Nouvelle ère des OS : entre rétention d utilisateurs et conformité légale - Marketing Professionnel e-magazine

Nouvelle ère des OS : entre rétention d utilisateurs et conformité légale

Nouvelles versions de Android et iOS : pourquoi Google et Apple sont-elles si attachées à la protection des données ; pourquoi dépensent-elles autant pour le faire savoir ?

Les systèmes d’exploitation Android et iOS évoluent à chaque nouvelle version pour apporter aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs données personnelles. Comme à son habitude, Apple mène le mouvement, suivi de près par Google. Leurs dernières versions, respectivement iOS 13 et Android 10, confirment cette tendance. Cependant, pourquoi ces deux sociétés sont-elles si attachées à la protection des données et pourquoi dépensent-elles autant pour le faire savoir ?

Un lobbying positif…

Depuis de nombreuses années, Apple comme Google se retrouvent régulièrement dans la ligne de mire des médias, des militants et des politiciens, tant pour leurs produits que leurs services. Leur principal chef d’inculpation : ne pas suffisamment protéger la vie personnelle de leurs utilisateurs.

Malgré l’imposante stature de ces deux groupes, Apple et Google ont décidé de se plier aux différentes réglementations à la fois pour ne pas perdre leurs utilisateurs mais aussi pour développer un avantage concurrentiel technologique indéniable : la longévité de la batterie des smartphones. En donnant la possibilité aux utilisateurs de configurer eux-mêmes l’usage de leurs app et la manière dont ces dernières peuvent utiliser leurs données, les deux géants favorisent une consommation respectueuse de la batterie. En effet, l’utilisateur peut désormais signaler quelles applications il souhaite prioriser et mettre en second plan celles qui ne lui sont pas utiles. Aujourd’hui, avec des applications de plus en plus énergivores, la batterie est devenu le nerf de la guerre, aussi bien pour les équipementiers que pour les éditeurs d’app. Et pour cause, c’est l’un des composants les plus chers pour n’importe quel smartphone mais aussi le plus encombrant. Si l’app n’est donc plus active suite aux choix de l’utilisateur, alors les données ne seront plus partagées et la batterie sauvegardée.

… sous l’égide de la réglementation européenne

Cédric Nicolas, CTO chez HEROW

Cédric Nicolas, CTO chez HEROW

Mais Apple et Google ont aussi dû agir sous la pression des pays européens qui ont publié en mai 2018 une réglementation innovante mais contraignante : le RGPD. Cette initiative des pouvoirs publics sera prochainement renforcée en Europe par la “ePrivacy Regulation” (ePR) et a fortement inspiré la réglementation californienne (CCPA), effective dès le 1er janvier 2020.

Mais une question se pose désormais : comment faire face à ces contraintes constantes lorsque l’on est éditeur ou développeur d’applications ?

L’écosystème de l’univers applicatif est dorénavant préoccupé par l’environnement légal qui entoure l’utilisation des données générées par les applications. Il est donc nécessaire d’imaginer et concevoir un système où le développeur serait en mesure de recueillir le consentement des utilisateurs finaux de manière juste et équitable.

Entre conformité légale et marketing

Les dernières versions des systèmes d’exploitation ont mis un point d’honneur à prendre en considération les nouvelles réglementations pour se soumettre à une utilisation légale des données. Et on observe que les nouvelles versions d’OS n’ont en aucun cas accru le strict refus de la géolocalisation mais ont, au contraire, augmenté le nombre d’utilisateurs acceptant d’être géolocalisés uniquement lorsque l’app est active (au premier plan).

Afin d’augmenter l’acceptation des utilisateurs pour la collecte de données personnelles, concepteurs et développeurs ont réfléchi à plusieurs stratégies. Dès la conception du produit, il est absolument essentiel d’expliquer les avantages pour les utilisateurs finaux de fournir leurs données personnelles et ce, obligatoirement avant toute collecte d’information. C’est pour cela qu’il est important de commencer par :

  • Expliquer clairement au cours de la phase d’intégration comment l’application gère les données personnelles et quels sont les avantages d’accepter la collecte de données,
  • Laisser l’utilisateur découvrir l’application sans collecter de données, et après quelques jours d’utilisation, lui demander d’accepter la collecte,
  • Donner la possibilité d’accéder, de mettre à jour et de supprimer les données personnelles collectées par l’application. Cela doit être expliqué de manière claire et précise pour améliorer la confiance entre l’app et son utilisateur et in fine favoriser l’acceptation des autorisations.

Il est définitivement pertinent que chaque individu puisse avoir un contrôle complet sur sa vie privée ainsi que sur ses données personnelles. Même si certains éditeurs mobiles peuvent souffrir de ces contraintes croissantes à court terme, cela peut leur être bénéfique à long terme. En effet, si l’expérience utilisateur excelle dans l’explication de ces changements, cela devrait générer un niveau de rétention des utilisateurs bien plus élevé. Au contraire, les applications non conformes à la loi se verront rejetées par les plateformes du type Apple et Google mais également par les utilisateurs eux-mêmes à la recherche d’app de confiance.

Auteur : Cédric Nicolas, CTO chez HEROW

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(c) Ill. DepositPhotos

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