La représentation du corps

Graces

Une représentation idéalisée

En réalité, la représentation est l’expression d’un corps idéalisé, une « idée de corps » qui n’est souvent pas réaliste.

Graces

Les Trois Grâces, Rubens

D’après l’histoire de la beauté d’Umberto Ecco, il y a quatre époques avec chacune sa représentation du corps et surtout de la femme :
- La période hellénique qui met en valeur le caractère et le tempérament féminin : la beauté du corps est étroitement liée à la beauté de l’âme et la femme est représentée comme une séductrice (cf les déesses, les nymphes et autres ondines, aguicheuses au tempérament de feu)
- Le christianisme par l’image de la Madone met en place le dogme de la femme épouse et mère, et la maternité devient l’unique destin de la femme.
- Il faut attendre la Renaissance pour que l’image de la femme et de son corps change. C’est à cette période que fleurissent les portraits de jeunes femmes nobles et la naissance de l’archétype d’une belle jeune femme blonde aux cheveux longs, à la peau claire et aux mensurations proportionnées. Rubens participera à ce changement de perception du corps avec ses Trois Grâces (ill. ci-contre).
- Au XVIIIe siècle, la grâce est valorisée et on s’approche d’une « démarche voluptueuse ». La représentation devient moins allégorique et beaucoup plus réelle.

Mais la beauté reste culturelle et temporelle

Vers une femme réelle

Les canons de beauté du XVIe au XVIIIe siècle ont la peau blanche et des rondeurs. On le voit dans les représentations de Diane de Poitiers au XVIe siècle dont les femmes essaieront de se rapprocher de ce modèle de beauté, et ce pendant 100 ans.

De plus Agnolo Firenzuola dans son Discours sur la beauté des dames, nous explique que la beauté ne concerne que le haut du corps.

Cependant les caractéristiques sont très claires : le visage a un ovale parfait et une couleur de rose ou de lis, la gorge n’est pas trop lourde car elle est censée souligner l’amincissement vers le bas, les mains peuvent être épaisses ou minces, longues ou courtes…

Apparition de la silhouette

A partir du XIXe siècle, les critères de beauté s’ordonnent autour de la silhouette du corps tout entier et la coquetterie est valorisée et devient même « une nécessité essentielle »…

Dès lors, les transformations sociales multiplient les beautés féminines par les courbes et les cambrures qui dévoilent la féminité.

Les formes voluptueuses sont mises en valeur, Alexandre Dumas nous parle même de « hardie de poitrine, cambrée de hanches, ardente de regard ».

Après l’asservissement, les choses évoluent tout au long du XXe siècle

Gina Lollobrigida

Gina Lollobrigida

A partir des années 20, les « garçonnes » posent les jalons d’un affranchissement de la femme. L’androgynie est de mise !

Dans les années 50, on vante les formes des seins, la grâce, la « chair en bonne quantité » et au bon endroit

Aujourd’hui, les critères de beauté seraient plutôt la jeunesse, un teint hâlé, la minceur, la sportivité… et l’anti-âge (on essaie de gagner une décennie sur son physique).

« Les hommes sont rentrés de la guerre, ils ont trouvé des femmes provocantes, impatientes… des jeunes filles déshabillées, maquillées, tutoyantes… »

La période post-guerre saluait les fesses rondes et la taille de guêpe : « charmes mammaires de Gina Lollobrigida », « les décolletés stéréoscopiques de Sophia Loren », la « démarche enveloppante de Marilyn », les « gestes plus désinvoltes et abandonnés de Bardot ».

En effet, depuis la fin du XVIIIe siècle, l’engouement nouveau pour les marches en plein air, puis les bains de mer un siècle entraîneront plus tard le goût d’une peau hâlée, valorisation progressive de la gymnastique… Les préoccupations hygiénistes engendrent l’apparition de corps affermis et bientôt musclés.
De plus, le XXe siècle invente les vacances, et avec elles toute une symbolique : corps épilés, bronzage incontournable (c’est dans les années 30 qu’apparaît l’ambre solaire), et surtout le diktat de la minceur.

Et les hommes alors ?

Georges Vigarello nous parle aussi des hommes dans Les canons de la beauté.

La beauté de l’homme s’est longtemps définie en termes de force et de vigueur mais elle a aussi évoluée.
L’aristocrate, au ventre en avant et épaules repoussées en arrière évoquant quelque hauteur noble, est détrôné après la Révolution par les allures du bourgeois « moderne » au torse déployé mais ceinture resserrée, tête en avant.

