entre confort et bien-être ….

Auteurs : Tiphaine Demanche, Carole Dupont, Audrey Zwald et Delphine Maury

Notre dossier sur le marketing dans le secteur de l’habitat, de la maison et du bureau

Source de cet article : CNRS -la maison du futur
Étude de Stephane Gendron, de 2005, sur la « maison individuelle et la société en pleine mutation » complétée par Empruntis et Kazanostra (tendance salle de bain)



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