Les nouveaux métiers de l intelligence artificielle, une expérience schumpetérienne

Entraîneur d’intelligence artificielle, Producteur et monétiseur d’« Apptitudes », Psydesigner, Ethicien... nouveaux métiers de l'intelligence artificielle IA

La convergence de l’accès facilité au capital, aux nouvelles puissances de calcul et à la connaissance accélère l’innovation comme jamais dans toute l’histoire de notre humanité. L’intelligence artificielle marque indubitablement l’entrée dans une nouvelle ère tout comme, en leurs temps, la machine à vapeur, l’électricité, le moteur à explosion ou les circuits imprimés.

Chacune de ces disruptions a appelé un boom économique majeur, créateur d’emplois nouveaux, suivi d’une phase de dépression durant laquelle seront détruits les anciens emplois. Ce mécanisme, décrit par l’économiste Schumpeter en 1939 dans « le cycle des affaires », est connu sous le vocable « destruction créatrice ».

Qui regrette, qui se souvient des métiers d’effilocheur, de taillandier ou d’allumeur de réverbères ? Ces métiers comme des milliers d’autres ont disparu à la faveur d’une innovation, obligeant l’homme à une nécessaire adaptation vers un mieux.

A quelques détails près, il en va de même pour l’intelligence artificielle. Des métiers disparaissent, d’autres se créent au bénéfice d’un nouveau rapport au temps et aux autres. Certains existent déjà à grande échelle, d’autres émergent seulement.

Entraîneur d’intelligence artificielle

Travailleur du click ou « click worker », ils entraînent différents programmes d’intelligence artificielle à identifier des objets (eg, reconnaître un chat d’un tigre, lièvre d’un lapin), des émotions (eg : différencier la joie de la surprise) ou classer des données (eg : ordonner par taille). Par micro-tâches, à volumes de plusieurs milliers par jour, ces millions de petites mains nourrissent les plateformes d’intelligence artificielle afin qu’elles deviennent assez autonomes pour produire logique, probabilité et corrélation et qui sait, un jour, perspicacité et lucidité.

Producteur et monétiseur d’« Apptitudes »

Les nouveaux supports d’interactions avec l’intelligence artificielle appellent d’autres formats. Voilà une dizaine d’années, l’apparition des premiers smartphones a permis l’émergence de formats spécifiques dits « applications » différent des « services » jusqu’ici produits sur un format WAP.

Les assistants vocaux type « Google Home » ou « Amazon Echo » appellent également un nouveau format d’interaction aujourd’hui nommé « Skill » et que l’on pourrait traduire par « Apptitude », un comportement contenu en une app. Et ce nouveau format, aujourd’hui rudimentaire (eg ; commander un Uber) sera amené à se complexifier tout comme les premières apps mobiles sont devenues des expériences de marque et des bijoux de complexités techniques. Ces skills répondront aux mêmes logiques marketing de monétisation que nos jeux mobiles actuels et aux mêmes règles de production. Il est même possible d’imaginer un écosystème de « long tail » types plateformes publicitaires pour enrichir l’expérience utilisateur. C’est dans cette dynamique que les producteurs et les monétisateur d’apptitudes prennent leur place.

Eric Dosquet, Chief Innovation Officer, Avanade

Eric Dosquet, Chief Innovation Officer, Avanade

Psydesigner

Cette même dernière décennie, toujours sous ces nouveaux formats digitaux, a vu l’émergence de nouvelles formes de valeurs designer l’expérience et l’interface utilisateur- « les UX/ UI ». Ils enracinent leur savoir-faire dans un cœur de métier autrefois délaissé, l’ergonomie. Ces compétences sont aujourd’hui assez demandées pour tendre significativement le marché de l’emploi.

L’intelligence artificielle, par sa nature et sa fonction, appelle de nouvelles compétences. La psychologie trouve précisément son sujet d’étude dans ce qu’un individu ou un groupe comprend d’intelligence (eg, l’apprentissage, la mémoire, la perception, le comportement, …). C’est donc probablement sur ce socle de compétences que se construiront les personnalités des nouvelles incarnations de l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, Alexa, Cortana, Siri ont une forme de personnalité construite et perçue à travers le service rendu, un champ lexical, et un form factor. Ces intelligences seront amenées à se complexifier et à se segmenter comme les applications mobiles se sont enrichies et fluidifiées pour délivrer, non plus un service, mais une expérience. Le psychologue deviendra le « psydesigner » comme l’ergonome est devenu user experience et user interface designer.

Ethicien

On peut comprendre ici le concept d’éthicien sous deux acceptations différentes.

C’est d’abord la dimension éthique qui primera ici. L’intelligence artificielle devenue auto-apprenante, c’est-à-dire libérée d’un cordon ombilical numérique, ce qui cristallise un certain nombre de peurs. En tout état de cause, elle appelle un certain nombre de questions fondamentales tant, en creux, c’est la place de l’homme qui convient de comprendre à nouveaux et de repenser.

Les grands éditeurs de logiciels construisent également leurs plateformes en fonction de ce que leur compréhension de l’éthique commande. Ces départements, nouvellement créés et parfois très étroitement associés à l’exécutif, définissent sinon les lois, du moins les règles algorithmiques.

C’est enfin une dimension marketing qu’incarnera l’éthicien. Là où aujourd’hui la plate-forme de marque est produite par le leadership marketing ou communication, l’éthicien devra apporter un complément basé sur une perception anthropologique, philosophique et psychologique.

Voilà un peu plus d’une décennie, les métiers de développeur IOS et Android, Data scientist, community manager ou architecte cloud n’existaient pas. Les quelques métiers esquissés ici sont tous sauf de la science-fiction. Le département d’état américain du travail estime que 65% des écoliers, une fois diplômés, pratiqueront un métier qui n’existe pas encore. Les technologies et les usages changent de plus en plus rapidement et la formation continue devient déjà une nécessité plus qu’un droit. Un dernier métier connaîtra son âge d’or, celui de gestionnaire des emplois et des compétences, cadre qui anticipera un besoin et alignera une compétence… aidé par une intelligence artificielle.

Auteur : Eric Dosquet, Chief Innovation Officer, Avanade

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Un article de notre dossier Intelligence artificielle et marketing

(c) Ill. DepositPhotos

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