Puis vint le dandy, alliance de la délicatesse à la force, de la fragilité à la vigueur.

Mais c’est de par le succès de la culture gay que l’esthétique masculine voit enfin le jour !

D’où vient le conditionnement de ces représentations du corps ?

Un focus sur la littérature enfantine est nécessaire car elle nous donne un avant-goût du contexte publicitaire actuel.

Les contes de princesse tels que Blanche Neige, la Belle au Bois Dormant ou encore Cendrillon conditionnent notre rapport à la beauté et au corps dès notre enfance.

Et cela continue avec les albums illustrés et les dessins animés qui véhiculent les représentations du masculin et du féminin, influençant ce rapport à la beauté.

Par ailleurs, les femmes sont plus souvent désignées par leur rôle familial et sont moins nombreuses à accéder à des rôles professionnels, qui de toute manière sont peu variés et très traditionnels…

…Et ce conditionnement se poursuit avec la publicité

Le corps de la femme : désir d’identification et autre désirable (Source).

On constate que dans la publicité les femmes sont plus représentées que les hommes. Cependant, ces images sont destinées à un public principalement féminin pour provoquer un désir d’identification, mais la tradition masculine joue également son rôle par la mise en image de l’objet du désir : « La culture se donne pour spectacle ce qu’elle a envie de contempler, en l’occurrence l’autre désirable, la femme ».

Selon ellequebec.com, la représentation sublimée du corps ne reflète pas la réalité.

Les mannequins généralement présentés sont déjà, au départ, non-représentatifs de la majorité, en effet, ce gabarit exceptionnel n’est représentatif que 5 % de la population.

En effet, les mannequins d’aujourd’hui sont plus minces et plus jeunes que jamais : ont 14 ou 15 ans, sont en pleine croissance, et leur corps de femme n’est pas encore développé.

Ces « corps fantaisistes » qui n’existent que dans les publicités et les magazines ne sont pas représentatifs. En effet, une femme en 2006 mesure en moyenne 1m63 et pèse 62 kg ; alors qu’un mannequin mesure en moyenne 1m80 pour 50kg.

Mais nous avons grandi et nos mannequins se sont « arrangés »

En 100 ans, l’homme a en moyenne grandi de 11cm et la femme de 8cm (Source : Campagne de mensuration 2006).

Grâce à la technologie et surtout à Photoshop, nous pouvons aujourd’hui faire dire ce que nous voulons aux images. Ces dernières peuvent alors devenir un outil de manipulation très puissant. Nous en avons une bonne illustration dans la publicité Dove.

De plus, bien souvent, le corps de la femme est présenté plutôt nu, voire complètement nu, dans des postures très suggestives, pour « mettre en valeur » un produit qui n’a parfois aucun lien.

La femme en est alors souvent réduite à la fonction d’objet sexuel ou devient un support marchand, marchandise ou panneau d’affichage…

La résurgence du porno-chic

Porno chic

Porno chic

Cette tendance publicitaire est apparue à la fin des années 90, d’abord dans le secteur du luxe. Elle repose sur un mélange de violence et de soumission, très explicites et le plus souvent au détriment des femmes.
L’utilisation de cette tendance s’était amoindrie de 2001 à 2006 et l’année 2007 a marqué le redémarrage du porno-chic

Dans les secteurs de la beauté, la mise en scène des corps de façon irréelle, est systématique : lingerie, parfum, cosmétique…

Mais il y a des exceptions

Dove a choisi des modèles de femmes qui nous ressemblent : nous pouvons nous identifier à elle, même si nous percevons « le coup marketing ». C’est la première publicité loin des canons de beauté actuels qui nous ressemble, et malheureusement une des seules.

Et la représentation du corps masculin ?

Avec le corps masculin ce qu’on cherche à souligner, c’est la masculinité et la virilité.
Les publicités pour hommes sont « le récit imagé d’agréables escapades loin de la famille et de la maison », le désir de fuir les responsabilités et la quête de liberté.

Tout cela représente la virilité en action.

Le corps des hommes est un objet de force et de pouvoir qui domine l’espace environnant. Ces publicités envoient le message qu’un corps musclé, bien fait et désirable, ajoute à la séduction des hommes.
Certaines publicités de parfums et de vêtements, par exemple, présentent des hommes dans des poses sexuellement suggestives dans le but d’attirer le regard des consommatrices.

Mais l’homme-objet et l’homme-idiot occupent une place grandissante dans les publicités destinées à un public mixte.

Et l’image utilise aujourd’hui le corps de l’homme aux mêmes fins que celui de la femme. On parle de « la blonde » au masculin.

