L ère de l intelligence assistée

Les objets ne se parlent pas. Les enjeux pour les marques sont de se placer du côté de la machine et d’injecter des pincées d’intelligence dans les objets

Voici quelques semaines, plus de sept cent personnalités reconnues du monde de la Science et des Technologies signaient une lettre ouverte pour appeler à une plus grande vigilance concernant les conséquences des rapides progrès de l’intelligence artificielle. Leurs inquiétudes étaient doubles : voir le potentiel de l’IA détourné vers des sujets uniquement mercantiles, plutôt que mis au profit de causes globales, mais aussi au regard des progrès rapides des technologies, ne pas être en mesure de contrôler ces systèmes.

Assembler…

Les progrès sont effectivement remarquables et permettent de mettre en œuvre des cas d’applications, que nous consommateurs, sommes en mesure d’imaginer prendre place dans notre quotidien. Difficile, en effet, jusqu’à présent, d’imaginer les usages que l’on pouvait faire d’une machine capable de battre un grand maître d’échec ou le champion incontesté du Jeopardy. Par contre, moins difficile de s’imaginer dans une voiture capable de parcourir seule des milliers de km au milieu d’un trafic urbain dense, complexe et incertain. Ou encore être capable de pouvoir converser de la manière la plus naturelle qui soit avec un télé-conseiller, qui s’avère être un logiciel, pour planifier une intervention d’entretien sur sa chaudière, ou pour tenter de renégocier son crédit immobilier. Cette évolution vers des systèmes intelligents est certaine, et résulte de l’effet surpuissant de l’innovation combinatoire. Les mélanges technologiques font les grands changements de paradigme. Aujourd’hui il s’agit d’assembler disponibilité des données, puissance de calcul et prolifération des réseaux, aux progrès de l’automatisation de l’analyse naturelle du langage, aux capacités de raisonnement et d’apprentissage.

Etienne Bureau, Directeur Marketing & Innovation, Viseo

Etienne Bureau, Directeur Marketing & Innovation, Viseo

Pour le moment nous sommes encore pourtant loin d’une situation d’intelligence substituée : les objets ne se parlent pas, ne se découvrent pas entre eux. Ne se répliquent pas. Ne créent pas par eux-mêmes des objets plus complexes, plus intelligents. Une conscience globale ne se construit pas. Nous restons maîtres d’eux. Ils n’ont pas remplacé encore leurs prédécesseurs. Nous n’avons pas encore atteint le point de non retour de la Singularité. Commençons par faire en sorte qu’il soit facile de relier un ordinateur à une imprimante avant de s’inquiéter du règne des machines. Tirons parti pour les années à venir de l’ère de l’intelligence assistée, celle qui gomme les petites nuisances, plus confortable, plus accessible, plus intuitive… celle qui rend la vie plus simple au quotidien :

  • En nous suggérant un produit de substitution quand nous ne trouvons pas notre bonheur ou de compléter nos achats par des produits associés, comme le proposent de nombreux sites e-commerce.
  • En nous encourageant à anticiper notre départ pour l’aéroport en raison d’un bouchon en formation sur la route, comme le fait Google Now.
  • En remontant la température de nos logements, à notre retour de congés, comme le font les nombreux représentants de la grande famille des thermostats connectés.

Pierre, feuille, ciseaux

Ces dispositifs s’appuient sur les bénéfices d’une exploitation des données historiques et de la connaissance globale instantanée (des trafics, des stocks, de la météo…). Ils sont imbattables à ce jeu là, et cela en devient agaçant. Rendez vous sur le site de New York Times pour vivre la frustration face au système dans une partie de pierre-feuille-ciseaux, qui puise dans un historique de plus de 200 000 sessions pour prévoir vos réactions. Il n’a pas besoin de tricher, il sait ce que vous allez faire.

A vous désormais de vous placer du côté de la machine et d’injecter des pincées d’intelligence dans vos objets, vos lieux, vos services. Le contexte technologique y est favorable, depuis la captation des données jusqu’au développement des applications. Reste le douloureux travail d’identifier, par pure conviction ou par l’expérimentation, les choses simples et utiles d’un point de vue des utilisateurs, qui vous permettront de construire des solutions plus globales face à vos enjeux business. Les efforts que nous allons devoir consentir sont importants, commençons donc pour vous entreprises, par apprendre à imaginer, mettre en place et développer cette intelligence. Pour nous consommateurs par apprendre à vivre avec et en tirer parti sans frustration. Laissons pendant ce temps à nos élites le dur travail de rechercher l’équilibre entre progrès et Humanité.

Auteur : Etienne Bureau, Directeur Marketing & Innovation, Viseo

***

Un article de notre dossier Marketing des objets connectés

(c) ill. Shutterstock -

avatar
L'invité de Marketing Professionnel tient une Tribune Libre. Profil des invités et Tribunes Libres publiées.


Commentez !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>