Entreprises et réseaux sociaux, les liaisons dangereuses

Réseaux sociaux et entreprise : interdire ou laisser faire ?

Alors que les différentes plateformes communautaires s’imposent de plus en plus comme des outils essentiels au sein de la communication digitale, les conditions de leur utilisation en entreprise représentent souvent un casse tête pour les DRH.

Réseaux sociaux et entreprise : interdire ou laisser faire ?

Réseaux sociaux et entreprise : interdire ou laisser faire ?

17 milliards d’euros. C’est le montant des pertes que représenterait le temps de travail passé sur des sites personnels l’année dernière en Grande Bretagne, selon une étude menée par MyJobGroup.co.uk. Aux États-Unis, le cabinet Nucleus Research a estimé que Facebook baissait, à lui seul, la productivité des entreprises américaines de 1,5%. En 2009, Olféo a estimé à 66 minutes par jour le temps passé par les salariés français à surfer sur le Web à des fins personnelles pendant les heures de travail. Face à de telles études, de nombreuses entreprises n’hésitent pas à couper purement et simplement tout accès aux différents plateformes communautaires et les considèrent souvent comme la Némésis de la déesse productivité. Principal chef d’accusation à leur égard : enrayer la baisse de concentration des salariés.

Cependant, si le choix d’interdire l’accès aux réseaux sociaux a le mérite d’être clair, il n’est pas pour autant la solution miracle, d’autant plus que la question mérite probablement une réflexion plus profonde, et ce pour différents motifs. Tout d’abord, précisons que les études focalisées sur la perte de productivité causée par Facebook et autres sites dits « personnels » doivent être pondérées. Il est en effet très compliqué d’estimer le temps exact passé sur ce genre de plateformes et l’impact causé sur la concentration des salariés. D’autant plus que, pour Vincent Berhtolot, spécialiste des réseaux sociaux, la coupure d’accès à ces sites est un coup d’épée dans l’eau et le problème est ailleurs. « On a rarement vu des gens en confiance, bien dans leur entreprise, passer des heures sur Facebook ou des sites de commerce en ligne », assure-t-il. « D’autant plus qu’avec les smartphones, ce genre de décision n’a pas grand impact ! » Il est vrai que transformer l’entreprise en bunker anti-3G ne semble ne pas être la solution la plus ingénieuse. Interdire l’usage du smartphone s’avère également pour le moins compliqué pour les Ressources Humaines.

« Interdire Facebook au travail, c’est comme interdire le téléphone »

Selon Jacques Folon, professeur à l’Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales (ICHEC) de Metz et associé de la société Just in Time Management, la crispation qui existe autour de l’utilisation des plateformes communautaires pendant les heures de travail est également un problème générationnel. La génération Y (4), personnifiée selon lui par les jeunes de 16 à 26 ans, est « toujours connectée, le jour comme la nuit. Un membre de cette génération n’hésitera pas à répondre à un mail professionnel à 23h mais, en contrepartie, il va trouver normal de discuter avec des amis sur Facebook pendant les heures de bureau. » L’usage de ces sites est donc, selon lui, proche de celui du téléphone. Paradoxalement, ce problème générationnel évolue progressivement alors que le Web 2.0 devient de plus en plus vital pour la plupart des entreprises, sur de nombreux secteurs.

L’accès aux plateformes communautaires peut alors être perçu comme un outil efficace en externe comme en interne, où le salarié exploitera son réseau pour trouver la réponse à ses questions ou la solution à ses problèmes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’un divorce avec des plateformes telles que Facebook, Twitter, LinkedIn ou You Tube peut être fatal pour les entreprises si elles témoignent, via cette solution, d’une méconnaissance et d’une incompréhension des outils mis à leur disposition. Bien sûr, toutes les entreprises n’ont pas la même dépendance envers le monde digital et les plateformes communautaires, mais de nombreuses sociétés ne peuvent désormais plus se permettre d’ignorer l’existence de ces sites et les possibilités offertes.

Interdire Facebook au travail, est comme bannir le téléphone

Vers des chartes de bonnes utilisations

La meilleure solution serait peut-être de clarifier les règles via des chartes d’utilisation visant un usage « responsable » et professionnel d’outils désormais indispensables au sein d’une communication digitale performante. C’est l’option qui semble être préconisée aux États-Unis où environ la moitié des entreprises sont présentes sur Facebook et sur d’autres réseaux sociaux. Certaines structures encouragent même l’utilisation de ces réseaux comme Google, Cisco ou Kodak et les mots d’ordre se veulent positifs. « Tentez d’ajouter de la valeur », chez IBM ou « rendez-nous fiers et créez de la valeur », chez INTEL.

Pour en savoir plus

  • http://www.conseil-entreprise.org/facebook-ferait-perdre-1-5-br12994.html : étude sur la perte de productivité américaine liée à Facebook
  • http://www.conseilwebsocial.com/ blog de Vincent Berthelot

Auteur : Thomas Genet



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