Pourtant… il existe une volonté de législation

L’ARPP souhaite le respect de la dignité de la personne humaine comme principe universel. Selon l’article 2 du Code de la C.C.I., « La publicité doit proscrire toute déclaration ou présentation visuelle contraire aux convenances selon les normes couramment admises ».

De même, l’Union des Annonceurs a mis en place une plateforme d’engagements dont le chapitre publicité s’organise autour de trois thèmes :
- la promotion de la diversité dans la représentation du corps,
- la protection de la santé des mannequins par une sensibilisation notamment des familles et le rappel des textes,
- la lutte contre la stigmatisation de l’image du corps et la discrimination dont notamment les obèses peuvent faire l’objet.

Et les médias…

Les magazines féminins sont les meilleurs promoteurs d’une beauté qui repose sur la jeunesse et une minceur excessive. Il y a dix fois plus d’articles et de publicités faisant la promotion de la minceur que leurs équivalents masculins. Les trois quarts des pages de couvertures ont au moins un titre sur la meilleure manière de changer son apparence et l »âge apparent des femmes représentées dans les magazines est systématiquement inférieur à celui de sa cible.

Et l’on tombe dans l’excès…
« Vous avez du pouvoir sur votre corps et sur votre beauté » : le nouveau fantasme qui traverse la société », cite Madame Figaro, dans son numéro de février 2009.

Malheureusement, plusieurs pathologies en découlent : anorexie, boulimie, chirurgie en tous genres…

Et pour se rassurer, quelques citations que nous recevons sur nos boîtes mails :

Marylin : 42... 46...

Marilyn Monroe : 42... 46...

Marilyn Monroe s’habillait en taille 42 et le 42 de l’époque, c’est du 46 actuel.

Si les mannequins des vitrines de magasins étaient de vraies femmes, leurs hanches seraient trop étroites pour avoir des enfants.

Si la poupée Barbie était une vraie femme, elle ne pourrait que marcher à quatre pattes car, avec ses proportions, elle ne se tiendrait ni droite, ni debout !

Il existe 3 milliards de femmes dans le monde qui ne ressemblent pas aux super top-models et seulement 8 qui sont des super top-models !

En conclusion, nous avons pu remarquer le corps s’impose aujourd’hui comme sujet de prédilection du discours social.

Cet imaginaire du corps suit le processus d’individualisation qui marque les sociétés occidentales depuis la fin des années soixante et à cause de la perte de repères sociaux rassurants, le corps devient un refuge et une valeur ultime.

De plus, grâce aux progrès de la science, « la chirurgie esthétique modèle profils et corps à l’image d’une déesse virtuelle ». Le maître mot ? L’anti-âge, le symbole de santé et de beauté, appuiera Madame Figaro, dans son numéro de février 2009.

Parallèlement, nous observons une lutte contre le culte du corps parfait et contre la minceur. Notons que certains médias ont fait des efforts pour lutter contre cette beauté : DOVE qui présente régulièrement des femmes rondes dans ses publicités, ou encore un célèbre magazine Australien, NEW WOMAN, qui a mis en page de couverture des photos de mannequins aux rondeurs évidentes.

Certaines communautés voient également le jour sur Internet :

- Pour les femmes : le site Vivelesrondes qui se positionne clairement contre le culte de la minceur et privilégie la santé.

- Pour les hommes : les communautés de séducteurs qui privilégient le style et la confiance en soi a contrario d’un physique idéal.

Auteurs : Raphaëlle FORMOSA, Nadège GRILLET, Jean-Baptiste MAZADE, Marie POTARD et Déborah TAPIA

Autre article des mêmes auteurs : Entrez dans notre salle de bain en toute intimité.

Lire nos deux autres articles sur le corps, le marketing et la publicité :



2 commentaires

  1. avatar

    Lola

    29 juin 2009 at 22:39

    Mince ou rondes, chaque femme peut etre belle à sa façon ! Il en faut pour tous les gouts
    Je ne suis pas pour le culte de la minceur, mais pas pour le mensonge non plus. Dire que le 42 de Marilyn, à l’époque, est un 46 actuel, c’est ignorer totalement ses mensurations… au plus, elle a en effet porté un 38 actuel !

  2. avatar

    Serge-Henri Saint-Michel

    30 juin 2009 at 7:45

    Je ne suis pas un « pro » des mensurations, mais je vous invite à consulter l’évolution des tailles de la star : http://forum.doctissimo.fr/forme-beaute/peau-cheveux/marilyn-monroe-sujet_164002_1.htm (bas de page)

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